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Prof et plus si affinités
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Prof et plus si affinités
eleves
5 juillet 2011

Keep the faith

Cloch copies

Je corrige le bac, je corrige et je corrige.

A part ça, ben, je corrige.

Ah oui : je dors et je mange de temps en temps. Et je me suis accordé une récré avec Caro-Carito, et une autre avec le G4.

Il me reste quinze copies sur cinquante-six. Dès que je sors de mes stylos (verts, pour une fois), je vous fais signe.

Pendant ce temps, les chats ne m'aident pas du tout et font preuve de beaucoup d'enthousiasme...

cachou copies 2

 

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26 juin 2011

Massefeuille : n.f. Charge de travail importante, alors que l'on pense que vous vous tournez les pouces.

Vingt-trois candidats, donc, ont passé avec moi leur oral en deux jours. Ce rythme est épuisant, d'autant plus que je me lève à 5h30 et que je pars à 6h50 pour éviter les bouchons et être à l'heure.

J'ai vu des élèves sans surprise, avec des noms "bien français", très lisses. En même temps, ils sont issus d'un lycée coté de banlieue chic. Pas de relief, donc, sur le plan de l'identité de ceux-ci.

Parfois, même, ils sont bien trop sûrs d'eux, voire pédants. L'un d'eux, de façon très maladroite, s'est mis à me poser des questions rhétoriques pendant sa prestation. Exemple : "Tirso de Molina a écrit Le Barbier de Séville... N'est-ce pas ? " Je voulais lui dire qu'il faisait une grosse bourde, mais je me suis contentée de lui indiquer que c'était moi qui posais les questions. Deux minutes après, il évoque la scène célèbre du pauvre dans Dom Juan, s'arrête soudain, et en me pointant presque du doigt, lance : "Mais vous ne l'avez peut-être pas lue ? Vous la connaissez ?" Là, j'ai suspendu mon stylo, j'ai haussé un sourcil : "Vous me demandez à moi, professeur de lettres, si j'ai lu la pièce ?" On nageait dans l'absurde.

Dans un autre genre, un élève ayant une sorte de bégaiement particulier, portant sur la syllabe finale de chaque mot, m'a beaucoup touchée par ses efforts. Le stress de l'examen n'arrangeait d'ailleurs rien. Il s'en sort avec une très bonne note, donnée non pas par pitié, mais bien parce qu'il était bon.

Après lui, j'ai fait pleurer une élève qui était interrogée sur l'impasse (Baudelaire) qu'elle avait faite. Pas de chance. Le pire, c'est qu'elle n'a même pas essayé de produire quelque chose de modeste, et que sur les questions les plus larges ("quel est votre poème favori dans le corpus ?"), elle ne répondait rien. Je lui ai suggéré d'en tirer certaines leçons, et de ne plus faire d'impasses...

Sinon, j'ai eu un élève excellent sur un texte difficile :"Femme noire" de Senghor. Quant il m'a répondu à propos de la négritude que Sartre la définissait comme "la négation de la négation de l'homme", j'ai bu du petit lait. Comme quoi, c'est possible d'avoir de bons élèves, même s'ils restent très scolaires dans ces établissements.

Au retour, vendredi, j'écoutais la radio, abrutie par ma journée. Je suis tombée sur deux chansons très différentes. J'ai décidé ensuite d'aller dans Paris, pour me changer les idées. J'avais oublié les soldes. Ou plutôt : je ne pensais pas que les gens se précipitaient après le travail dans les boutiques. Le bruit, la cohue m'insupportaient. Je ne me suis pas détendue, mais j'ai trouvé ce que je cherchais : un casque audio soldé pour mon ipod puisque mes écouteurs grésillent. J'avais peur de l'acheter uniquement pour l'esthétique et de ressembler à tous les loulous de banlieue; il a en fait un bon son et me plait beaucoup : avec mon ipod rouge new-yorkais, j'adore.

Wesc-Conga-Medium-Blue

Depuis ce temps de shopping, j'ai rangé et nettoyé l'appartement, j'ai diné avec ma mère, j'ai dormi beaucoup (pas assez, en fait). Là, j'hésite à aller courir : la chaleur grimpe. Cet aprèm, je compte voir Emy.

Je n'ai pas touché à mes 56 copies en attente. Tant pis.

