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Prof et plus si affinités
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Prof et plus si affinités
13 août 2009

Le riche ne sue pas, ou alors du Chanel.

Voilà, ma première journée de retour est passée de façon fulgurante. Je devais faire des courses chez Karouf pour remplir le frigidaire, mais ma maman cocotte m'a monopolisée pour aller chez mon amikea et acheter des croquettes de luxe pour ses minoux...
Je suis quand même parvenue à trier mes photos de vacances avec Micahuète et à les classer, ouf !

Cap_Ferret__12_

En fait, je ne sais guère par où commencer car nous avons vécu quelques aventures saugrenues et amusantes. Entre autres :

  • une randonnée en forêt derrière l'immeuble, au cours de laquelle nous nous sommes perdues...
  • la découverte hasardeuse d'une plage océane qui s'est avérée être un endroit privilégié pour les couples gays, les nudistes et tous ceux qui veulent rencontrer quelqu'un de façon furtive...
  • une autre randonnée de six heures aller-retour sur la plage jusqu'à la dune du Pyla, au cours de laquelle nous avons bien failli y rester (j'exagère à peine) et qui a donc occasionné un véritable coup de chaud...
  • quelques coups de soleil bien sentis, à l'effet bi-goût vanille/fraise.
  • un restaurant chinois au service démesurément lent.
  • une visite d'une ville de riches au col de polo rose relevé, armés des deux mêmes modèles de Ray-Ban à la mode.

ray_ban_aviatorray_ban_wayfarer

  • du shopping à n'en plus finir, car Micahuète comme moi-même ne nous en lassons pas !

Nourriture__1_

Alors bon, je me réserve le récit de la rando plage pour les jours à venir, en vous donnant la réponse de mon ersatz de devinette : je suis partie sur Arcachon, et la ville de riches, c'est le Cap Ferret (ça, c'est l'appellation pauvre, parce qu'on doit dire "Je vais au Ferret" quand on n'est pas du petit peuple).

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21 juin 2009

Wait and see

Sous la douche (oui, j'ai parfois des révélations sous la douche, allez savoir pourquoi), j'ai identifié mon stress pour les mutations. Oui, parce que d'habitude, il s'agit d'angoisses. Mais là, c'est plus subtil et je parviens moins à le gérer. Bref.
Cela paraitrait excessif à certains, pourtant, l'attente du résultat des mutations équivaut à celle que j'avais en patientant il y a quatre ans pour savoir si j'avais décroché mon Capes.
J'étais alors en Espagne, avoir accédé à l'oral avait déjà été un miracle, et je m'évertuais à faire de savants calculs en imaginant toutes les combinaisons possibles (on ne connaît pas ses notes d'écrit avant l'oral, et on apprend le tout d'un coup). Evidemment, mes combinaisons furent fausses.
Ceci étant, j'étais donc en vacances en Espagne, et les résultats devaient paraître assez tard courant juillet, dans mon souvenir. Il fallait que je me connecte à internet pour les avoir. J'allais donc quasiment tous les deux jours dans un boui boui bazar web, aux ordinateurs équipés de tours avec jet de pièces de monnaie pour les faire fonctionner (ouf, ma phrase est enfin finie). Le web ramait totalement.
J'ai dû attendre pour allumer l'ordi, attendre qu'internet explorer apparaisse, attendre que la page officielle des résultats s'affiche, attendre de pouvoir entrer mes codes, attendre que ceux-ci fonctionnent, et enfin attendre la page finale. Celle-ci est apparue d'un coup, sans prévenir, après environ une ou deux minutes de "ramage" devant un écran blanc.

sablier_012

Et puis bam ! "Vous êtes admise". J'en pleurais. J'avais du mal à y croire. Je ne voyais que les notes, finalement, et commençais à geindre sur celle du commentaire. "J'ai eu 8 sur Apollinaire !" et je chouinais. Il a fallu que S. me secoue presque en répétant à l'envi "Tu as ton Capes ! Tu as ton Capes !", alors qu'autour de nous personne ne comprenait ce que cela signifiait. "Et 16 en anglais ! Tu as ton Capes !"
Cela voulait dire beaucoup pour nous, sur pas mal de plans. Mais raconter tout cela me noue encore, c'est étrange.
Donc demain, j'aurai la même peur. C'est comme si j'avais à prouver une deuxième fois que je peux avoir mon Capes, même si les mutations n'ont rien à voir là-dedans : la "valeur" du professeur n'intervient aucunement.
Si j'ai ma mutation, j'aurai mon concours une deuxième fois. Je serai à nouveau -ou pour la première fois aux yeux de quelques autres ?- professeur.
Devant mon ordinateur ou l'écran de mon téléphone portable, je pleurerai sans doute. Seule, cette fois.
Et je sais déjà que je publierai une entrée sur mon blog, de façon assez pathétique, pour tenter de partager cette nouvelle.
Seule. C'est quand même bête, tout ça.

6 mai 2009

News pepper

poivre_sichuan

Au quotidien, je suis plutôt facile à vivre : je m'adapte aisément à diverses situations, je suis généralement d'humeur égale (bon, faut pas trop m'en demander avant le petit-déjeuner, mais voilà tout), j'ai certes mes habitudes, mais on ne me connaît pas pour ma mauvaise humeur ou mon mauvais caractère. Sauf sur un ou deux points précis...

Ayant fort peu confiance en moi, je me tire une balle dans le pied dans de nombreux domaines : l'aspect physique, mes capacités intellectuelles, ma possibilité de réussir, de gagner, mes écrits... En amitié et en amour, aussi, j'ai du mal à comprendre ce que l'on me trouve, et j'en passe et des meilleures.

Et pourtant, de façon fortement contradictoire, je me sens plutôt sûre de moi niveau orthographe. C'est le minimum syndical quand on est prof de lettres, me direz-vous, mais non : les pires fautes, je les ai vues chez des camarades de prépa ou des collègues, et non chez les élèves (qui sont en train d'apprendre et qui sont fort "étourdis"). Ceci étant établi, je peux enfin dire que je suis extrêmement susceptible dès que l'on me fait remarquer une erreur dans mes productions. J'en fais assez peu et me targue de pouvoir les compter sur les doigts d'une main sur ce blog, par exemple. Mais dès que l'on me met le nez dans mes erreurs, c'est terrible. Je suis vexée comme un pou. Parce que dans ma petite tête d'oiseau, je me dis que je suis prise en faute (je SUIS la faute), que l'on me met face à mon incompétence ou ma bêtise, et que même dans le domaine orthographique, je n'assure pas...Et je deviens vite irascible... Je peux aisément faire revenir mes vilains démons contre lesquels j'ai lutté pendant bon nombre d'années, et être désagréable, voire glaciale...

Je ne m'en vante pas et je suis gênée après, mais c'est généralement trop tard.

