Vendredi, Clochette a eu un an. C'est arrivé comme une fleur.
J'ai eu une rose blanche hier.
Aujourd'hui, je vais me balader avec Peps sous un soleil léger.
C'est bon de ne rien faire et d'oublier les tracas du boulot...
Edit de presque 20h
Nous avons finalement fait Auvers-sur-Oise : le château-musée (avec des beaufs à la retraite qui ont... pété -!- et parlé fort), le parc (qui a failli nous échapper, merci le site officiel de la ville !), l'église, le cimetière, un petit restaurant sympa et un pot (photos à venir). Seul souci : j'ai les pieds qui ont souffert dans mes Converse. Je crois avoir bien fait de ne pas en acheter deux paires : ce n'est pas aussi confortable que je le croyais. On rigole bien, Peps et moi. Et puis ça ne nous empêche pas de nous confier non plus. Maintenant, je dois gérer mes angoisses habituelles pour les cours du lundi... Qui a dit que je taisais cet aspect de ma vie, mmm ?
Rapidement : j'ai survécu au-dessus de l'océan; j'ai les jambes lourdes; je viens de voir la City de nuit sous le pont Kennedy et c'est splendide... J'ai mangé cajun/cubain ce soir et je suis repue. Une entrée plus longue demain, avec les premières photos : j'ai pris la statue de la liberté et tout et tout depuis l'avion ! Là, en heure française, il est 4h passées et je ne dors toujours pas...
Vous êtes endormis, sans doute, et moi dans l'avion... L'Atlantique, ce n'est pas que de l'eau, ce n'est pas qu'un océan : c'est un monde fait de noms merveilleux, que je vous donne pour le plaisir du voyage... Sous mes ailes, il y a :
la Butte du Grand Météor le Mont sous-marin de Joséphine la Rive du Porc-Epic la Dorsale de Gloria la Plaine de Biscay la Zone de fracture de Charlie-Gibbs Goose Bay
Si cela vous inspire, n'hésitez pas. J'ai environ 7000km à parcourir : vous avez du temps pour rêver...
Voilà, j'ai visité le lycée classé APV non loin de chez moi. Il a l'air neuf, doté d'outil techniques à la pointe, tout ça. J'ai alpagué un collègue de math (il n'y en avait aucun dans ma matière pour les portes ouvertes), qui m'a donné la température sur l'établissement. Rien n'est parfait, mais celle-ci semble plutôt bonne. L'ambiance et la solidarité entre profs ont été mises en avant, ce qui est essentiel. J'ai donc décidé de mettre ce lycée en premier choix. Mon nombre de points est moins ridicule qu'avant, mais je sais qu'il reste léger face aux mastodontes avec beaucoup d'ancienneté, ou aux "bonussés"... Je dois à la fois y croire sans y croire trop. Comment doser ? Pour le reste des voeux, c'est plus variable...
Ma première présidentielle, c'était celle de 1995. Si je compte correctement, je vais voter dimanche pour la troisième. A la deuxième, j'ai pleuré devant mon écran le soir du premier tour. J'ai cette impression étrange que tout est possible encore cette fois-ci, que tout semble bien indécis et que cette élection en laisse perplexe plus d'un, quidam ou journaliste politique pointu.
J'irai voter, comme à chaque fois, avec ce frisson et cette fierté de glisser mon bulletin dans l'urne. J'hésite encore entre deux candidats, mais ce qui est certain, c'est qu'aucun ne m'enthousiasme. Triste époque où l'espoir semble en avoir pris méchamment un coup.
Je pense aussi comme beaucoup que le pire est à venir économiquement. J'ai des exemples autour de moi de gens compétents au chômage, en difficulté; de gens qui gagnent leur vie honnêtement et qui ont du mal à boucler les fins de mois; de gens comme moi, "de classe moyenne" qui voient tout augmenter sauf leur salaire. Je sais aussi que mon statut de fonctionnaire sera mis à mal.
Pourtant, pourtant, j'aurai bien ce frisson à l'idée que le vote peut changer les choses, que la voix du peuple est importante. Le futur président devra prendre en compte cet appel, même s'il doit composer avec une crise économique évidente (avez-vous déjà constaté l'augmentation du prix des oeufs, en raison d'une pénurie ? Ces oeufs que l'on utilise pour fabriquer des pâtes, entre autres...)
Finalement, je vais plutôt bien. Je vous raconterai cela ce week-end sans doute. Au programme, sont prévus : deux sorties théâtre dont une scolaire, un déjeuner au balcon avec Tinette, un jogging, des abdos, des cours à préparer. Ah oui, je vise les 6 kg de moins pour la fin de l'été. Alors il faut se remettre au sport.
Je reviens vite, c'est promis, mais avoir une vie sociale à nouveau (en plus du lycée), cela occupe !
PS : au lycée, d'ailleurs, cela bouge méchamment à cause de la DHG et du reste...
Je ne suis pas loin, juste submergée encore, et surtout très fatiguée.
J'attaque mes 56 copies aujourd'hui, mais j'ai aussi un dernier conseil d'enseignement, et la fête du lycée, avec son lot de départs. Pour l'un d'eux, je serai une indienne et je tiendrai un discours avec des mots cherokee... Alors comprenez que je repousse depuis plusieurs jours l'écriture d'une longue entrée ici.
Je sais depuis midi que je suis "refusée". Mes notes d'écrit correspondent à mes attentes, mais celles de l'oral sont incompréhensibles. Je reviendrai demain ou mercredi sur le blog car je n'ai pas mon ordinateur (l'iPhone a ses limites) et parce que je dois avaler un peu la pilule... A très vite quand même.
Cela aurait été trop beau : je commence à m'inquiéter. Rimbaud, la grammaire surtout m'affolent. Impression de ne rien savoir. Le programme est incommensurable. Comme tout programme d'agrégation, me direz-vous. Ce qui me semblait réalisable devient monumental. Souci : trois auteurs sur six ne me conviendraient pas à l'oral. Gloups.
