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Prof et plus si affinités
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Prof et plus si affinités
voyages
3 février 2012

Drôles de dames

La semaine s'est enfin achevée, alors que je ne pensais pas y parvenir. Chaque journée étant une victoire. Vous voyez, quoi. Donc ce soir, libération. Et à l'idée de partir demain, l'esprit s'allège quelque peu. Mon joli jean neuf tourne dans le sèche-linge, ma valise couleur Dragibus est prête, je n'ai plus qu'à me détendre.

Dans vingt-quatre heures, nous atterrirons, je pense. En gros. Bagages déposés au ryad, et première sortie dans la ville pour diner. C'est la ville natale d'Asa, alors nous aurons un guide quasi local.

Je n'ai même pas projeté ce voyage dans mes pensées, pas encore imaginé à quoi ressemble Marrakech, mais je souris de ce voyage à quatre lettreuses. C'est une première pour moi, ce type de week-end.

Besoin fou, plus que je crois, sans doute, de ce changement, de ce bol de nouveauté, de découverte, de rires, d'amitié. Le quotidien ressemble trop à un tunnel depuis plusieurs semaines. De temps à autre, une petite lueur jolie, comme un courrier qui surprend dans la boîte aux lettres (fort réussi, Cédric ! mais aussi F. mon ancienne prof de philo devenue amie qui m'imprime les mails qu'elle m'avait écrits pour l'agreg), un commentaire sur le blog de certains lecteurs fidèles, des ragots drôles avec miss R. en salle des profs...

La fatigue est toujours là, mais elle va s'atténuer grâce à tous ces petits soleils. Et au retour, lundi soir, Flûtine m'attendra...

marrakech

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25 décembre 2011

Noyel marin

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Nous avons totalement improvisé, vendredi, un réveillon à la mer : direction Villers-sur-mer, à côté de Deauville. A deux heures de Paris, un dépaysement. Le soleil était là hier, et malgré une certaine fraicheur, nous étions bien. Nous avons marché, marché, marché tout au long de la plage. Et puis déjeuné face à elle, comme si notre pique-nique était un festin.

J'avais du mal prendre conscience que nous étions là, vraiment, car j'ai quelques angoisses en ce moment, qui m'empêchent de vivre parfois dans le présent. Et puis ce lieu est chargé d'un souvenir de vacances avec mes parents, alors que je devais avoir neuf ou dix ans : j'avais attrapé un très méchant virus, et je n'avais rien vu de mon séjour. Crises de délire à presque 41° de fièvre, épuisement total. Mais ce souvenir m'est cher car à la fin du séjour, j'avais regardé mon père nager au loin, avec ses jumelles, alors que j'étais assise dans un fauteuil avec une couverture... Cette image-là reste en mémoire.

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Pour le repas du soir, nous ne voulions pas forcément mettre les petits plats dans les grands, Flûtine et moi. Nous avons fait très fort : direction Karouf market, petits achats pour moins de dix euro, et repas... sur notre lit ! (On n'a même pas bu la bière, qui a été remplacée par du Koka lïte.)

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On a bien fait de ne pas sortir le soir car très vite, après l'ouverture des cadeaux, nous avons sombré dans le sommeil et Flûtine dans... une crise de fièvre. Serait-ce l'air de Villers qui provoque des délires ?

Nuit agitée mais énorme si l'on compte nos heures (couchées à 21h20, levées à 9h15...). Malgré la fatigue de Flûtine, nous avons rejoint Deauville pour marcher le long de la plage, et improviser un léger pique-nique avec nos restes. Et puis retour dans le silence, avec ma jolie passagère endormie, et moi qui conduisais.

Au fait, j'ai eu comme cadeaux de la musique (Alain Leprest, un live de Camille, Muse et... une démo de Flûtine !), de la lecture sur la peinture, et je me suis offert une petite lime à ongles rigolote.

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Cette globale simplicité m'a beaucoup plue.

1 septembre 2011

Comment vous dire ?

A un jour de la pré-rentrée, je suis angoissée comme je ne l'ai pas été depuis longtemps. Il faut dire aussi que la date coincide avec le départ de Flûtine. Et que je m'attends à avoir un emploi du temps complètement pourri (20 heures de cours sur trois jours), qui m'inquiète passablement en prenant en compte tous les paramètres de cette année (deux secondes, une première d'adaptation, agreg et peut-être prof principale en plus).

Alors je suis tendue, et une boule au ventre me rappelle que je le suis bien en permanence.