Hier soir, j'ai découvert par hasard que l'un de mes anciens lecteurs et commentateurs avait quitté le navire suite à une réponse un peu vive de ma part sur la conjugaison que j'avais employée... Et je me suis sentie bien bête.

Pendant des années, j'ai entendu que j'étais glaciale, froide, trop franche, trop directe, pas diplomate, trop "charismatique"... J'ai su aussi très vite que ne rien dire ne me sauvait pas : mes yeux, mon visage disaient tout à ma place, apparemment. Alors j'ai pris sur moi pour devenir moins inaccessible, moins cassante. Mes progrès furent lents, mais il me semblait pourtant être parvenue à un bon compromis. Sauf que parfois, le naturel ressurgit au galop... Ce qui a été le cas par exemple avec ce lecteur. Le pire, c'est que je ne me rends même pas compte de ce côté rebutant sur le moment... Le pire du pire, c'est que j'ai l'impression de prendre sur moi et d'atténuer mes propos...

ortho_pingouins

Je ne vous dis pas dans le monde du travail, avant d'être prof, comment c'était... Etrangement, avec les élèves, c'est tout autre chose. Mais j'accepte mal aussi les reproches de collègues ou de mes supérieurs quant à ma pédagogie. Ces remarques-là sont rares car sans doute moins évidentes à faire. Dans ces cas-là, je ne trouve pas que c'est moi que l'on remet en cause, mais mon travail : l'énergie dépensée,le temps passé à préparer des activités efficaces et intéressantes, les choix d'oeuvres à lire, etc. J'ai rarement eu d'anicroches avec des collègues. Malheureusement, à chaque fois, j'ai été cinglante...

C'est aussi une qualité que de savoir et pouvoir dire les choses, aussi. Une aisance qui n'est pas donnée à tout le monde. Pourtant hier soir, je l'ai vécue comme le revers de la médaille...

25 avril 2009

NY : mix up

Voilà, la valise est prête et fort lourde, of course. Je crains de payer un supplément, mais je croise les doigts : on a normalement droit à deux valises. Mes boarding passes sont imprimés. Je n'ai plus qu'à ranger l'ordinateur dans mon sac à dos.
Il va faire terriblement chaud pendant quelques jours sur NY, à partir d'aujourd'hui : 31° puis 38° demain. Je sais que le temps est loin d'être réjouissant sur Paris. Tant pis : c'est "ma" ville.

Le retour à la "réalité" m'angoisse pourtant, je dois l'admettre. Le retour, avec toutes les questions, la valise à vider, le jet-lag à gérer, les cours à revoir en urgence... Et puis les minoux à pouponner. Même eux ont des cadeaux des States...

Je vais refaire escale au Canada. Et j'ai deux places côté hublot sur les deux vols. C'est cool. J'aime voir les villes, les pays de haut. Et puis les tapis de nuages que l'on voudrait manger à la petite cuillère ou à la paille, comme d'immenses milkshakes...

Rien à voir, mais j'ai étrangement oublié de vous dire que mercredi soir, après l'Island burger, nous sommes allés dans un bar gay avec un ami de Kim. Nom de code : le Posh. L'ambiance ressemblait pas mal au peu que  je connais des bars gays parisiens, avec peut-être un brin de décontraction en plus. Et les femmes y sont admises sans problème. Ce qui n'est pas toujours le cas en France...

C'est un brin décousu, comme entrée, je le sais bien. Mais je profite de mes derniers moments sur l'ordi. Un entrée est programmée pour ce soir. Et je posterai dans la semaine des photos de mes achats new-yorkais, je crois. Juste pour poursuivre un peu la route américaine...

On the road again.

NY_avion__10_

8 avril 2009

Sauvez les sirènes !

J'ai effectivement commencé le Paul Auster, qui m'a happée dès les premières lignes. Je prépare au quotidien mon voyage (là, je ne vais pas tarder à anticiper la valise...), ce qui me prend du temps.

Je dors mal et me réveille beaucoup. Je suis en manque d'amour, je crois...

sir_ne

Mes élèves atteignent des sommets : ce matin, crise ingérable à cause d'une guêpe qui était dans la classe (impossible de savoir comment elle était entrée). Ils hurlaient, couraient dans la salle, ouvraient et fermaient les fenêtres, n'obéissaient à aucune consigne...
Autre exemple, de rédaction cette fois-ci : le sujet était inspiré de documents vus en classe sur les sirènes. "Vous rencontrez une sirène sur le lieu de vos vacances. Vous racontez cette rencontre et vous décrivez la sirène". La pièce maîtresse du paquet de la 6ème fusée disait ceci en substance, sur environ huit lignes pas plus : je rencontre une sirène - on plonge sous l'eau ensemble - elle me présente ses copines sirènes - je leur demande de me remonter à la surface toutes en même temps - les marins les tuent en sortant de l'eau - je porte plainte - je gagne - j'ai plein d'argent - je m'offre une Porsche Cayenne (écrit porche KN).
Véridique.

Porsche_Cayenne

Sinon, je poursuis mon régime et mes entraînements sur la wii fit.

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Allez, la valise m'appelle -et le repassage aussi...

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10 avril 2009

Derniers préparatifs

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Je le dis sans honte :  ce matin, j'ai fui le collège à l'idée de ne pas y revenir pendant quinze jours. Les élèves ont été épuisants cette semaine, et assez insupportables.
Là, je finis de préparer mes bagages, je vais passer l'aspirateur, faire tourner un sèche-linge et repasser deux trois choses. Sinon, je crois que je suis prête pour ma virée américaine ! Seul souci : je dors tellement mal en ce moment que je n'ai qu'une envie, là, tout de suite : faire une sieste...

Et puis, comme ça, cette phrase entendue sur France Inter, dite par Richard Bohringer et que je m'attribue : je suis une désespérée joyeuse, et non une joyeuse désespérée.

1 avril 2009

Faites vos jeux !

roulette_casino

En allant chez Hermione, j'ai tilté : les mutations intra ont débuté ! Enfer et damnation, PERSONNE ne m'a prévenue. Ni dans mon établissement de rattachement, ni ailleurs. Voilà un bel exemple de pourritude. Et je n'ai que jusqu'à lundi midi pour me lancer dans la grande loterie nationale.

Pour tout dire, c'est l'enfer.

Plusieurs lycées non loin de chez moi et classés APV offrent un poste. Mais je ne sais rien de ces établissements. Ni si j'ai la moindre chance d'y accéder.

Je ferai les portes ouvertes de l'un d'eux samedi matin. Avec deux risques : 1) que ça me plaise beaucoup, que j'y croie, et que je n'aie pas le poste; 2) que ça me déplaise beaucoup, et que je sois encore plus désemparée pour mettre un lycée en premier choix.