Là, je me dis que je n'aurai pas le temps de boucler mon programme de révisions. Je reprends le lycée demain, après cinq jours intenses. Mon cerveau est au bord de l'implosion.
Alors après ma journée Charlot, Aimé, Arthur et grammaire, j'ai décidé de me préparer un gratin de légumes au tofu. Une première. Mais ça ne peut pas être mauvais, me dis-je. Et puis besoin de manger sain. De prendre des forces.
Flûtine arrivera vendredi. Et je me demande si je vais vraiment aller travailler ce jour-là. C'est mal.
Je vous laisse car j'ai besoin de m'éloigner un peu de l'écran, et la poésie d'Aimé m'attend ensuite...
Le défi 87 consistait à écrire deux versions de notre choix sur le thème "ivresse(s)"... Voici ma participation.
Texte
1 : Tu m’enivres.
Vivre
en toi, vivre avec toi, vivre de toi, voilà ma sève, mon essence, ma
folie.
Je ne sais plus
les jours, ni les secondes ; j’ai oublié mes amis ; je ne décroche
plus le téléphone –sauf si c’est toi.
Je n’ose plus
tomber dans la réalité de l’existence –les courses, le travail, le rangement,
les factures, les plaies quotidiennes. Tu me suffis.
Non, tu suffis à
mon amnésie que je sais temporaire. Qu’il est doux de tout oublier, et de ne
voir le monde que par toi !
Ta peau est ma
route ; étrange chemin sans pancartes ni balises, où il fait toujours
beau : ce n’est que sable chaud qui adoucit, que tempête de pain d’épices,
qu’oasis fraiche…
J’y place mes
propres repères, j’y laisse mes traces, aussi fugaces
soient-elles.
La passion nous
dévore, oui, peut-être, mais je te dévore, et j’observe ton cœur incandescent
qui ne brûle que pour moi, comme un flambeau dans la nuit.
Je suis tout
attachée à ma proie, disait le poète.
Texte
2 : Tu me fais tanguer.
Vivre
en dehors de toi, vivre sans toi, vivre des autres, voilà ma souffrance, mon
horreur, mon vide.
Je
regarde les heures défiler sur le cadran, et chaque minute frappe et
cogne ; tout le monde me dit que c’est mieux ainsi et je voudrais
hurler ; je ne leur réponds plus au téléphone, c’est déjà
ça.
J’ai
branché le pilote automatique pour te détester, me dire que j’en suis réduite
aux factures, au train-train, aux cauchemars quotidiens. Abattre les corvées est
une victoire, chaque jour.
Chaque
chose me rappelle toi, et je voudrais fuir pour t’oublier.
Je
crois pourtant que j’ai peu à peu perdu le goût de ta peau. D’autres y laissent
leurs sécrétions, leur désir, leurs mains que je veux maladroites, leur
empreinte, et je suis sûre que tu ne sais plus la douceur de mes doigts depuis
longtemps. Ton désir s’est éteint, avec la passion.
Je
regarde ton cœur battre pour d’autres que je juge indignes de toi. Je cherche un
flambeau pour illuminer mon tunnel sans fin ; en
vain.
Tu
t’es détachée. Et je suis pieds et poings liés…
Dans le feu de l'action ce we, j'en ai oublié de publier mon défi du samedi... La consigne partait d'une image "fabriquée". Il s'agissait d'une sorte de bateau bleu sur l'eau... Voici mon texte. Il s'intitule "Et vogue la galère".
Si nos larmes rentraient dans toutes les bouteilles vides du monde
Le niveau de l’eau ne serait plus un problème
On les viderait progressivement
Dans l’eau salée
Si tous nos chagrins pouvaient voguer au gré des flots
Les défis du samedi ont repris. La consigne 71 était la suivante : il fallait raconter un événement, une chose, vus de différentes façons, sous plusieurs angles, en gros... Ce que l'on voit et ce que l'autre voit...
Voici ma production, faite un peu vite pour cause de rentrée...
Ohlalala, j’espère que j’vais
être dans la classe à Chloé ! Kevin est là. Il est trop beau ! En
plus il a bronzé. J’adoooore son t-shirt !
Bon, voyons un peu les gagnants
de cette année. Pourvu que je n’aie pas encore Kevin en cours. Il a l’air
toujours aussi… kévinesque. Les minettes sont drôles avec leur sac au creux du
bras. Tiens, lui, il va arrêter de faire l’amour à son chewing-gum dès que nous
serons en classe.
Vas-y, c’est quoi ces
profs ? I’ sortent d’où ? Non, mais t’as vu sa tronche à
c’ui-là ? Pourquoi elle m’regarde comme ça, la prof ? P’tain, j’la
sens mal, c’te année ! Qu’est-ce que j’fous là ?
Je vais faire avec eux
l’argumentation, d’abord. En lecture intégrale, Candide. Ou bien Orwell. Cela dépendra de leur niveau. En même temps, la méthode du
commentaire composé pour leur faire faire l’Eldorado en lecture analytique
personnelle. Plusieurs apologues pour varier les plaisirs, et j’en mettrai
quatre sur leur liste de Bac. Après, en lecture complémentaire…
Il ne faut pas qu’ils devinent
que je suis néo-tit. Ne pas sourire. Oui, c’est ça, je ne vais pas sourire. Et
puis faire de la discipline de suite. A l’IUFM, ils ne savent pas ce que c’est,
eux, d’être en ZEP. Je crois n’avoir rien oublié ce matin. Je vais vérifier
encore mon cartable. Ne pas sourire.
Pffff, ce qu’ils sont nuls !
Ils se la pètent mais c’est tout ce qu’ils savent faire. Moi je veux mon Bac.
Mes parents ont raison.