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Pourtant, Flûtine et moi avons passé deux jours délicieux chez Ed, où nous avons été reçue comme des reines. Cette parenthèse d'avant rentrée/fin de vacances était idéale. Je me suis lâchée niveau photos dans la ville d'Ed, et cela m'a fait plaisir de lui donner toutes ces images avant de partir : un peu comme un cadeau.

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Cet après-midi, quelques menues choses à voir dans Paris, après avoir déposé Flûtine... Je devrais être légère de tant d'amour, de si belles vacances. Mais je suis minée. C'est nul !

7 août 2011

Jour 9 / Espalion / 47.317 pas / 24,5km

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La dernière étape a été le coup de grâce sur le plan de l'effort physique, mais nous n'avons pas eu une goutte de pluie malgré la nuit de déluge. Je m'attendais à une descente très longue mais M. et moi avons été surprise de débuter par de difficiles montées. Elle souffrait autant que moi malgré ses quinze ans de moins et son sac plus léger, ce qui m'a presque rassurée. Nous n'en voyions pas le bout de ces côtes raides.

J'ai pourtant profité du silence, du vent dans les feuilles, des dernières framboises chapardées, de la lumière, des paysages époustouflants depuis ces hauteurs, puisque je savais que c'était mon dernier jour.

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Les villages de St Côme d'Olt et Espalion sont vraiment beaux. Je m'en suis mis plein les yeux (désolée pour cette formule facile et galvaudée). J'ai fini par une série de montées pernicieuses, dont une pour atteindre une statue de la Vierge de Vermus dans les hauteurs d'Espalion. Il était encore grand temps d'arriver mais je ne voulais rien lâcher sur cette dernière étape.

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En bas, sur le village qui longe le Lot, il y avait l'église de Perse, déserte et belle. M., qui est du coin, est un guide personnel et me fait découvrir, malgré notre fatigue, Espalion. Nous nous quittons après le passage du vieux pont, alors en réfection. Je me retrouve seule, et je rejoins mon hôtel. L'accueil a été on ne peut plus froid : c'est un hôtel qui offrait un tarif pélerin, mais qui semblait ne pas assumer cette clientèle. L'hôtesse m'a regardée comme une pestiférée et a fui en m'ouvrant la chambre. Il s'agissait d'anciennes chambres de bonnes bradées, au papier décollé, aux volets rouillés et entièrement fermés. Quand j'ai ouvert, j'ai découvert un magnifique point de vue sur la ville, de l'église paroissiale en briques jusqu'à une colline.

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Ne voulant pas dîner dans cet hôtel, j'ai vite pris ma douche et soigné mes douleurs pour rechercher mon dernier tampon de créanciale. Une fois de plus, ce sont les couples du sud qui m'ont aidée dans le village. J'ai ensuite choisi mon petit restaurant (une pizzeria à l'orthographe variante), repéré l'arrêt du car pour le lendemain 8h et me suis promenée, en claudiquant.

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Devant mon assiette, j'ai eu envie de pleurer. L'heure de la fin sonnait, et l'accepter était difficile. Comme me l'a dit Flûtine au téléphone rapidement ce soir-là, "on pleure et on ne sait pas exactement pourquoi, mais on s'en fiche !".
J'ai sombré dans le sommeil vers 21h30. Je vous épargne la journée du retour, grise, longue, lourde, nauséabonde aussi.

J'ai oublié beaucoup de choses dans mon petit journal de Compostelle. Il reste assez informatif, volontairement : l'expérience vécue m'appartient, et reste difficile à expliquer. Je suis heureuse et fière d'avoir parcouru ce chemin, tant mental que physique.

Alors que vous lirez ces mots que j'ai programmé à l'avance pour vous, je marcherai peut-être déjà dans les montagnes ou m'y préparerai. Comme quoi, le chemin n'est jamais fini, en fait...

6 août 2011

Jour 8 / St Chély d'Aubrac / env. 32000 pas / 17km

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Le trajet du matin était magnifique. Au milieu des champs, des prairies, des vaches; dans le vent froid et vif...

La deuxième partie, après Aubrac, a été plus dure : il y avait environ 10km de pente. J'ai encore pas mal marché avec M., parfois en discontinu pour profiter du silence et des paysages, malgré les bavards impénitents.

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Le soir, dans le gîte, M. m'a fait un cadeau d'adieu tout gentil : elle a cuisiné pour moi des courgettes farcies, puisque nous avions une cuisine à disposition. J'ai été touchée par son geste. La journée s'est donc bien achevée, malgré une petite inquiétude pour l'hébergement. Quand je suis arrivée sur St Chély, il n'y avait plus de place dans les deux gîtes que j'avais repérés (les moins chers). Heureusement, au seul café du village, les deux couples du sud étaient là à finir leur repas, et m'ont sauvée : j'ai migré dans le gîte qu'ils avaient trouvé et qui n'était pas indiqué sur les guides de rando. M. a fait de même. J'ai eu une petite chambre de princesse, dormi dans le lit du grand-père de la propriétaire et me suis reposée sous les toits mansardés, alors qu'il pleuvait des cordes dehors.