 

20 juin 2011

Run, baby, run

Croyez-le ou non, j'ai  couru hier... trois fois 10mn. Flûtine m'accompagnait. Je n'ai jamais couru autant, je crois, en ayant si peu de difficulté à le faire.

Si vous voyez cette basket quelque part, je suis peut-être dessus :

New balance

Je dors aussi comme une masse depuis trois nuits. Je ne me réveille même pas en pleine nuit.

Je chante, beaucoup.

Là, il fait beau et un peu frais encore. Mes élèves de première passeront l'écrit de français cet après-midi. J'aurais fait ce que j'ai pu pour elles. J'ai encore un peu de temps avant de reprendre le rythme effréné du bac, mercredi...

11 juin 2011

La cerise sur le pompon

Après une nuit de presque dix heures et un jogging, je peux tenter de vous raconter ma fin de semaine de dingue. Je vais en oublier, c'est certain.

pompon

Mercredi, cinq heures de cours de seconde, comme d'habitude. Sauf que j'y vais en reculant. Dans la classe européenne, quatre élèves sur 25 (ils sont normalement 30) ont répondu à deux pauvres questions. Je m'agace et passe à autre chose, sans corriger. Ras-le-bol de travailler pour rien.

Ensuite, direction cantine pour manger avant d'aller récupérer mes descriptifs à Trifouillis : une heure pour y aller, quasi autant pour revenir, en pleine journée. Le Bac risque d'être sympathique, cette année.

Jeudi, journée marathon : deux heures de seconde, un conseil de classe de 2h pour "ma"seconde, deux heures de première pour finir au pas de course nos derniers textes de Bac, puis conseil de cette même classe. Comment vous raconter ces deux conseils, justement ? Celui de seconde a été déprimant, car nous avons dit ce que vous voulions dire côté profs. Le bilan est catastrophique, du jamais vu pour les uns et les autres. Un exemple : ils ont 5 de moyenne avec moi. Au final, onze redoublements proposés, huit passage en première, dont trois seulement en générale. Le reste, réorientation.

C'est la douche froide pour la plupart des élèves, mais je ne le saurais que le lendemain... Hier, donc.

A la récréation, mon collègue de math vient me voir et m'annonce, alors qu'il est plutôt mesuré, que les élèves ont été "infects". Ils ont lancé un oeuf au tableau alors qu'il y écrivait, l'une mangeait, deux criaient "Ben Laden ! Ben Laden !" et ceux qui étaient renvoyés de cours refusaient de sortir et ne se levaient pas. Forte de ces annonces, je me dis que leur redonner leurs fiches d'orientation et tout le toutim va être folklorique. J'étais en-deça de la réalité.

J'arrive devant ma salle de classe : ils avaient cassé un oeuf sur la porte, au niveau de la serrure. La CPE, qui me suivait par précaution, cherche une solution rapide. Nous changeons de salle, et les accueillons froidement, le visage dur. Deux élèves, un garçon et une fille, en descendant, arborent une robe de prière pour la mosquée -chose qu'ils n'ont jamais faite. Le garçon est envoyé au proviseur par la CPE. Nous n'entrons pas dans la discussion.

Les élèves installés doivent sortir ce qu'ils ont dans leur sac. S'ils refusent, direction le bureau du proviseur. Entre temps, la CPE a dû partir en courant. J'entends des cris dans le hall d'entrée. Une bagarre avait débuté. L'un de mes élèves est rattrapé par la CPE : on suppose que c'est lui qui a lancé les oeufs. Il est envoyé chez le proviseur, qu'il va ensuite insulter, d'ailleurs.

Une élève refusant de vider son sac, je m'approche, le ton monte : je me fais traiter fort rapidement de "sale vieille prof, "espèce de p..." et autres noms d'oiseaux en arabe, avec le Coran en guise de branche. Je la renvoie et elle me lance, avec beaucoup de raffinement : "J'm'en bats les c....... !"
Etrangement, je vis les choses avec énormément de recul et je lui rétorque : "Cela va être difficile, Baba, puisque vous n'en avez pas."
Vexée et fort énervée, elle tente de claquer la porte, que je retiens. Sa sortie, qu'elle voulait grandiose, s'avère ratée. D'autres collègues vont la rattraper ensuite, et lui donneront la réplique, comme je l'ai fait (nous en avons bien ri, après). J'avais envoyé la déléguée pour l'accompagner, mais j'apprendrai plus tard que cette dernière n'avait jamais atteint le deuxième étage : elle était partie pleurer aux toilettes, traumatisée par des injures de Baba, lancées au matin contre elle...