Non seulement je dois gérer la
rentrée, mais aussi les profs. Je sens bien qu’ils ne m’ont pas trop écouté
hier, à la réunion. Pourtant, je trouvais mes efforts payants. Il y en a déjà
trop qui viennent se plaindre. J’en ai pour des heures de boulot à tout
refaire…
Si je garde ces heures de cours
du vendredi matin, je ne vais pas pouvoir tenir. C’est effroyable. Je n’ai
qu’un tiers-temps et ils me mettent tout le matin. Oh, que je suis mal !
Je sens les angoisses revenir. Il faut absolument que j’en reparle au
proviseur.
Elle a l’air jeune la prof
d’espagnol ! T’as vu ? Tu crois que c’est sa première année ? A
ton avis, notre prof principal, il enseigne quelle matière ? Il est trop
mignon !
Allez, c’est ma classe
maintenant. On va pouvoir monter après l’appel. Ils ont de bonnes têtes. Je
vais juste leur faire un peu peur au début. Après, je relâcherai la pression.
Quelle angoisse, quand j’avais leur âge…
On m’a appelée !
Chloééééééééééééééé !
Installez-vous dans le calme. Je
vais faire l’appel…
Consigne 57 : écrire des lettres d'adieu en un minimum de signes...
*Tu m’as donné ton nom en me faisant renaître, mais jamais
dit « je t’aime », même sur ton lit d’hôpital. J’ai tourné le dos à
tes cendres. Trop-plein d’amour dans le silence.
Je t’aime, Papa.
*Chéri,
Tu m’as demandé de fermer la porte à cause des courants
d’air en beuglant comme un veau qui va naître. Je l’ai fermée derrière
moi : le vent m’a emportée.
Trouve une bonne avant d’en épouser une.
*New-York,
Je t’ai croquée. Je reviendrai finir la pomme une autre
fois.
See you !
*Tipiak,
Espèce de fripon pirate, tu crois pouvoir voler nos
recettes ? Ben, non ! On a tout mis au coffre et un certain Madoff
s’occupe de nous. Ah ah ! Tu ne nous auras pas !
Les vieilles Bretonnes en coiffe
*Adieu frimas, vent glacé, feuilles mortes et branches
nues !
Le printemps
*Vous m’avez gonflée pendant des années, et voilà que je vais
vous éclater, kilos !
*Votre lumière m’éclate au visage. Je vous ai croisés une
fois Paris, et puis ici, à New-York. Je vous ai en moi, maintenant.
Je ne pouvais passer ici sans laisser un message : je suis dans l'Apple store de la 5th avenue et c'est assez génial ! Bon, y'a pas d'accents sur les claviers, mais on s'en fiche. Et je meurs d'envie de m'offrir un Ipod rouge flamboyant à 149$... Allez, je file... Ici, il est 10 heures du matin. Bises americaines en attendant ce soir !
Ce matin, les élèves de S étaient en commentaire composé sur table. Il s'agissait d'un extrait de Britannicus de Racine. Petitefemme, en me rendant sa copie, me dit avec les joues rouges :
_ J'y ai pris du plaisir ! _ Vraiment ? _ Oh oui ! Je ne sais pas quelle note j'aurai, mais j'y ai pris beaucoup de plaisir ! _ Vous me sauvez ma journée, Petitefemme !
Et puis au début des trois heures, la meilleure élève de la classe me montre son carnet de liaison dans lequel était collée ma lettre aux parents (pour les rassurer, tout ça, parce qu'au conseil de classe j'ai eu droit à la liste de questions...). Elle est toute rouge de timidité et me sourit. Je lis rapidement ceci : "Merci pour tout. Nous avons confiance en vous". Je lui fais un grand sourire et la remercie au milieu du brouhaha. Grand sourire en réponse.
Ces deux moments ont sauvé ma journée, car j'ai un souci avec un élève de la seconde frappée qui se braque contre moi parce que "je me suis fait chier à lire ce bouquin et je me paye 5 !" et "ça sert à rien de prendre le cours".
Et j'ai mis une heure à rentrer au lieu de 30mn.
Mais je suis relativement de bonne humeur : mon changement d'air de ce we m'a été fort bénéfique, je crois. Au fait, pour les photos de Strasbourg, ce ne sera pas avant demain soir ou mercredi...
Pour mes (trois) fans en délire, voici un petit topo de ce qui m'attend : 2 secondes, 2 premières (une S et une STG); 20h de cours hebdomadaires, concentrées surtout sur le lundi (8h30-17h30) et le vendredi (9h30-17h30) avec des trous; 4 jours travaillés; un lycée assez loin. Sinon, le remplacement est court : normalement, la prof devrait reprendre son service le 06 octobre, mais je n'y crois guère car elle a un problème de genou... Je dois composer entre ce qu'elle devait/voulait faire, ce qu'elle croit réaliser à son retour, ce que je dois faire et ce que je penserais devoir préparer à l'avance... J'ai deux anciennes élèves que je retrouve en première. Je les avais en 3ème il y a deux ans. Le monde est petit. Je me suis levée tôt pour préparer les cours aujourd'hui car je commence demain. Allez, je file travailler et faire le tri dans le joli fouillis artistique de la prof que je remplace...
Ces derniers temps, je comptais les jours. Sans non plus être focalisée sur ce point, mais quand même. Maintenant, il va falloir passer aux heures.
Et puis là, c'est J-1. Réunion ce soir pour savoir dans quel ordre je passe, les jours des épreuves, et tout et tout.
Je me force à ne plus réviser depuis hier soir. J'ai quand même achevé -enfin !- ma lecture de Césaire et revu le chapitrage du film. Les cours au lycée étaient étranges, entre énergie et épuisement : j'ai dû dormir chaque après-midi pour me remettre.
Et là, là, je ne sais plus trop quoi vous écrire, comme si j'avais besoin de me taire, de peser mes mots avant de passer mes oraux...
Pour la consigne 83 des défis du samedi, il fallait faire deviner un nouveau métier totalement inventé au travers d'une lettre de motivation... Voici la mienne, intitulée "Erase".