Quelqu'un a une solution ? Des échos pour moi ? Parce que là, ça devient urgentissime...

Faites vos voeux, rien ne va plus !

19 mars 2009

La journée de révolte citoyenne

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Demain soir, sur Arte, passe en avant-première La Journée de la jupe, avec Isabelle Adjani. Le film sortira en salle mercredi prochain.
Je n'en ai vu que la bande annonce, et je suis déjà à moitié retournée : c'est l'histoire d'une prof de français dans un établissement difficile, qui découvre une arme à feu dans le sac de l'un de ses élèves. Et là, tout bascule. Le mince fil qui retenait cette prof de sombrer, se coupe.
Je me suis dit, dans l'après-midi, que finalement, c'était un miracle que ce genre d'événement n'arrive pas. Combien d'entre nous sont parfois au bord du précipice ? Qui connaît les tensions que l'on génère, celles que l'on reçoit au quotidien, la violence intrinsèque au métier aujourd'hui ?

Le film sera peut-être excessif, mais dans cette courte bande-annonce, dans la simple phrase d'un élève qui paraît innocente ("C'est bon, on veut étudier, nous..."), j'ai ressenti ce que je ressens parfois et que j'assume pleinement dans mon métier. Pourtant, de l'entendre hors contexte, cette phrase, elle m'a fait mal : le système retors de retournement de la situation (sous-entendu, c'est la prof qui s'énerve, pas moi, et elle m'agresse -cela me fait penser à un certain débat d'entre deux tours...), et la menace sous-jacente que l'on n'entend pas quand on est dans l'action...
J'ai dit à ma mère de regarder ce film sans savoir ce qu'il valait, même si les critiques disent Adjani et ces ados parfaits. Je serai demain devant mon écran. C'est assez rare pour être noté. Et je dirai ce week-end ce que j'en ai pensé.

Sarkozy et ses sbires (Darcos dans le peloton de tête) ne savent rien de nos vies, qu'elles fussent de prof, d'ouvrier, de médecin, de chômeur ou d'artisan. Comme premier pas, je leur suggère d'allumer aussi leur télé demain soir. Ils verront l'école que l'on redoute tous pour nos enfants, je crois, et la souffrance des profs à la loupe.

17 mars 2009

Gourou officiel

Il y a des jours où je me dis que notre société n'est guère plus évoluée qu'il y a quelques siècles. Entre les évêques négationnistes et extrêmistes, l'homophobie clairement affichée du Pape, les enfants violées bannies à 9 ans pour avoir avorté, et maintenant de tels propos sur la Sida qui sont à vomir, je ne risque pas d'être très open minded avec la catholicisme "moderne".

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17 mars 2009

V'la l'printemps !

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Même si le mot est grand, j'ai réaménagé mon balcounet. Il a fallu que je graisse les vis des chaises, qui s'étaient rouillées en un hiver. Les petits oiseaux chantent. Clochette a l'air ravie. Le noirot reste sur le pas de la porte fenêtre, peureux comme pas deux. Mais il y viendra, assurément.
Je crois que je vais déjeuner là, ce midi : ce sera mon premier repas dehors ! Et ensuite, si le soleil perce vraiment, comme c'était le cas hier, je corrigerai les exaltantes copies de 6ème à l'air libre. Dommage, j'aurais bien bu une Desperado avec une tranche de citron vert. Seul souci : je risque et de noter de travers, et de m'endormir lamentablement. Apffff !

17 décembre 2008

Le lycée va me tuer ?

Je ne sais pas comment je me débrouille : j'ai pourtant l'impression d'être une fille organisée, je ne parviens pas à trouver du temps pour voir Sandy, aller chez Picpic m'acheter des trucs à manger, trouver l'énergie d'aller au tir à l'arc, faire mes cours longtemps à l'avance, et tout.

Comme tous les mercedis, ce matin, j'avais la tête dans l'aspirateur et la machine à laver. J'ai essayé de bazarder mes pommes qui faisaient la gueule en préparant un jus, mais ce n'est qu'une purée désagréable au palais et pas sucrée. Flute !

Hier midi, les élèves avaient trois heures banalisées en raison d'une série de mini concerts pour le Téléthon, du repas de Noyel, tout ça. Mes STG m'avaient gentiment et subtilement dit la veille : "On n'a que vous l'après-midi. On va attendre trois heures pour une heure de français !". Ce à quoi j'ai rétorqué que, moi aussi, j'allais attendre trois heures pour n'avoir qu'eux.
Evidemment, certains avaient disparu entre le matin et l'après-midi. D'autres sont arrivés en retard. Leur excuse : "J'étais au concert". Et moi, de répondre sur un ton faussement naïf : "Ah bon ? C'est étonnant, j'y étais et je ne vous ai pas vu".

Bêtement, hier midi, je pensais qu'un(e) collègue allait me dire de venir pour une fois à la cantine, puisqu'il y avait repas de Noyel. Je ne demandais pas à ce que l'on m'offre le repas, juste qu'on me propose de me joindre à un groupe.
Mais personne ne me l'a proposé. Encore moins quand ils sont revenus avec un sachet de chocolats, en prenant un air dédaigneux, en plus. Un sachet trainait deux heures plus tard sur une table; je l'ai pris pour le chipouillot de Sandy.

Mii_Sandy

Sandy en Mii sur ma Wii

Sinon, dans les aventures pédagogiques de Super TZR, il y a eu deux cas ces derniers jours.

Le premier : j'ai corrigé un soir de la semaine dernière un contrôle de lecture sur quatre nouvelles de Zola. Rien de bien violent en soi. Entre autres, il fallait résumer les nouvelles en 5-10 lignes. J'ai deux zozos de la seconde frappée qui m'ont écrit des horreurs du type : "il la saute dans une grotte" ou "un gars se fait sa femme". Certes, il y a plus grave dans la vie, mais j'ai fait des bonds : comment deux jeunes hommes peuvent-ils écrire sur une copie ceci, sachant que leur prof est une femme, en plus ? Bref, les copies ont atterri sur le bureau de l'adjoint car je ne savais qu'en faire : si je les rendais en m'offusquant, c'était la porte ouverte aux blagues vaseuses et aux sourires en coin. D'un autre côté, il m'était impossible de laisser passer cela.
Les copies ont remonté un cran de l'échelle : sur le bureau du proviseur. Ce dernier a convoqué les deux élèves, a appelé les parents, et ils ont reçu un avertissement écrit en bonne et due forme...
J'ai donc deux amis forever, now.

