Coutumes
J'ai l'esprit un peu embrouillé, aujourd'hui. J'ai encore cauchemardé cette nuit. Je crains que ce énième décès ne m'atteigne plus que je ne le crois. Non pas que je ressente un amour soudain pour ma grand-mère, loin s'en faut, mais l'on sait bien que toute mort rappelle d'autres événements, renvoie à des angoisses existentielles, personnelles.
Par ailleurs, notre culture étant ce qu'elle est, on ne peut envisager de ne rien ressentir pour des gens de sa famille. Comme si l'amour était génétique ! Je suis donc aussi dans une certaine forme de culpabilité : quand ma mère m'a demandé ce que je voulais choisir comme couronne et comme fleurs, j'ai été prise de court. Je n'y avais pas même songé... Je me demande si demain je parviendrai à "tenir mon rôle".
En plus, il y aura au moins l'une de mes cousines, peut-être l'autre aussi, ainsi que des gens du village, scrutateurs, qui vivent un enterrement comme une fête, un événement qui les sort de leur routine. Avez-vous remarqué comme certaines personnes semblent se réjouir d'être vivantes face un cercueil ? Je ne porte aucun jugement, puisque je réagis aussi d'une façon tristement humaine. J'ai juste besoin d'évacuer ici des pensées qui me traversent, et dont j'essaye de me débarrasser avant demain...
Je me demande aussi bêtement sur ce que je vais porter. Hier soir, pendant le cours du Louvre, je me suis interrogée sur nos codes de couleur, selon les cultures et les pays : en Afrique de l'ouest et centrale, le blanc est la couleur du deuil, tout comme dans certains pays d'Asie. Je me disais qu'un enterrement pour lequel tout le monde porterait des habits clairs sonnerait tout autrement. Il y a des épisodes d'Ally Mc Beal dans lesquels la mort est traitée sous un angle très novateur : les cérémonies funèbres se déroulent sous des gospels joyeux, par exemple.
Je crois que je commence à (vouloir ?) penser comme mon père... Il aimait cette idée d'un enterrement gai, où l'on entendrait des rires, où l'on mangerait un bon repas (ce que l'on faisait dans le village de ma grand-mère, il y a encore peu), où les gens ne seraient pas accablés...
Tout cela n'est que de la théorie, certes, mais j'y songe de plus en plus et j'apprécie au moins cette idée. Surtout quand on sait que nous serons aux antipodes demain.
Départ vers 9h30, donc, pour ma province d'origine. Levée du corps vers 15h maximum, puis enterrement au bout du village, à quelques kilomètres de là. Retour à la maison tard le soir.