Entre temps, Kad, un élève qui s'était présenté toute l'année sous des airs bovins, me jette sa fiche d'orientation par terre en répétant de façon maladive : "Je refuse ! J'en veux pas !" Je lui explique qu'il doit régler ça avec son père (il redouble alors qu'il pensait passer en première S, avec 3 de moyenne partout sauf en math...) et qu'il n'a pas l'âge légal pour gérer les papiers. Il s'entête. Je refuse de mon côté de me baisser pour ramasser sa fiche. Je le renvoie (on en est à quatre élèves dehors). Il lance alors des propos incohérents, que des collègues me rapporteront aussi après : "Le lycée est à l'Etat !", "A quoi ça sert 2 en français ?" ou "Tout se paye !"


Enfin, alors que je retrouvais un semblant de calme (après des cris concernant Ben Laden pendant que j'étais sur le seuil de la porte), la fille qui portait sa robe de prière (rose clinquant) cherche à me provoquer, mais j'avais appris dans la semaine que la classe avait cherché à me faire craquer avec les propos racistes d'il y a quinze jours. J'ai donc pris beaucoup de recul. Elle voulait remettre en cause mes capacités d'enseignante : "On n'a rien appris cette année" / "Comment ça se fait qu'on a (sic) cinq de moyenne en français ?", etc. Je suis restée fort calme, ce qui a dû l'agacer au plus haut point, en lui parlant de donner/recevoir et en précisant que l'élève était responsable de son apprentissage.

Les deux CPE ont fait des aller-retour dans la salle pour m'aider, ainsi que des collègues qui ont halluciné de voir tant de haine et de bêtise concentrées dans quelques élèves. Au total, il aura fallu six adultes pour gérer ces 45mn de "cours".

A part ça, l'Education Nationale se porte bien.

27 mai 2011

Y croire encore

Ce soir, je suis lasse. Pas vraiment désabusée, non. Lasse.
Aujourd'hui, juste avant 11h, j'ai craqué. J'ai tenu bon devant les élèves, et puis j'ai pleuré avant de faire entrer la classe suivante. J'ai pleuré de rage, d'impuissance. Impression de n'avoir rien apporté à ces gamins aux vies lourdes, aux idées étroites.
Nous travaillions sur un texte de Maupassant, "Rose". Et ça a dérapé, sans trop savoir pourquoi : tout est bon pour eux. J'ai supporté vaillamment un concert de propos racistes, antisémites et homophobes de "ma" seconde. Environ une quinzaine d'élèves auxquels je tentais de répondre point par point, que je voulais ramener à un véritable discours cohérent et réfléchi.
En vain.

racisme1

Alors je me suis assise, j'ai pris ma tête entre mes mains, et j'ai attendu quelques instants. Le chaos s'est amoindri. J'ai lancé, d'un ton lugubre et la voix serrée : "Vos propos me donnent envie de vomir. Vomir. Ce n'est pas une métaphore."
J'ai tenté de leur faire comprendre mon sentiment d'échec pédagogique après neuf mois de travail ensemble. De leur montrer que non, on ne peut pas lancer de telles phrases sans penser aux conséquences et sans les assumer. De leur dire que le racisme, tout racisme (même celui que j'ai subi quand j'étais adolescente, le racisme anti-blanc, et auquel ils ne veulent croire) est condamné par la loi et que ce n'est pas qu'une opinion. Que je voudrais les sortir de leur prisme, ou plutôt leur montrer qu'il y a des centaines de prismes possibles pour regarder le monde. J'avais la gorge serrée. Ils l'ont senti : quand la sonnerie a retenti, ils n'ont pas osé bouger.
D'un geste vague de la main, j'ai murmuré "Sortez..." Une petite élève toute gentille a trainé volontairement pour être la dernière : "... ça va aller, madame ?"
C'est à ce moment-là qu'une boule de larmes est remontée. J'ai fait un signe et opiné pour qu'elle s'en aille, mais elle a bien compris. J'ai tourné la tête à l'opposé de la porte, et j'ai pleuré.
Il a bien fallu enchainer avec un cours de première. Une heure plus tard, j'étais à la cantine avec des collègues, pleurant encore. Heureusement, j'ai la chance d'être dans un établissement où je peux me permettre cela sans être jugée, au contraire. Ils me soutenaient tous, et tentaient de me faire prendre du recul. Nous sommes impuissants face aux difficultés que nous rencontrons.