Le second : Barracuda, toujours lui, le mastodonte de la bagarre en seconde frappée (encore et toujours, oui), s'illustre actuellement dans divers domaines. En effet, il manque de soulever de terre un autre élève abasourdi en entrant dans mon cours vendredi dernier. Toujours dans ce même cours, il soutient mon regard alors que je me fâche assez rouge puisqu'il jouait au morpion avec l'un des délégués de la classe. Ensuite, il y aurait des preuves qu'il traficote au sein du lycée avec quelques herbes pas vraiment douces... Enfin, il a redécoré sa table hier pendant mon cours, en signant (pas malin, ça).
Un rapport a été envoyé aujourd'hui à l'adjoint par mes soins.
Barracuda va devenir my best friend.

Graffiti

A part ça, je ne vois pas pourquoi j'attends autant les vacances.

9 septembre 2014

Pangloss, sors de ce corps !

J'aurais aimé vous dire que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes, à l'instar de Pangloss, mais je ne le peux pas (enfin, si je le dis, vous comprendrez bien l'ironie de la chose, justement). Nous avançons cahin-caha, dans un grand flou artistique, gérant autant que possible les problèmes, les erreurs, l'incompétence, et l'assourdissant discours de déni de nos chefs.

Cette rentrée est usante alors qu'elle vient à peine de démarrer. Il va falloir tenir six semaines et je me sens comme en décembre, quand nous tenons coûte que coûte à finir le trimestre... 

Hélas, rien n'est achevé : nous espérons une refonte complète de tous les emplois du temps pour mardi, ce qui signifie encore et encore des changements, des assemblées générales, des réunions, des soucis, des inepties et tutti quanti (il fallait une rime en i).

Vrai point positif : les élèves sont peu vindicatifs voire vraiment compatissants et sympathiques.

Et il fait beau.

C'est déjà pas mal, même si ce n'est pas assez.

pangloss

24 mars 2009

Ulysse, reviens !

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Comme je me sens un brin désabusée et que j'ai perdu pas mal de mes illusions (tant sur le plan scolaire qu'ailleurs...), je me dis que sourire des perles de mes élèves est toujours mieux que d'en pleurer...

6ème, les contes et légendes de la mythologie

* Il est bouvier. cela consiste à garder les vaches et les beaux.
* Ulysse se fait passer pour un médiant.
* les prétendants sont ce qui voulait épousé la femme d'Ulysse et le tronne d'Ulysse
* ils ont une peur verte (trouvé environ quatre fois)
* il adopte l'attitude ennervée
* elles sont pandut avec un cable de navirent
* les dansseuces
* il à préférée dansez

6ème, grammaire, l'impératif

* il séret à donner un sanse à la phrase
* fraimirres (= frémir)
* tressaillir : c'est le verbe traillir
* assaillir : veut dire asseleï vous (= asseyez-vous...)
* t'est toi on ta pas parler !
* fais t'est devoir ! / fait-es devoir !
* assaillez-vous !
* ne s'oions pas découragés (ben ça va être dur...)

3 juin 2009

Pin des Landes

pin

6ème, contrôle sur l'accord du participe passé avec l'auxiliaire avoir.

* Alors que de jours en jours le temps passe il emballe le papier cadeau.
* et juska c'est 5 ans c'étais une chipi
* je les avais pin (des Landes ?)
* les dessins je les pindres quand j'avais six ans
* il les prendré imidiatement
* pour faiter noël

Je voudrais pourvoir en rire, mais là je déprime. Après force rabâchages, exercices et explications, la meilleure note de ce contrôle sur le participe passé pour la 6ème sport est de 12,5. J'ai seulement quatre copies au-dessus de 10. J'en ai  dix entre 0,5 et 6.

J'ai des hors-sujets complets, des fautes ajoutées allègrement à partir des phrases qu'ils avaient sous les yeux, des lettres en trop, des lettres en moins...

Ils vont tous aller en cinquième, réjouissions-nous.

Et nous serons encore impuissants face à leurs difficultés.

Je vais me faire une sieste, tenez : après ma nuit de cauchemars (oui, encore) et ces corrections, je le mérite...

1 juin 2011

Allô maman bobo

chat-velo2

Je me demande ce matin à quel point mon inconscient a pu "programmer" ma chute de vélo.

En effet, je ne vais pas au lycée aujourd'hui (cinq heures de secondes évitées...) en raison de ma blessure au bras qui ne veut pas cicatriser. Elle me porte même parfois au coeur (expression intéressante, dirait un psy freudien). La nuit dernière, je ne savais plus comment me mettre pour dormir, et celle-ci a ressemblé à un message en morse.

J'ai aussi découvert que ma douleur de dent, ressentie au moment de la chute, était révélatrice d'un léger choc sur la lèvre. Et je constate -chose que j'ignorais possible- que j'ai un hématome sur le bord de la lèvre supérieure.

De fait, j'ai décidé d'aller chez le médecin pour avoir le nécessaire vital : des compresses qui ne collent pas à la plaie, et de quoi cicatriser plus rapidement.

J'ai à peine l'ombre d'un scrupule pour mes cours de ce matin. Les profs sont en train de lâcher prise, et les risques de dérapage sont bel et bien présents. Je préfère encore m'épargner un craquage, comme vendredi dernier -ou pire.

Sinon, j'ai un paquet de copies de première à corriger, avant de passer à celles du bac. Les bulletins à remplir, aussi. Il me manque encore onze fiches d'orientation pour mes secondes. Tout va bien.

Edit de 14h30/bilan post-pimpon : codéine, froissage de muscle, vilaine plaie, un mois de compresses grasses, vaccin tétanos, glace sur ma lèvre, un arrêt de travail pour aujourd'hui. Moi qui hésitais à consulter...

26 avril 2011

C'est en prose ou en vers, votre affaire ?

citron_vert_

Pour ma reprise, l'un des élèves de seconde a fait très fort.
J'entamais aujourd'hui une nouvelle séquence, sur le théâtre et surtout sur la comédie. Corpus sur Molière, avec une biographie, une présentation du genre au XVIIème siècle. Nous arrivons à la disctinction prose/poésie.

_ Selon vous, parmi les trois grands dramaturges du siècle, lequel ou lesquels a/ont écrit en vers leurs pièces ?

_ Racine !

_ Molière !

_ Corneille !

Et là, Noki, sorte de farfadet de la classe, m'affirme : "Ben non, pas Corneille !"

_ Pourquoi donc, Noki ?

_ Ben vous avez dit que c'était le plus vieux, enfin le plus ancien du siècle.

_ Euh, oui... Et donc ?

_ Il ne pouvait pas écrire en [ver] !

_ Pourquoi ?

_ Il avait pas la bonne encre. La couleur existait pas. Pis y'avait pas de stylo quatre couleurs à son époque !

A sa tête déconfite, à la rougeur de ses joues, j'ai compris que ce n'était pas une blague potache . Il avait compris ma question ainsi : "lesquels ont écrit en vert ?"

Tenez, une question très rimbaldienne : si les auteurs étaient une couleur, laquelle seraient-ils ? Je verrais Racine pourpre, Corneille orange ou moutarde, et Molière... vert citron !

