Jour 9 / Espalion / 47.317 pas / 24,5km
La dernière étape a été le coup de grâce sur le plan de l'effort physique, mais nous n'avons pas eu une goutte de pluie malgré la nuit de déluge. Je m'attendais à une descente très longue mais M. et moi avons été surprise de débuter par de difficiles montées. Elle souffrait autant que moi malgré ses quinze ans de moins et son sac plus léger, ce qui m'a presque rassurée. Nous n'en voyions pas le bout de ces côtes raides.
J'ai pourtant profité du silence, du vent dans les feuilles, des dernières framboises chapardées, de la lumière, des paysages époustouflants depuis ces hauteurs, puisque je savais que c'était mon dernier jour.
Les villages de St Côme d'Olt et Espalion sont vraiment beaux. Je m'en suis mis plein les yeux (désolée pour cette formule facile et galvaudée). J'ai fini par une série de montées pernicieuses, dont une pour atteindre une statue de la Vierge de Vermus dans les hauteurs d'Espalion. Il était encore grand temps d'arriver mais je ne voulais rien lâcher sur cette dernière étape.
En bas, sur le village qui longe le Lot, il y avait l'église de Perse, déserte et belle. M., qui est du coin, est un guide personnel et me fait découvrir, malgré notre fatigue, Espalion. Nous nous quittons après le passage du vieux pont, alors en réfection. Je me retrouve seule, et je rejoins mon hôtel. L'accueil a été on ne peut plus froid : c'est un hôtel qui offrait un tarif pélerin, mais qui semblait ne pas assumer cette clientèle. L'hôtesse m'a regardée comme une pestiférée et a fui en m'ouvrant la chambre. Il s'agissait d'anciennes chambres de bonnes bradées, au papier décollé, aux volets rouillés et entièrement fermés. Quand j'ai ouvert, j'ai découvert un magnifique point de vue sur la ville, de l'église paroissiale en briques jusqu'à une colline.
Ne voulant pas dîner dans cet hôtel, j'ai vite pris ma douche et soigné mes douleurs pour rechercher mon dernier tampon de créanciale. Une fois de plus, ce sont les couples du sud qui m'ont aidée dans le village. J'ai ensuite choisi mon petit restaurant (une pizzeria à l'orthographe variante), repéré l'arrêt du car pour le lendemain 8h et me suis promenée, en claudiquant.
Devant mon assiette, j'ai eu envie de pleurer. L'heure de la fin sonnait, et l'accepter était difficile. Comme me l'a dit Flûtine au téléphone rapidement ce soir-là, "on pleure et on ne sait pas exactement pourquoi, mais on s'en fiche !".
J'ai sombré dans le sommeil vers 21h30. Je vous épargne la journée du retour, grise, longue, lourde, nauséabonde aussi.
J'ai oublié beaucoup de choses dans mon petit journal de Compostelle. Il reste assez informatif, volontairement : l'expérience vécue m'appartient, et reste difficile à expliquer. Je suis heureuse et fière d'avoir parcouru ce chemin, tant mental que physique.
Alors que vous lirez ces mots que j'ai programmé à l'avance pour vous, je marcherai peut-être déjà dans les montagnes ou m'y préparerai. Comme quoi, le chemin n'est jamais fini, en fait...