Madame,
Monsieur,
Je
me permets de vous contacter suite à votre annonce. Je pense avoir toutes les
qualités requises pour cet emploi. En effet, mes capacités gommantes ne sont
plus à prouver : j’ai travaillé avec les plus grands hommes politiques de
France, mais aussi européens.
J’ai
effectué un stage de formation auprès des présidents de multinationales dans un premier temps,
essentiellement ceux des industries pétrolières, après quelques amas de mazout
sur les côtes. Les habitants, ainsi que les animaux, ont eu un gommage
personnalisé effectué par mes soins.
Par
ailleurs, j’ai des entrées dans le milieu de la justice : certains
coupables ont bénéficié de mon talent dans des affaires embarrassantes, ou
lorsque leur violence avait été telle, j’ai facilité les choses pour les
victimes et leurs familles tourmentées.
En
conséquence, je pense pouvoir vous être grandement utile au sein de votre centre
d’aide psychologique. Je veux maintenant aider les particuliers, ceux qui
souffrent, ceux qui sont tourmentés pas leur passé, leurs ruptures, leurs
deuils…
Je
suis apte à remettre leurs compteurs à zéro, afin qu’ils puissent revivre
dignement, sans douleur. Je suis parvenu à une technicité quasi parfaite, j’ose
le dire. Je l’ai nommée la « technique soma ». Je souhaiterais que
votre centre puisse en profiter au plus vite.
Je
souhaite simplement ne pas être oublié, et laisser mon nom à la science moderne,
tout en aidant les personnes en souffrance.
Dans
l’attente de votre réponse, je reste à votre disposition pour tout entretien ou
pour une démonstration de gommage éventuelle.
J'aurais aimé vous parler de plein de choses (la fête de la musique vue de ma télé, le poste allumé deux soirs d'affilée, les occupations ludiques avec mes petits monstres, mon we de ménage et de glissades à la lessive...), mais je me sens obnubilée par le résultat des mutations... Au pire je le saurai demain matin, au mieux ce soir. Désolée d'être si prompte à arrêter là mon blabla, mais je sens bien que je ne suis guère inspirée.
Edit de 14h30 : oh que je suis contente ! Les sujets de l'EAF sont en ligne : le théâtre est tombé dans les séries générales ! Youpiiiiiiiiiiiiiiii, je l'avais travaillé à fond avec les S ! Ils ne devront rien à Sakapus... (Désolée, je rougis un peu mais pas tant que ça) Restent les séries techno cet aprèm...
La consigne 66 portait sur la panne de courant. Il fallait aussi insérer au moins dix nombres. Voici mon texte... assez sombre, il faut bien le dire.
J’en compte seulement cinq, ce soir. Les autres ont dû se
planquer, encore. Je sais bien qu’ils m’observent. Ce qui me perturbe, c’est
que je m’étais préparé à en voir au moins huit.
Je les avais invités pour baisser leur garde.
J’ai tout bien pensé,
ça, c’est sûr : les boissons, les gâteaux apéros, les petits fours. Mais
comme j’ignore ce qu’ils mangent vraiment, j’ai ajouté des saucisses, des
légumes, des brochettes de bœuf et du fromage. Je n’ai pas encore tout sorti,
mais je suis dans les starting-blocks depuis trop longtemps pour être surpris.
Quoique.
Deux
d’entre
eux-les chefs de la meute, je suppose- semblent renifler : leurs nez
s’agitent. Ce n’était pas arrivé jusque-là.
Je me ressaisis :
mon plan est bien ourdi, pas de panique. Ils s’avancent un peu. Leur odeur
faisandée m’a toujours donné envie de vomir. Je dois me retenir. Pas
maintenant. Ne pas tout gâcher pour un simple haut-le-cœur.
Je dois attendre que
les trois autres débarquent. Ils ne
vont pas résister cette fois, je le sens. Ils aiment l’odeur de ma sueur quand
il fait chaud. Je l’ai compris il y a environ dix ans : j’étais au bord d’une plage, en train de flemmarder
au soleil avec ma femme, quand je les ai vus pour la première fois. On ne me la
fait pas : j’ai donc choisi une journée estivale pour les exterminer. Même
la météo pouvait contrarier mes plans. Mais là, il fait vraiment chaud, presque
lourd. Le temps va tourner à l’orage, à n’en pas douter. Pas grave : ça
couvrira le bruit…
Je reste toujours face
à eux. Ne jamais leur tourner le dos est une règle d’or. J’ai commis l’erreur une fois, pas deux. La femelle avait alors voulu me mordre au sang. Le mâle
s’était ensuite jeté sur elle, non pas pour me sauver, mais pour défendre son
bon de gras : il ne supporte pas que l’on touche à son garde-manger ni à
ses jouets. Je m’en étais sorti cette fois encore, grâce à l’apparition de la
nuit : ils ne vivent que le jour. Je me demande si ces deux-là s’étaient accouplés après leur
dispute…
Je vois leurs babines
frétiller. J’ai lentement sorti le plateau qui contient la viande, sans geste
brusque. J’aurais pu parier sur leurs préférences culinaires. Je jette environ dix morceaux de viande un peu au hasard
devant eux. Ils se ruent dessus. Et ils se sont encore rapprochés. Une fois
qu’ils auront passé la ligne fatidique que je me suis tracée mentalement,
j’appuierai sur le détonateur. Mais ils sont encore un peu trop loin…
J’espère avoir assez de
viande.
L’atmosphère est
étouffante. Une goutte de sueur perle à mon front. Le ciel commence vaguement à
s’assombrir et j’entends au loin le tonnerre de façon assourdie.
Leurs yeux rouges ne me
quittent pas du regard, même lorsqu’ils dévorent la chair. Je vérifie une
énième fois que le détonateur est bien dans ma poche de veste. Je jette encore
de la nourriture, plus près de moi, cette fois.