18 mai 2011

Et la choucroute, dans tout ça ?

Comme j'ai la tête occupée par autre chose aujourd'hui, je vous livre juste l'objet de mon inquiétude professionnelle et de mon désespoir, après huit mois de travail en seconde.

choucroute

Hier, je leur parle de la catharsis, de l'inconscient, tout ça. J'évoque juste Freud.

Aujourd'hui, je leur demande le nom de cet homme qui a théorisé l'inconscient, qui y a réfléchi. Néant. je les aide un peu : "Il est connu par tout le monde même si vous en l'avez pas lu. Je vous en ai parlé il y a moins de 24 heures. Il est Autrichien, du début du XXème siècle."

Et là, fuse une première réponse alors que je me tournais vers le tableau : "Mozart !"

Lasse, j'explique à cet élève que non, ça n'a aucun rapport. "Ouais mais des Autrichiens, on en connait pas beaucoup !" Je renchéris en disant que le but n'est pas d'appuyer sur un buzzer et de réagir au moindre mot : il faut cumuler les informations, et faire des croisements. Je réitère donc ma question du "qui est-ce ?".
Et, pour m'achever, un grand niais qui a régressé lance à la cantonnade, fier de lui : "Hitler !"
Je lui demande de me rassurer et de me dire qu'il l'a fait exprès. Mais non, pour lui, c'était une "vraie" réponse. Là, j'ai comme qui dirait "craqué".

"Mais enfin, quel est le rapport avec la choucroute ? Je vous ai parlé du génocide juif ? De celui des homosexuels ? De la seconde guerre mondiale ? On étudie la tragédie au XVIIème siècle ! Réveillez-vous ! A votre place, j'aurais envie de creuser un trou et de m'y cacher, là, au lieu de rire. On en est là au bout de huit mois de travail ? On n'est pas à un jeu télé, bon sang !"

Je le reconnais, je suis peut-être allée un peu loin. Mais nous sommes à bout, en ce moment. A bout de forces, surtout. Et puis à bout de patience. Je ne sais pas si c'est la même chose dans tous les établissements de France et de Navarre, remarquez...

PS : lors d'un voyage en Angleterre récent, Nono, l'un de mes "cas difficiles" comme on dit poliment, a répondu au guide ceci :

"Dans quelle ville les rois de France étaient-ils sacrés ? -> "Roissy !"

"Non, c'est une ville célèbre pour son champagne..." -> "Champigny !"

Et d'accompagner ses réponses d'un geste victorieux et satisfait, car il était convaincu d'être pertinent.

Et devant la statue de Churchill, on leur demande qui est ce personnage anglais célèbre et influent : "Quasimodo ! "

 

 

4 mai 2011

United colors

Je n'ai toujours pas pris le temps de récupérer les photos de mon week-end dans la Drôme, mais me revoici quand même.

En ce moment, je ressens une certaine lassitude, ou plutôt un désarroi tant au lycée face à des élèves gravement obscurantistes, que face à ma décision concernant l'agreg 2012. La semaine dernière, et depuis hier aussi, j'ai droit à un festival non plus de perles, mais de remarques inquiétantes. Pour la première fois, me semble-t-il, la majorité de mes élèves régresse en avançant dans l'année scolaire (je compte dedans les questions, les incompréhensions, les erreurs de langue, et tutti quanti).

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Par exemple, l'un d'eux (vous m'excuserez de ne pas toujours redonner le contexte) croit que dans son sang est inscrite son identité malienne. Il a fallu que je lui précise que non, seul un chromosome indiquait la couleur de sa peau. Et là, il m'assène le coup de grâce : "Mais madame, je ne pourrais pas vous donner mon sang puisque je suis noir !" On lui a précisé que je ne deviendrais pas métisse pour autant, d'ailleurs...

Sinon, j'ai eu droit à la grande théorie du complot à propos de la mort de Ben Laden, alors que je traitais un extrait du Tartuffe de Molière. Ne cherchez pas le rapport, j'ai eu du mal aussi. Tout tient au fanatisme religieux.

A ce sujet, pour la première fois de ma carrière, une élève est venue m'affirmer, de façon agressive, en début de cours, droite devant mon bureau, ceci :"Madame, mardi, vous vous êtes trompée. Vous avez fait une erreur en parlant du Coran."
Très vite, dans ma tête, je me dis : "Ohmondieu -et pour cause- quand ai-je parlé du Coran ?!" Je réfléchis très vite, et je repense à environ vingt secondes de mon cours : je leur disais que le programme du collège, en 6ème-5ème me paraissait difficile car on manie des concepts complexes. Par exemple, les récits fondateurs : la notion de mythe est ardue, ou encore faire la distinction entre texte littéraire/religieux pour la Bible, le Coran, etc alors que l'on n'en connait pas les auteurs.
Bingo, c'était ça. La gamine avait ruminé pendant deux jours cette simple phrase.

_ Mais de quoi parlez-vous, Illa ?
_ Mardi, vous avez dit qu'on ne connaissait pas l'auteur du Coran. Mais on le connait. Vous vous êtes trompée.
_ Ah ? Qui est-ce, alors ? (Je précise que j'ai évité tout ton ironique ou agacé, et que j'ai géré ce "conflit" pendant que mes agités s'installaient, dans le brouhaha.)
_ Les compagnons du Prophète, me répond-elle d'un ton inspiré, grave, cérémonieux.
_ Illa, vous comprenez bien qu'à partir du moment où vous évoquez celui que vous appelez "le Prophète", vous êtes dans le domaine religieux, alors que je vous parle de textes littéraires dans un cadre laïc ?
Elle hoche la tête, toute raide.
_ Ce qui est de l'ordre de la foi, je ne peux y répondre. Mais on ne sait pas qui est ou qui sont exactement le ou les auteur(s) du Coran, tout comme de la Bible.

Elle repart, le nez en l'air, telle Cléopâtre en jogging, au fond de la salle. Je débute mon cours, je présente... Tartuffe, et là, je crois que je l'achève avec le faux dévôt, l'hypocrisie religieuse, la critique de Molière, etc. Sachez qu'elle a pleuré de rage/dépit/impuissance/colère/frustration/vexation/mépris (cochez la bonne case) en début d'heure, mais que je n'ai pas sourcillé : je ne voulais absolument pas amener ce "débat" religieux au milieu de mes trente zozos.
Je me suis demandé si j'avais correctement répondu, dans l'urgence, acculée. Dans mon LycéeDésiré, il y a aussi maintenant des élèves de terminale qui refusent d'aller en cours de philo pour "raisons religieuses". Tout cela m'inquiète.