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J'y ai aussi rencontré le seul moustique de la création qui a passé sa nuit à dormir, et non à me piquer.

Le lendemain m'attendait la dernière étape de mon périple, alors que j'avais envie de poursuivre : Espalion, à presque 25km.

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5 août 2011

Jour 7 / Nasbinals / 38.200 pas / 21km

Partie assez tôt, arrivée tôt, vers 14h15, sans une goutte de pluie ! Bon rythme encore malgré un tendon périlleux. J'ai pris le temps de visiter le village après m'être installée au gîte communal, qui ressemblait particuièrement à un ancien pensionnat ou une ancienne colonie de vacances industrielle, mais à l'accueil sympa.

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J'ai vite fait le tour de Nasbinals, et donc profité d'un peu de temps pour me reprendre avant l'étape difficile du lendemain pour St Chély.

J'ai pris une limonade à la myrtille et un gâteau fait avec ces fruits, en terrasse, dans un rayon de soleil : c'était trop rare pour ne pas en profiter. J'ai décidé à ce moment-là plusieurs choses : 1) que je mangerais un aligot le soir; 2) que je boirais une bière blanche locale après ce repas, au gîte; 3) que j'allais m'acheter un Astro, le seul scorpion restant, dans ce bar. Voyez comme les ambitions d'une marcheuse sont réduites au soir du septième jour de marche...

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J'ai donc dîné comme prévu. Sauf que j'ai retrouvé dans le restaurant le groupe de quatre, avec qui je n'avais guère envie de manger, mais comment refuser dans si peu d'espace ? J'avais pourtant prévu de la lecture... Le service était extrêmement lent, la serveuse peu futée, l'aligot était bon, et pas assez chaud, hélas. Je suis même partie avant la fin, car la tête me tournait de fatigue dans le bruit de la salle, et que j'en avais assez d'écouter des banalités...

J'ai retrouvé M. au gîte, et nous avons partagé ma bière, en riant beaucoup. Les lits grinçaient à cause de ressorts antiques; pourtant, cela ne nous pas empêchées de dormir une fois de plus comme des loirs, pour nous lever à 6h30 le lendemain.

Malgré mes douleurs aux épaules et aux pieds, j'avais envie de continuer. Pour profiter de la récompense de chaque paysage, chaque nuage, chaque végétal...

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4 août 2011

Jour 6 / Lasbros / 36.307 pas / 21km

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Journée de marche avec M., au même rythme. Nous arrivons sur le plateau de l'Aubrac, très beau et venteux. Sans y être jamais allée, le paysage me fait penser à l'Irlande. La matinée s'écoule sur une bonne foulée : 15km en quatre heures. Nous passons par Aubrac puis Aumont-Aubrac. Pour des raisons de ravitaillement, il faut attendre l'ouverture de l'épicerie de ce dernier village, ce qui nous coupe dans notre élan. En effet, elle ferme de midi à... 15h.

Nous déjeunons sur les marches de l'église, en riant de fatigue. La pluie s'invite. Le groupe de quatre nous rejoint, puis nous décidons de prendre un pot dans le seul café ouvert. Envie de dormir, de s'arrêter vraiment mais il reste environ six kilomètres à faire pour rejoindre le gîte. Beaucoup de pélerins s'arrêtent à Aumont car c'est l'étape classique. Cependant, les prix sont prohibitifs. C'est pourquoi j'ai décidé, avec d'autres, de pousser plus loin jusqu'à Lasbros.

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L'arrivée est difficile car j'ai mal au talon et sur les derniers kilomètres, je me raidis chaque jour. Une petite chapelle très jolie nous accueille juste avant le village.
Le gîte est extra : grande maison avec vrais matelas, une baignoire-douche (avec, luxe extrême, un sèche-cheveux !), et surtout, surtout une machine à laver à disposition, ainsi qu'une... cheminée ! Il fait tellement frais pour la saison que les propriétaires nous lancent un feu, très réconfortant. Cela nous permet aussi de faire sécher nos affaires pour le lendemain.

Le repas est parfait après une journée de marche : soupe de légumes, pâtes, salade, yaourt. Je dîne en compagnie des deux couples sympa de la veille, et avec M..