Le mâle dominant arrête
les autres d’un mouvement de tête. Il me défie. J’essaye de sourire et de
montrer mes paumes retournées, vides. Il renifle. Grogne un peu. Vas-y, grogne,
je suis habitué, depuis le temps.
Il donne le feu vert
aux autres. Ils avancent lentement quand même. Je n’en peux plus, l’air est si
moite ! Le tonnerre se rapproche. Allez, avancez, bon sang ! Qu’on en
finisse ! Que vous me foutiez enfin la paix…
Ça y est, ils y sont.
Là, j’ai une chance de les avoir. Je savoure l’instant. J’entends le clapotis
de quelques premières gouttes dehors. Je souris vaguement. Je n’ai pas souri
depuis des années, je crois. Ma main est au-dessus de ma poche. Je suis prêt.
Je suis si prêt de la libération…
Mais
non ! NON ! C’est le noir ! Les plombs ont sauté !
Non ! J’allais enfin vous tuer ! NON !
_ P’tain, j’en ai marre
de c’lui-là ! Il n’a qu’une
piqûre par jour, mais quel bastringue à chaque fois !
_ Ouais, je sais :
les autres tarés de l’étage sont plus faciles à gérer. Tu les bourres de
quelques cachets, et hop, i’s’tiennent à carreau.
_ Va encore falloir que
je lui mettre deux baffes pour l’calmer.
_ Vas-y mollo quand
même : on sait pas c’qu’i’ raconte aux psy’…
_ Allez, c’est bon, il
a eu sa piquouze : éteins la lumière. On est tranquille jusqu’à demain.
Consigne 65 : insérer cet incipit quelque part -> "Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté
d'avoir accepté ce voyage." (La fascination du pire, de
Florian Zeller).
Au moment où le réveil
a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage. J’aurais dû dire non à ce
énième trajet, mais le capitaine 47 était cloué au lit. J’étais le seul pilote
disponible. J’en ai pourtant plein les pattes, et le décalage horaire me tue.
Je n’ai même pas eu le temps de me remettre de l’aller-retour en Argentine.
Au moment où le réveil
a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage. Encore une énième conférence
sur l’œuvre de Proust à donner. Mais qu’est-ce qui m’a pris de me spécialiser
sur un auteur aussi célèbre et couru ? J’aurais dû en choisir un quasi
inconnu du grand public. Mais bon, Marcel et moi, ça date d’il y a si
longtemps… Je me souviens de cette première lecture Du côté de chez Swann, difficile et inaccessible, tant et si bien
que je me devais de recommencer par plusieurs fois les phrases aux tournures
alambiquées, aux sujets rejetés, aux propositions emboitées – et la merveille,
la révélation à mon cerveau lorsque ce puzzle devenait une image nette et
splendide, un tableau de maître auquel j’avais enfin accès, comme un pirate
découvrant par miracle la malle aux trésors ardemment cherchée pendant des
années !
Au moment où le réveil
a sonné, j'ai r’gretté d'avoir accepté ce voyage. Bobonne qui réclamait un
cadeau pour nos trente ans de mariage, et patati et patata. On verra le
carnaval, blabla. Ouais, ben moi, tout ce qui m’intéresse dans c’t’histoire,
c’est de voir des minettes rouler des hanches gratos devant moi, avec leurs
gros lolos qui s’agitent, sans que mémère vienne râler !
Au moment où le réveil
a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage. Je n’avais pas envie de laisser
les enfants à mes beaux-parents, ces gens sans goût et sans tendresse, qui nous
avaient reproché tant de fois « d’avoir fait des mômes en toute
indécence », puisque nous n’étions pas mariés. Le reproche changera
dorénavant, puisqu’on nous parlera d’avoir tant tardé, d’avoir jeté l’opprobre
sur la famille, tout ça. Mais au moins, nous sommes unis officiellement
maintenant. Je me moquais de ce que nos familles pouvaient penser. Mais
protéger les enfants, c’est tout ce qui m’importe. Et voilà qui est fait.
Sébastien voulait absolument que nous partions loin pour notre voyage de noces,
et seuls pour que l’on se retrouve vraiment, a-t-il dit. Moi, je me retrouve
quand ma tribu est là : mon amour, ma petite princesse et mon petit homme
… Un voyage en France m’aurait suffi, et les enfants, ce sont mes rayons de
soleil. Pas besoin de partir de l’autre côté de l’Atlantique pour être
heureuse.
Au moment où le réveil
a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage. Je n’ai plus l’âge de faire
des orgies, je crois. Le nouveau petit steward était pourtant à croquer, et je
ne regrette pas cette nuit passée à le dévorer. Je pense qu’il a été surpris de
découvrir que le mythe de l’hôtesse de l’air n’est pas mort… Si je le retrouve
sur un prochain vol, je lui ferai danser la capoiera à deux sous les
draps ! Oh punaise, ma tête… Mes amis aspirine et fond de teint vont
encore me sauver. Allez, je vais appeler un taxi pour ne pas être en retard
cette fois-ci.
Au moment où le réveil
a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage. Mon psy m’avait dit :
« Prouvez-vous que vous êtes acteur de votre vie ! » Le seul
truc que j’ai trouvé à faire, puisque je passais des heures sur le net, ça a
été de surfer sur des sites de voyages de dernière minute. Une offre irrésistible,
hors saison, au soleil, avec l’excuse culturelle du carnaval. J’ai été un bon
danseur, autrefois. Enfin, surtout avec Michèle. Bien avant qu’elle ne me
quitte. Je me suis dit qu’aller là-bas, en terre de la samba, me redonnerait
peut-être l’envie de danser, et que je pourrais reconquérir Michèle…
Au moment où le
téléphone a sonné, j’ai regretté d’avoir accepté ce poste de dirigeant d’une
compagnie aérienne…
Face à l'ampleur du succès des défis du samedi, les textes sont dorénavants publiés en fonction de leur arrivée tout au long de la semaine. Le mien a été diffusé aujourd'hui...