1 novembre 2010

Kub or

kub

Hier, cela faisait dix-sept ans. Chiffre totalement flou, abstrait, qui signifie beaucoup et reste assez vide de sens, pourtant.
Hier, j'ai failli culpabiliser de faire autre chose que de me consacrer au passé. Juste failli.
Hier, j'ai pris le train le long d'un lac.
Hier, je suis repartie avec de la nourriture dans les sacs, des bières locales, et du pain rond et doux.
Hier, nous avons pris la voiture sous des trombes d'eau incessantes.
Hier, j'ai bu du bouillon réconfortant avec des cheveux d'ange.
Hier, cela faisait dix-sept ans, et aujourd'hui, c'est la Toussaint.
Je n'ai pas besoin de ces dates pour penser à lui.

J'apprends à vivre sans oublier; j'apprends à avancer en souriant; j'apprends à dévorer l'existence sans la mordre.

23 juin 2014

Lève-toi, et corrige

Forte de mes quatre-vingts copies de TL depuis vendredi soir, je tente de maintenir le rythme : j'en ai corrigé trente à ce jour. Cela signifie bien évidemment faire des sacrifices sur le we, mais le temps de correction s'avère court : il faut avoir enregistré les notes pour le lundi 1er juillet à midi, alors que nous rendons les copies le 3 (ne cherchez pas à comprendre, c'est illogique au possible).

Pour autant, il va bien falloir remplir le frigidaire, faire le ménage, et tutti quanti. Mais j'avais quand même envie d'évoquer avec vous la réunion d'harmonisation de vendredi matin, édifiante et toujours aussi inutile...

Nous étions convoqués à Versailles, dans un lycée que j'ai trouvé laid. Dans le train, j'ai eu un premier choc : une fillette d'environ dix ans était vêtue d'une jupe plissée bleu marine, au genou; de socquettes blanches; de petits mocassins à demi vernis; et elle arborait une magnifique natte dont aucun cheveu ne dépassait. A la gare de Saint-Cloud, elle est descendue et j'ai vu d'autres petites filles modèles, identiques, sur le quai. 
"C'est un autre monde", pensais-je. 

Je prends un bus pour rejoindre le lycée de la convocation. Versailles ressemble à un village par ses façades, et pourtant n'en est pas un. Je me demande pourquoi Louis XIV a choisi un endroit si éloigné de Paris, et quelle tête il ferait en voyant ce que "sa" ville est devenue.
Je descends et découvre le lycée vieillot, des années soixante ou soixante-dix. Nous sommes plusieurs à entrer au même moment et à chercher une affichette quelconque dans le hall. Rien. Nous ressortons pour rejoindre une autre entrée, et une collègue qui nous a précédés nous indique que la réunion a lieu dans un autre bâtiment, quelques numéros plus loin. L'inspectrice se mêle à nous (précision : elle m'a fait passer l'oral de la leçon sur Rimbaud à l'agreg... et ne s'en souvient guère, ce qui m'arrange).

Marchant d'un pas plus vif que d'autres, je m'installe avant le petit bloc de lettreux. Deux profs sont déjà installés. Il n'y aucune affiche, mais nous devinons que la salle nous est dédiée.
Les autres entrent, circonspects :

_ Vous êtes làààà pour la réunion de TL, littératuuuure ?

_ Nous sommes toujours là pour la littérature !

_ N'est-ce pas ? Huhuhu...

Petit rire entendu.

Je suis affligée par cet humour au rabais, entre "spécialistes" pédants. Je regarde autour de moi et je suis pour l'instant la plus jeune du lot. Comme un OVNI dans ce lot de professeurs cravatés, endimanchés, articulant profondément et allongeant les voyelles. On me trouve parfois un brin précieuse, mais dans ce contexte je suis l'engeance des lettres.

On évoque bien entendu le nombre de copies. Les petits nouveaux comme moi tendent l'oreille... pour entendre ceci : "Des cassandres prédisent que nous en aurons plus que l'an dernier..." ou "C'est le stakhanivisme de la correction !"
No comment.

profs_2

La réunion débute, cahin-caha. Les inspecteurs sont bien embêtés : il y a un problème sur l'une des questions (la mineure à huit points). Les sujets sont flous, mauvais, à côté des consignes données toute l'année à nos élèves. Une fois ce constat effectué, et nos indignations formulées, on nous dit que nous allons devoir composer avec.
Pour évaluer l'immensité du problème, nous commentons des copies à l'aveugle. Les disparités sont là, mais je ne les trouve pas affolantes. Certains s'offusquent de "la lannnnngue, la lannnngue !" qui n'est passez prise en compte. D'autres suggèrent en sourdine de "défaire la cravate pour corriger et se détendre". D'autres encore continuent les jeux de mots, indifférents dans leur tour d'ivoire : "J'ai une question majeure sur la mineure". Huhuhuhu.

J'ai l'impression d'être dans la BD des Profs : j'ai des caricatures en face de moi. J'en suis peut-être une moi-même, mais je m'abstiens d'intervenir de façon subjective.

prof désespéré

J'observe et je constate qu'une jeune collègue, qui doit avoir moins de trente ans, est toute perdue. Elle est juste devant moi et prend des notes. L'inspectrice rappelle que l'on n'annote pas les copies, et que l'on met une appréciation précise pour éviter tout malentendu en cas de réclamation. La jeune collègue écrit en rouge : "Pas d'anotation sur la copie"
Son côté oisillon sorti du nid me touche moins. C'est dur, et je m'en rends compte, mais elle enseigne les lettres, quand même...

La réunion s'achève dans une certaine confusion et un "bon courage !" de bon aloi mais presque déplacé.

J'appelle le lycée où je dois retirer mes copies à 17h pour savoir si je peux passer avant. Réponse affirmative qui me fait filer vers celui-ci en milieu d'après-midi. Je signe pour quatre-vingts merveilles, je recompte. Concernant le rattrapage (que je n'ai jamais fait passer), je pose une ou deux questions. Sur ces entrefaits, un collègue arrive. Il était à la même réunion que moi le matin. 
Je m'apprête à sortir, et la dame, toute guillerette, annonce à mon collègue : "Dans ce jury, vous en avez moins !" Ne pouvait-elle se taire une minute de plus, le temps que je sortisse ?

 

19 mai 2014

Ne vous déplaise...

J'avais beaucoup hésité, pour des raisons financières mais aussi et sourtout par peur d'être déçue.

Le première fois que je l'aie vue en concert, c'était à l'Olympia, en 1993. Elle m'avait bouleversée. Je l'écoutais depuis l'âge de quatorze ou quinze ans (oui, je n'avais que peu de goût pour les chanteurs de mon époque). Ensuite, je n'ai plus vraiment compté le nombre de fois où je l'ai vue, émerveillée, en me disant que si je pouvais être une autre, je serais elle, Juliette Gréco.