Ce jour-là, en parlant avec elle, j'ai résumé mon régime, ainsi que mon expérience quotidienne du chemin ainsi : je l'ai fait sans douleur, mais non sans efforts.

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3 août 2011

Jour 5 / St Alban / 35.574 pas / 20km

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Du Villeret à St Alban, le chemin est relativement plat. Relativement. Il a plu pas mal dans la plaine en arrivant sur le Sauvage. Trempée, j'ai pris un thé pour ma réchauffer dans ce refuge. En repartant, il peluvait un peu moins. Nous avons marché à quatre, ce qui était sympathique mais sur la fin de l'étape, j'ai trouvé cela presque pesant : mes compagnons s'arrêtaient sans cesse pour faire des pauses, prendre des photos, manger, boire, papoter... C'est bien dans une certaine limite : le rythme de marche est systématiquement "cassé".

Nous avons déjeuné dans un refuge de l'église St Roch, qui était fort jolie. Une dame semblait nous attendre pour tamponner nos créanciales.

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En arrivant sur St Alban, nous avons été déçus : le village ne se découvre pas peu à peu, comme les autres. Nous tombons dans une zone assez déserte, où les hôpitaux psychiatriques, les services gérontologie se succèdent. Le village est très gris. Heureusement, le gîte était au bout de la pente que nous avons descendue. Il était temps d'arriver. Il s'agissait d'un gîte "solidaire". Je craignais un peu le côté anarchiste, engagé, altermondialiste "à fond" mais le couple qui tenait ce lieu était mesuré et fort sympathique. Le confort était rudimentaire dans les chambres, et le repas très sympa. Nous avons eu quelques instants de silence avant de dîner, pour penser à ceux que nous aimons ou que nous détestons. J'ai aimé cette idée.

J'ai partagé une chambre avec M., étudiante en médecine (qui a crû à son tour que j'avais une vingtaine d'années...). C'est avec elle que je vais marcher les jours suivants, et je recroiserai aussi deux couples du sud, simples et généreux. Je laisserai les autres marcher ensemble : ils ne pouvaient plus se séparer, ce qui me semblait un peu contraire à l'idée que je me faisais du chemin.
Mon tampon de créanciale a été mis par une petite dame sans âge, chez elle. J'avais même le choix entre trois tampons.

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Pendant le petit-déjeuner, le lendemain, j'ai vu que des roses trémières entouraient les fenêtres du gîte.

Lors de cette étape, quelque chose s'est passé : j'ai pris du plaisir à avancer, à marcher, à me dépouiller d'une façon plus immatérielle qu'en m'allégeant le sac. Je pensais que Flûtine aurait aimé me voir avancer d'un bon pas, à une certaine cadence, en oubliant presque la douleur au tendon d'Achille. Je me suis sentie forte, à ce moment-là. Et je n'avais pas envie d'arrêter le chemin.

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30 juillet 2011

Jour 4 / Le Villeret d'Apchier-Chanaleilles / 23.927 pas / 11km

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Un peu inquiète pour mes pieds, et tentée par le fonctionnement d'une pélerine qui faisait de courtes étapes, je décide de ne pas enchainer avec celle de St Alban (30km environ) le lendemain. Je prends donc mon temps, j'ai réservé dans un gîte réputé et à tendance religieuse (je voulais tenter tout l'éventail d'hébergements offert).

Cette petite étape était assez agréable, et surtout nécessaire. J'ai croisé les quatre lourdeaux du premier soir, et marché avec E., qui m'avait donné l'idée d'alléger mon chemin pour une journée.

Arrivée au gîte de peu avant E., je découvre l'accueil, assez déroutant pour moi : on me dit de poser mes affaires, de m'asseoir (jusque-là tout va bien); on m'offre un sirop au choix, et... on me chante une chanson. La guitare, les enfants en choeur, tout y est. C'est "le chant du pélerin", mâtiné de propos religieux auxquels je n'adhère guère.

Et l'on m'explique que ce texte est chanté à chaque pélerin entrant ici, et au début du repas du soir. Je dis bien à chaque pélerin. Ensuite, les paroles avec la partition nous sont données avant de visiter le gîte, qui contient par exemple un oratoire pour prier, des murs emplis de photos du pélerinage des propriétaires et des livres religieux...

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Ceci étant, le gîte a tout le confort pour le pélerin en mal de repos.

Au moment où E. est arrivée, la chanson se terminait et je ne savais trop comment réagir. Le propriétaire nous demande alors comment nous sommes parvenues chez lui et pourquoi nous faisons le chemin. Je trouve cela assez intrusif, car les raisons sont souvent fort personnelles. E. n'a aucun mal à causer de tout cela (elle est un peu moulin à paroles), mais je reste plus évasive. Je parle de besoin de silence, de me retrouver après une année difficile avec les élèves.