Consigne :
Mme Katia Laipouls-Scière Vendredi 15 mai 2009 Aide-soignante de jour à la Résidence des Écureuils 28*** Berdoncière
Madame, Mademoiselle ou Monsieur,
Madame Mireille Icks vient de décéder, à l’âge de 94 ans, le 8 mai 2009, à la maison de retraite des Écureuils de Berdoncière.
Avant
de mourir, elle m’avait confié un petit agenda très usagé. J’y ai
trouvé toutes les adresses notées au cours de sa longue vie. Certaines
semblaient très anciennes. La vôtre y figurait.
Quels étaient
vos liens avec Madame Mireille ? A quelle époque de sa vie l’aviez-vous
fréquentée ? Quels souvenirs avez-vous conservés d’elle ?
Je ne
l’ai connue que fort âgée. Elle se livrait peu. Je voudrais que vous
m’aidiez à me faire une idée de son passé. J’ai entrepris d’écrire à
toutes les personnes dont je suis parvenue à déchiffrer les adresses.
Je
lirai toutes les réponses et, au cimetière, je brûlerai votre lettre et
laisserai tomber les cendres sur la modeste tombe de Madame Mireille.
J’étais seule à suivre son enterrement.
Vous serez aimable de
m’envoyer votre lettre à l’adresse suivante : samedidefi@hotmail.fr,
vous prendrez la précaution de préciser : “Tentative d'esquisser le
portrait d'une inconnue.”
Je vous prie d’agréer, Madame, Mademoiselle ou Monsieur, l’expression de mes sentiments les plus dévoués.
Katia L.-S.
P.S. : Ne vous
étonnez pas qu’une aide-soignante d’une maison de retraite de campagne
sache rédiger une lettre sans trop de fautes d’orthographe, j’ai
profité d’un des rares moments de lucidité hebdomadaire d’un gentil
vieux monsieur de la résidence qui a accepté de relire mon brouillon en
échange d’une sucrerie proscrite par la faculté “diafoirine”.
Et voici mon texte :
Mme Germaine Corvisier
4, rue de la Prairie
08000 Charleville-Mézières
Mme Katia Laipouls-Scière
Résidence des
Ecureuils
28***Berdoncière
Dimanche 17 mai.
Madame,
Je vous remercie pour votre
sollicitude et votre intérêt. Je suis très étonnée d’avoir de si tristes
nouvelles de Mireille, et ce après autant d’années… Je ne pensais pas qu’elle
aurait gardé mon adresse quelque part, ni aussi longtemps.
J’ai connu Mireille dans une
usine de l’Oise, pendant la guerre. Nous travaillions ensemble dans le même carré.
Oh, que tout cela me paraît loin ! Nous étions de toutes jeunes filles,
encore bien innocentes. Mireille avait environ deux ans de plus que moi, alors
je la prenais en modèle.
Le travail était dur à
l’usine, surtout en cette période de tensions. Je ne vous apprends rien, je
suppose. Vous avez beau être toute jeune et ne pas avoir connu la guerre, je me
doute que mes propos, qui pourraient passer pour des radotages de vieille
femme, vous sont familiers malgré tout : l’école a été là pour vous
l’apprendre, Dieu merci. Plus modestement que vous qui êtes aide-soignante, j’ai
eu mon certificat d’études, mais mes parents n’ont pas voulu que je poursuive,
et l’Histoire s’est chargée du reste… Voilà que je radote. Je reprends le fil
de mon récit, pardonnez-moi.
Nous passions l’heure de
déjeuner entre filles du même carré. Nos liens étaient assez forts, même s’il
existait quelques tensions parfois : de petites jalousies, des crêpages de
chignons, rien que de très banal, finalement.
Mireille paraissait
« délurée » aux yeux de certains ; moi je la trouvais légère,
riante, affable, rayonnante… Au sein de notre groupe d’ouvrières, elle avait
fait sa place tout naturellement en « chef de clan ». Les choses
s’étaient imposées d’elles-mêmes, sans qu’on sache trop pourquoi.
Le soir, après le travail,
nous rentrions vite avant le couvre-feu. La vie n’était pas drôle, mais nous
tâchions d’y mettre de la couleur : Mireille portait des robes fleuries un
peu osées pour l’époque, et moi je l’invitais parfois chez moi pour prendre une
chicorée. Mes parents tenaient un café, et nous avions le droit de temps à
autre d’en boire un succédané, meilleur que l’orge ou le gland de chêne, sans
goût…
Dans ces cas-là, Mireille
dormait à la maison, pour éviter les soucis des patrouilles du couvre-feu.
Elle devait dormir avec moi,
nous n’avions pas le choix. Cela ne nous posait aucun problème : nous
avions beau partager nos journées de travail, nous papotions une bonne partie
de la nuit sans souci !
Je crois que parler de
garçons, de futilités, de chiffons nous allégeait le quotidien. Les discussions
graves, nous les laissions aux hommes. La société le voulait encore ainsi…
La vie se dévidait devant
nous, les machines tournaient à plein régime, la peur était dans la rue, mais
nous avions notre train-train, même dans les pires moments de cette sale
période.
Un de ces « après-midi
chicorée », Mireille dut rester dormir car le couvre-feu était passé. Nous
avions peur ce soir-là à cause des bombardements : nous étions tous
descendus à la cave, puis remontés au bout de deux heures. C’est long, deux
heures… Il paraissait y avoir des dégâts aux alentours. Les bombes étaient
tombées non loin de là, semblait-il.
Mireille et moi tremblions
encore en nous couchant. J’ai commencé à pleurer, sans rien dire. Mireille l’a
senti et m’a gentiment prise dans ses bras. J’ai pleuré assez longtemps, me
semble-t-il. Sans doute ai-je voulu profiter de ce moment de tendresse volé à
celle que je voyais comme ma grande sœur. Elle me caressait les cheveux tout
doucement.