Progressivement, j'ai senti que l'âge l'atteignait, même si je m'y refusais. J'ai continué à acheter ses albums (en collaboration avec Jean-Claude Carrère, Marie Nimier, Abd Al Malik, Biolay...), et me suis convaincue qu'il fallait que je reste sur mes souvenirs déjà un peu anciens. Les années ont passé. De loin en loin, je souriais en l'entendant à la radio, en la voyant -rarement- à la télévision : son côté petite fille malicieuse, débordant de goût pour la vie, intact, m'a toujours émue.

Et puis, l'annonce de son dernier album m'a rendue méfiante : Juliette Gréco interprétant Brel n'avait rien d'exceptionnel. Et pourtant... Les nouveaux arrangements de Gérard Jouannest (immense monsieur !) et la maîtrise de Gréco sur le répertoire du grand Brel (elle reste à mes yeux sa plus grande interprète), ont su me convaincre à l'écoute de l'album.

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Mais ce n'est pas celui-ci qui est la source de mon article sur le blog.

Innocemment, je dis un jour à Cally que Gréco passe à l'Olympia pour deux soirs, mais que je crains d'être vraiment déçue, ou triste, ou les deux. En discutant ensemble, Cally trouve les mots pour me convaincre d'aller la voir, peut-être une dernière fois, osons le dire, puisque la dame a quatre-vingt-sept ans maintenant.

 

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C'était vendredi, après une semaine très chargée, que nous avons vu "la Gréco" chantant Brel et d'autres titres de son répertoire, sur la scène de l'Olympia. En nous installant dans la salle, je suis prise d'un doute : les trois-quarts des spectateurs ont au moins soixante-cinq ans, et le reste est definitly gay.

La première partie est à oublier : un jeune homme chante sur son synthé tel un adolescent dans sa chambre, en scandant des paroles insipides qu'il cherche à caser dans ses rythmes. Puis vingt minutes d'attente.

Jouannest ouvre le bal avec un accordéonniste (ce seront les seuls musiciens) et est acclamé à juste titre. Et Gréco entre, comme à son habitude, depuis le fond de la scène, entre deux spots lumineux verticaux, posés au sol. Je suis frappée par ses épaules qui tombent, comme chez les vieilles femmes, et très émue de "retrouver" la dame dans sa robe noire aux manches chauve-souris. Quelques secondes, et la voici devant le micro, dans un premier tonnerre d'applaudissements.
Et là, le miracle arrive : il n'y a plus de vieille femme, mais une chanteuse toute droite, habitée par les textes, maîtrisant son chant. Seul le détail d'un prompteur qui la rassure, à ses pieds, me dit que la mémoire pourrait être défaillante.

De bout en bout, je suis bouleversée de le revoir, de l'entendre, de partager avec elle les mots de Brel, Ferré, Gainsbourg... Le public sait quels sont les morceaux de bravoure et de génie : "Ces gens-là", "La chanson des vieux amants", "J'arrive", "La Javanaise"... Je souris, aussi, à son annonce : "Je ne devrais pas, mais je le ferai quand même !" avant d'entamer "Déshabillez-moi", et de trouver en cette femme encore tant de sensualité.

Après presque une heure trente de spectacle, elle repart, épanouie, pleine d'amour, au bras de son mari, portant dans ses bras des bouquets de roses offerts par les fans. Il n'y aura pas de rappel, et personne ne semble lui en vouloir.

Moi, je ravale mes larmes depuis plus d'une heure, je conserve cette émotion que si peu d'artistes me procurent, aussi longtemps que possible. Je me suis nourrie de tout; j'en ai fait mon miel.

Je regrette juste que cette dame qui a traversé plus de vingt ans de mon existence, n'ait jamais su ce qu'elle représentait pour moi, égoïstement.

18 avril 2014

Vertigineuse

Hier, j'avais décidé d'emmener Cally à un concert d'une chanteuse qu'elle aime beaucoup : Emilie Simon. Nous étions dans une petite salle sympathique de banlieue, pour le premier concert de la tournée de la demoiselle. Malgré un début de concert tardif, dû à une première partie légèrement trainante, mais surtout à de menus soucis techniques, j'ai beaucoup aimé la voix si particulière -et pas du tout décevante en live- d'Emilie Simon.

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Sous des airs de poupée à l'ancienne, elle a un regard audacieux, et son côté chaperon rouge se transforme vite en chaperon trash avec sa guitare électrique et son énergie. Fan de technique, la chanteuse a mis au point un accessoire intéressant qu'elle fixe à son bras pour faire varier sa voix à distance, grâce à son ordinateur au logo de pomme.

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On oscille entre Mazzy Star, Camille, Charlotte Lebon, Emilie Loizeau... tant sur le plan physique qu'artistique. Quand Emilie Simon se met à parler, on dirait une petite fille timide, qui bascule dans une douce provocation l'instant d'après, quand elle chante.

Les morceaux du dernier album m'ont beaucoup plu, surtout celui sur Paris ("Paris j'ai pris perpète"). J'aurais aimé entendre la reprise de "Wicked game" en rappel, mais...

Mais sans vraiment prévenir, en l'espace de quelques secondes (minutes ? je ne sais), j'ai fait une sorte de crise vagale au milieu de la fosse... Cally a eu juste le temps de voir ma suée et ma couleur verdâtre, puis de m'attraper. Je ne sais ce qui s'est passé les instants d'après : je n'entendais plus rien, je ne voyais plus rien malgré mes yeux ouverts. Cally m'a emmenée jusqu'à la porte de la salle de concert je ne sais comment, avec l'aide d'une seule jeune femme qui m'a épaulée. (NB : tous les autres spectateurs ralaient et se plaignaient, alors que Cally scandait un "pardon, malaise !" à répétition... C'est très rassurant.)
Une fois assise (nous étions debout depuis 20h, et il était 23h15 environ), un gentil vigile m'a donné un verre d'eau et du sucre. J'avais recouvré la vue mais pas encore tout à fait l'ouïe. Je crois que j'ai raconté un peu n'importe quoi. Ensuite, nous sommes reparties avant que la foule ne sorte de la salle.
J'ai vaguement entendu "Wicked games" derrière la porte.


En soi, un malaise de ce type n'a rien d'exceptionnel, cependant cela m'est si peu arrivé dans ma vie que j'en suis fort étonnée. Par ailleurs, je me rends compte que je ne supporte pas de perdre le contrôle, de ne rien maîtriser. Et autre constat : je suis sans doute bien plus fatiguée que je ne le crois...

17 juin 2013

La dernière séance

Cally adore le cinéma. Pour ma part, j'y vais (allais ?) fort peu. Je suis difficile à convaincre et souvent peu motivée. Pourtant, je ne voulais pas léser Cally et la freiner dans ses envies cinéphiles. Donc, nous sommes allées voir quelques films ces dernières semaines. Il est grand temps de les évoquer ici.