Et là, bing : allons-y sur les élèves, etc. Aucune envie de parler de cela à ce moment précis. Je réagis simplement et sans aucune agressivité au moment où il me dit : "Tu pourras parler de ton expérience de St Jacques à tes élèves et leur en faire profiter." Je réponds :"Non. Je ne leur en parlerai pas. Que je fasse le chemin pour une raison religieuse ou pas, dès que j'aurais prononcé le nom de "St Jacques", ils y verront une connotation religieuse. Et je ne cesse de défendre la laïcité à l'école, alors cela serait incohérent." Premier hoquet de mon hôte.

Son deuxième hoquet, ce sera le soir, au moment du repas : 1) je n'ai pas rempli les pages de ma créanciale (j'apprends d'ailleurs que la version plus laïque du document est la crédentiale, que j'aurais voulue); 2) je n'ai pas chanté le chant du pélerin. J'étais la seule. Mais je ne voyais pas pourquoi je me serais forcée. Le repas se passe d'ailleurs fort bien, avec pas mal de légèreté. Un couple de parisiens archi caricaturaux du XVIème arrondissement occupe l'espace, mais d'un coup d'oeil je me rends compte que nous nous en amusons tous : l'homme a tout vu, tout connu, sait tout sur tout. Sauf qu'il fait des erreurs.
B., une femme d'une quarantaine d'années, très sympa et drôle, me proposa même un massage des pieds et des épaules. Elle est réflexologue. Je suis contente de me laisser aller à ce type d'expérience, sans a priori : je n'aurais pas su le faire il y a quelques mois. B. m'a soulagée d'une douleur persistante à l'épaule, due à mon sac à dos. Mon étape suivante a été réalisable grâce à elle.

Sinon, le troisième hoquet, c'est moi qui vais l'avoir le lendemain matin. Le petit-déjeuner, délicieux, dure un peu. Avant de quitter le gîte, il faut régler. E. et D. (rencontré dans ce lieu) sont près de moi. Nous nous acquittons de nos dettes l'un après l'autre, et au moment où l'hôte me donne une facture, il me lance : "Bon, eh bien, Virgibri... Bon chemin quand même."

Interloqués, nous nous regardons. Je reste très souriante en demandant :

_ "Quand même" ? Pourquoi ce terme ?
_ Ben... parce que... tu ne sembles pas être dans l'esprit du chemin.
Je sens mes deux comparses aussi perplexes que moi.
_ Mais il n'y a pas UN chemin : il y a autant de chemins que de pélerins.
_ Euh, oui, oui, bien sûr...

Je redescends à ma chambre pour prendre mes affaires, et je constate que ces propos ont autant choqué mes camarades que moi. En remontant, armée de mon barda, je sens mon hôte empoté et confus. Il me demande s'il peut me faire la bise. "Quand même ?", rétorquai-je en souriant malicieusement.
Il m'embrasse et me confie confusément : "C'est qu'hier soir... pendant la chanson... tu semblais toute..." et il mime une sorte de renfrognement. "J'avais le droit de ne pas chanter. Il n'y a aucune obligation." Et je suis sortie, calme, sûre de l'avoir perturbé en ses fondements, en n'ayant pas fait grand-chose.

Une étape de 20km m'attendait.

28 juillet 2011

Jour 3 / Saugues / 32.363 pas / 20km

La distance était plus courte mais j'ignorais alors qu'une étape difficile m'attendait : d'importants dénivelés... Quasiment pas de pluie mais de grosses montées. Musculairement, j'ai souffert ce jour-là. J'ai donc acheté de l'arnica en homéopathie (et je me suis shootée avec les jours suivants).

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J'ai dormi au gîte communal, où j'ai rencontré une marcheuse qui faisait de petites étapes : j'ai décidé de faire comme elle le lendemain, afin de me reposer quelque peu.

Le soir, j'ai diné avec un randonneur de la veille, et j'ai bu, en guise de récompense, une bière locale (en repensant à une étape de l'été dernier avec Flûtine, où j'avais goûté une cloche rouge).

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La discussion était bien plus intéressante que la veille, et j'ai apprécié la franchise de cet homme : il se trouvait capitaliste, matérialiste depuis toujours, et tentait de trouver un sens à son existence en marchant. C'était la septième année qu'il faisait un bout de Compostelle, seul.

Il m'a dit que j'avais fait le plus dur de ce chemin en deux jours...

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