A un moment donné, elle a
chantonné très bas. C’était à peine un murmure. Je n’avais jamais entendu sa
voix ainsi. Elle était plus grave mais aussi plus délicate. Ou plus sensuelle,
je peux enfin oser dire le mot. J’ai cessé de pleurer à ce moment-là, pour pouvoir
mieux l’entendre.
Je ne saurais dire quelle
était la berceuse qu’elle a fredonnée pour moi : je ne la connaissais pas.
Je n’ai pas dit un mot. J’entendais Mireille respirer. Elle s’est détachée un
peu de moi, a soulevé mon menton, séché mes dernières larmes, et m’a souri.
Son sourire était différent
de d’habitude. Plus épanoui. Encore plus rayonnant. L’espace d’un instant, je
n’ai vu en elle que la Femme. Pas l’amie, pas la sœur que je n’avais jamais
eue, mais bien la Femme. Mireille a dû sentir mon trouble.
Elle avait toujours mon
menton sous ses doigts. Elle a posé son annulaire sur ses lèvres pour
m’indiquer que je devais rester silencieuse. Je ne savais plus penser. Je le
trouvais incroyablement belle. Elle a posé sa main gauche sur mes paupières. Je
l’ai laissée faire… J’ignore pourquoi encore aujourd’hui. Et elle m’a embrassée
délicatement. Pas comme ces baisers de cinéma fougueux et passionnés. Non,
juste ses lèvres sur les miennes, avec une infinie douceur. Elle est passée
plusieurs fois sur ma bouche, en parcourant de petits baisers silencieux mon
visage, comme pour avaler mes dernières larmes.
Mes yeux aussi ont découvert
cette douceur. J’étais fort troublée, moi qui n’avais jamais rien connu de tel…
Elle a retiré ensuite ses mains, s’est tournée et a fait semblant de
s’endormir, contre moi malgré tout. Je n‘ai pas fermé l’œil de la nuit.
Au matin, Mireille était
redevenue Mireille. Moi, j’étais retournée.
Les jours ont défilé comme
avant. Nous allions vers la liberté sans le savoir. Moi, je guettais un signe,
une explication, mais rien ne venait de la Mireille gaie et enchanteresse que
tout le monde appréciait ou enviait à l’usine, c’est selon.
La Libération venue,
d’autres choses s’offraient à nous. Tout était à inventer, à refaire, à vivre,
surtout pour les femmes, nous le sentions bien. Un jour, Mireille m’a annoncé
qu’elle partait plus au nord, qu’elle voulait chanter…
Je trouvais cela très
audacieux, mais fort peu étonnant de sa part. Nous avons échangé quelques
courriers par la suite. Je voulais maintenir le fil ténu qui nous reliait. Je
la tenais au courant de ma vie (rien que de très classique : mariage,
enfants, achat de la maison…). Et puis un jour je n’ai plus rien reçu de sa
part.
Je pensais qu’elle m’avait
oubliée. Je craignais aussi de mauvaises nouvelles. Les années ont passé ;
j’ai cherché dans les journaux quelques traces de ses concerts, en vain. Ce que
mes petits-enfants appellent « internet » n’existait pas, et d’après
ce qu’ils m’ont dit, c’est une mine d’informations.
Bref, je n’avais que peu de
ressources. Et puis après tant d’années, voilà que je reçois votre
lettre ! J’y apprends la mort de celle qui avait eu tant d’importance pour
moi, dans une région éloignée des derniers échos que j’avais eus d’elle…
Vous répondre m’a pris la
journée car ma vue a beaucoup baissé et mon grand âge ne m’aide guère… J’ai
tenu à écrire moi-même cette missive car je n’aurais pas trop aimé que mes
enfants apprennent aussi aisément cette partie de ma vie. J’irai quand même à
la Poste faire des photocopies avant de l’envoyer : je sais que la mort
peut me cueillir à n’importe quel moment, et je veux laisser des traces derrière
moi ; pas comme Mireille.
Mes enfants me disent têtue
de vouloir vivre ici, sans aide réelle. Je ne sais pourquoi Mireille a fini sa
vie en maison de retraite : cela ne lui ressemble guère. Je m’y refuse,
moi. J’ai vécu dans cette demeure avec mon mari et mes enfants. L’un d’eux y
est même né. Je mourrai là, c’est sans appel. Mon fils aîné l’a compris et
vient avec moi faire les courses. Il a même voulu que j’aie une aide-ménagère.
J’ai cédé récemment car mon arthrose me fait souffrir quand même… Mais ma
Mireille… Elle avait tant d’énergie et de fougue !
Je garde cette image
d’elle : légère, vivante, douce. Pardonnez ma franchise sur le lieu où
vous travaillez, mais ce sont pour moi des mouroirs. J’aurais dû y finir ma vie
aussi, je le sais. J’ai cette chance de vivre au milieu de mes fleurs, avec
tous mes souvenirs et les rires de mes petits-enfants infernaux ! Je peux maintenant
planter le souvenir de Mireille dans mon jardin.
Merci pour cela, Katia. Je
finis sur votre prénom, car vous avez l’âge d’être ma petite-fille sans doute.
Je vous quitte le sourire aux lèvres, en me disant que cette image de Mireille
brûlera au-dessus de sa tombe et finira peut-être sur la mienne, au gré du
vent…
Ils étaient là,
face à face. Elle avait longtemps attendu ce moment espérant que ce serait
LE bon, enfin, oui. De discussions sans fin aux promesses coquines, elle
l’avait fait patienter deux mois sur le net. Mails, dial, MSN, puis l’image
qu’elle avait cédée via la webcam, à bout de patience : elle voulait le
voir aussi.
Passées ces
premières épreuves, elle avait accepté de le rencontrer. Sans se précipiter,
elle avait voulu le tester sur bien des plans, comme on choisit une nouvelle
voiture après un essai de conduite. C’était affreux, elle le savait et
l’assumait parfaitement.