MUD

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La bande-annonce semblait assez alléchante, et présentait un film sur la manipulation, dans la lourdeur de l'ambiance propre aux états américains du sud.
J'ai eu une petite déception : finalement, il n'y a guère de plan machiavélique, et l'histoire qui se voulait pesante est relativement banale (un amour passionnel toujours décevant). Pourtant, les enfants qui jouent sont impressionnants de naturel, et Matthew Mc Conaughey est très convaincant dans un rôle plutôt sérieux. Quant à Sam Shepard, il est totalement crédible. Ils participent à la création de ce tableau du Mississipi à la fois beau, pauvre et injuste.
Nous avons donc passé un bon moment, mais ce film ne laissera pas un souvenir impérissable.

 

SONG FOR MARION

song for marion

Pour faire plaisir à ma mère, après un excellent restaurant japonais, nous avons vu ce film avec Terence Tramp (excellent) et Vanessa Redgrave (lumineuse). On ne peut pas dire que la mise en scène soit époustouflante, mais cette histoire très humaine est fort touchante, quoique simpliste (la femme a un cancer, elle veut chanter, son mari est un ours et se révèle progressivement). J'ai à la fois ri et pleuré, certainement grâce au talent des acteurs principaux, sortes de monuments du cinéma qui pourraient transcender n'importe quel film kleenex. Evidemment, ma mère a adoré.

 

GATSBY LE MAGNIFIQUE

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Je connaissais l'histoire, sans avoir lu le livre (comme cela arrive pour de nombreuses oeuvres). J'avais beaucoup aimé l'adaptation de Shakespeare par Luhrmann (à tel point qu'il est même sur la liste de bac de mes élèves). Là, je dois reconnaître que la patte du réalisateur est reconnaissable, avec une maîtrise technique en plus. Malheureusement, on devine les images trafiquées pour la 3D, même dans la version standard.
La blonde -dont je ne retiens jamais le nom- qui joue Daisy est passablement insipide, alors que Di Caprio est véritablement excellent. Je trouve qu'il a un relief incroyable, son jeu "actor studio" étant totalement maîtrisé. A cet égard, la scène au cours de laquelle il sombre dans la rage et la violence contre son rival est d'une grande justesse. Quant au narrateur-personnage, interprété par l'acteur de Spiderman (Tobey Mc Guire), il reste dans une gamme plutôt monocorde, avec le même air de ravi de la crèche que dans d'autres films. Sinon, le côté mélo de l'histoire ressort parfois trop (le coup de la lumière verte au bout de la jetée). J'ai quand même passé un bon moment, admirant les scènes de fête et le jeu de Di Caprio.

SHOKUZAI 1 & 2

Shokuzai

SHOKUZAI+CELLES+QUI+VOULAIENT+OUBLIER

SHOKUZAI+CELLES+QUI+VOULAIENT+SE+SOUVENIR

Dans un tout autre genre, nous avons vu les deux volets de la série japonaise de Kurosawa sous forme de films, deux samedis d'affilée. Le principe de l'histoire semble simple : une petite fille joue avec quatre de ses camarades dans la cour désertée de l'école. Un homme parvient, sous un prétexte fallacieux, à faire venir cette enfant dans le gymnase, devant le regard de ses amies. Il la viole et la tue. La mère de l'enfant cherche à savoir pourquoi les autres enfants ne se souviennent de rien. Elle exige un tribu d'elles, en échange de la mort de sa fille, car elle les estime responsables.
On retrouve ses fillettes quinze ans plus tard, sous forme de quatre épisodes. Elles ont effectivement oublié le visage de l'agresseur, mais elles sont toutes profondément marquées par cet événement : l'une vit dans la peur des agressions, une autre n'a jamais eu ses règles et refuse d'être femme, certaines vivent recluses, etc...
L'ambiance de ces deux films est étonnante : avec rien ou quasiment, le malaise est créé. La peur, aussi. On assiste à la déconfiture de ses vies, au massacre de ces existences dans un Japon aux codes exigeants, et pourtant moderne. L'esthétique est très épurée, tant sur le plan des décors que de la mise en scène, ce qui rend certains passages extrêmement efficaces.
L'actrice (Kyôko Koizumi) qui joue le rôle de la mère est inquiétante et très belle, je trouve, même si certains plans ne la flattent pas toujours.

17 mars 2014

Une bouée, svp !

J'ai rarement aussi dépassée par le flot de travail que ces derniers temps. Outre la reprise catastrophique sur des oraux de bac blanc (un vrai fiasco sur le plan administratif et logistique + un collègue remplaçant en apparent abandon de poste), j'ai une soixantaine de copies de terminales L et de première techno à corriger. A cela, ajoutez des conseils de classe à partir de cette semaine (donc des bulletins à remplir), et saupoudrez de cours d'agreg à la fac (sans avoir le temps de bosser pour un éventuel oral) : vous obtiendrez une Virgibri au bord de la rupture.

D'ailleurs, mon lundi sera sous le signe des copies, tout en sachant que la tâche est sans fin...

bouée

31 juillet 2013

Saveurs épicées

Je ne comprends pas où est passé le mois de juillet. Quelqu'un l'aurait-il vu ? Il a filé sans que je m'en rende compte...

Il faut dire que je n'arrête pas : entre les menues préparations de dernière minute pour le voyage (J- 3 !), le rangement de mastodonte (une journée complète pour les papiers...), les lectures d'agreg, les nuits d'orage, les siestes, le shopping soldes, l'ostéopathe, les week-end à la mer ou à la campagne, et les recettes de cuisine, cela laisse peu de temps pour voir le temps défiler.

Hier soir, j'ai cuisiné ma première soupe asiatique : lait de coco, sauce soja, poulet, bouillon Pho, piment, citronnelle, kumbawa, nouilles de riz... En dessert, un pain d'épices allégé (peu de miel, cardamome, cannelle, gingembre, fenouil, noisettes, amandes) a complété le tout. J'étais ravie de préparer tout cela pour Cally.

soupe1

soupe2

Sinon, je trouve que Nabokov est bien trop intelligent dans son écriture. Cela me ralentit, que diable ! Et le sujet de la comparée de l'agreg cette année me remue et me chamboule : poétique du récit d'enfance. Le souvenir, ce qui reste, ce qui s'efface, la filiation, la famille, les morts, être vivant, le recul face au passé... Tous ces sujets se bousculent en moi et je résiste parfois en ralentissant la lecture, car cela m'est douloureux et/ou perturbant.
Il me restera Walter Benjamin à lire le long des plages et des volcans (indices sur ma destination !), si je parviens à finir Nabokov avant samedi.

A part ça, je crois que je vais bien, globalement, et ce n'est pas une évidence ni un acquis, d'où l'intérêt de le dire.

Et vous, rares lecteurs estivaux, vous allez comment ?

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