L’homme devenait à
son tour un produit de consommation. Mais là, arrivée à trente-cinq ans, elle
voulait une valeur sûre. Regarder Friends
ou Ally Mc Beal devenait pathétique à
force de s’y reconnaître. Pourtant, le personnage d’Ally lui parlait
tellement ! Elle se souvenait encore de certains épisodes, comme celui
dans lequel l’un des personnages masculins n’avait qu’un seul défaut : il
mangeait et parlait en même temps. Des morceaux de salade restaient collés à
ses dents. Ou encore celui qui avait un rire de cochon, horrible. Et Ally qui
ne pouvait pas aller au-delà de ces
défauts, à la fois minimes et énormes.
Le test de la
promenade sur les quais de Paris avait été une réussite. Marche lente, furetage
dans les vieux livres, pause sur le Pont des Arts, crêpe dans les Halles…
Parfait : il n’avait rien contre la douceur ni contre une grande dose de
romantisme.
Sa voix, aussi.
C’était important, la voix, pour elle. Elle n’avait rien de renversant, mais
rien de repoussant non plus.
Elle avait donc
échafaudé toute une liste de paramètres et de critères à cocher, à remplir, à
nuancer. L’un des derniers tests était celui du restaurant. Et elle savait très
bien que le dernier, le plus fatal, le plus excitant et le plus angoissant
aussi, viendrait après : faire l’amour ensemble.
Ils étaient donc
là, face à face, dans ce restaurant. Elle aurait voulu le laisser choisir, mais
elle s’était dit qu’il valait mieux se régaler les papilles en cas de
déconvenue, plutôt que de prendre le risque de mal manger.
Les petites
assiettes tournaient devant eux, contenant des mets japonais délicieux. Le
rythme irréprochable des tapis donnait presque le tournis. Ou avait au moins un
caractère hypnotique.
La discussion
ronronnait. Rien d’extraordinaire, non plus, mais comparé à d’autres mâles
qu’elle avait voulu rencontrer, celui-ci avait un certain relief. Les assiettes
défilaient, s’empilaient doucement entre eux. L’atmosphère était lourde au
dehors comme au-dedans : le temps était à l’orage, il faisait chaud et
moite. Elle, sensible à ce genre changement, commençait à étouffer. Lui ne semblait pas en souffrir. Il parlait. Et il
tentait de lui frôler la main, doucement.
La bouteille d’eau
et celle de vin blanc trônaient entre leurs verres. Leurs verres quasi vides.
Et par principe, elle refusait de se servir. Oui, l’égalité des sexes, blabla,
ne pas attendre que l’homme fût galant si l’on voulait être traitées en égales
de ces messieurs, gnagnagna. Toutes ses copines tenaient ce discours. Mais elle
résistait. Somme toute, cela faisait aussi partie du jeu de séduction.
Au-dessus des algues
et des sashimis, il lui faisait des yeux de merlan frit : il avait été
fort patient jusque-là, mais on sentait bien que son désir était prêt à rompre
les digues. Emoustillé par l’idée que c’était enfin LE soir où ils feraient
l’amour, il se lâchait dans ses propos. La mangeant des yeux, il jouait sur le
double sens de ses phrases et parlait de son envie de goûter ses sushis en
prenant tout son temps ou, au contraire, de dévorer ses makis…
Elle souriait à
peine, faisant semblant de ne pas comprendre l’ambigüité de ses propos. Elle ne
pensait qu’à une chose : savoir s’il allait enfin la servir en eau. Elle
n’en pouvait plus de ressentir la soif, mais elle s’obstinait à attendre.
Fichue sauce soja salée ! Et cette température qui ne cessait d’augmenter…
De petites gouttes de condensation perlaient le long de la bouteille en verre.
Les assiettes
continuaient à s’empiler. Ils n’avaient évidemment plus faim depuis longtemps.
Etrangement, elle qui était non fumeuse, avait envie d’allumer une cigarette à ce moment-là. Enfin, elle se
voyait fumer une cigarette, imaginant que cela la calmerait. Sans savoir si
cette drogue douce avait tant de vertus. L’eau s’était réchauffée mais peu lui
importait : elle rongeait son frein en attendant. Lui, croyant qu’elle ne
voulait plus rester en ce lieu, mais bien avoir chaud pour d’autres raisons,
s’empressa de demander l’addition, émoustillé.
Et là, il se saisit
de la bouteille d’eau, enfin. Elle vit parfaitement le mouvement de son bras,
de sa main, lentement se décomposer. Au même rythme, un sourire commençait à
percer sur son visage de femme douce mais opiniâtre.
Il se versa un
verre, en finissant la bouteille et en s’étonnant qu’elle n’eût pas soif.
Elle, la bouche
presque pâteuse, avec cette désagréable impression d’avoir la langue gonflée,
ne put sortir un seul mot. Elle pensa très fort à Ally Mc Beal à ce moment-là.
Elle se leva sans un mot, croisa la serveuse qui revenait avec l’addition,
sortit rapidement du restaurant pour qu’il ne puisse pas la rattraper, et
s’échappa par quelques petites rues presque en courant, malgré la chaleur.
Non, l’homme avec
qui elle voudrait passer le reste de sa vie ne pouvait pas la laisser mourir de soif. Et elle ne pouvait pas faire avec.
Elle reprit son
rythme de marche assez lent et régulier. Le ciel était sombre. Il se mit à
pleuvoir très doucement. Elle leva les yeux vers le ciel, et sourit. Lorsque la
pluie s’intensifia, elle s’arrêta de marcher, pencha la tête en arrière,
ramenant ses cheveux pour dégager son front et sourit complètement.
Inconsciemment,
elle se mit à entrouvrir la bouche pour avaler l’eau. Elle était belle et
étrangement offerte. Comme si elle faisait l’amour avec la pluie.
Sur le trottoir
d’en face, un homme sans parapluie la regardait. Il la trouva magnifique.