Ce soir, je suis lasse. Mais pas découragée. Je continuerai à me battre contre toutes les formes d'intolérance en cours. Mais diable, quelle énergie cela prend...

patate_prof

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18 mai 2011

Et la choucroute, dans tout ça ?

Comme j'ai la tête occupée par autre chose aujourd'hui, je vous livre juste l'objet de mon inquiétude professionnelle et de mon désespoir, après huit mois de travail en seconde.

choucroute

Hier, je leur parle de la catharsis, de l'inconscient, tout ça. J'évoque juste Freud.

Aujourd'hui, je leur demande le nom de cet homme qui a théorisé l'inconscient, qui y a réfléchi. Néant. je les aide un peu : "Il est connu par tout le monde même si vous en l'avez pas lu. Je vous en ai parlé il y a moins de 24 heures. Il est Autrichien, du début du XXème siècle."

Et là, fuse une première réponse alors que je me tournais vers le tableau : "Mozart !"

Lasse, j'explique à cet élève que non, ça n'a aucun rapport. "Ouais mais des Autrichiens, on en connait pas beaucoup !" Je renchéris en disant que le but n'est pas d'appuyer sur un buzzer et de réagir au moindre mot : il faut cumuler les informations, et faire des croisements. Je réitère donc ma question du "qui est-ce ?".
Et, pour m'achever, un grand niais qui a régressé lance à la cantonnade, fier de lui : "Hitler !"
Je lui demande de me rassurer et de me dire qu'il l'a fait exprès. Mais non, pour lui, c'était une "vraie" réponse. Là, j'ai comme qui dirait "craqué".

"Mais enfin, quel est le rapport avec la choucroute ? Je vous ai parlé du génocide juif ? De celui des homosexuels ? De la seconde guerre mondiale ? On étudie la tragédie au XVIIème siècle ! Réveillez-vous ! A votre place, j'aurais envie de creuser un trou et de m'y cacher, là, au lieu de rire. On en est là au bout de huit mois de travail ? On n'est pas à un jeu télé, bon sang !"

Je le reconnais, je suis peut-être allée un peu loin. Mais nous sommes à bout, en ce moment. A bout de forces, surtout. Et puis à bout de patience. Je ne sais pas si c'est la même chose dans tous les établissements de France et de Navarre, remarquez...

PS : lors d'un voyage en Angleterre récent, Nono, l'un de mes "cas difficiles" comme on dit poliment, a répondu au guide ceci :

"Dans quelle ville les rois de France étaient-ils sacrés ? -> "Roissy !"

"Non, c'est une ville célèbre pour son champagne..." -> "Champigny !"

Et d'accompagner ses réponses d'un geste victorieux et satisfait, car il était convaincu d'être pertinent.

Et devant la statue de Churchill, on leur demande qui est ce personnage anglais célèbre et influent : "Quasimodo ! "

 

 

10 mai 2011

Boulbanguer : être retourné(e) par une rencontre / croire à nouveau en quelque chose

En ce moment, les profs principaux courent après le temps. C'est la première vague des réorientations, et l'académie réduit à une peau de chagrin nos possibilités. De fait, les PP de seconde sont à cran. La semaine dernière, j'ai même cédé à la colère -ce qui n'est pas mon genre- lors d'une réunion d'urgence sur ces nouveaux délais : le proviseur n'a même pas rugi quand j'ai dit, la voix étranglée : "On nous demande d'accomplir en moins d'une semaine des miracles alors que l'on cherche à voir certains parents depuis huit mois ! Je vais bientôt me faire canoniser et je serai une sainte ! C'est aberrant ! On fait quoi, depuis septembre, selon vous ?"

En bref, tout le monde est à fleur de peau, et ça part à vau-l'eau.

Sauf que. Sauf que je viens d'avoir une maman au téléphone, et qu'elle m'a retournée. Je m'en voulais de ne pas l'avoir appelée avant, et je pensais me faire remonter les bretelles. Et elle commence par : "Vous êtes une femme formidable. Mon fils vous aime beaucoup." Je souris à l'autre bout du fil, de ce fils si discret en cours qui voulait absolument que ce soit moi qui aie sa mère au téléphone, et non mon collègue de sport co PP.
Sauf que j'apprends la situation de la mère, rongée par la culpabilité d'avoir vu son fils partir en seconde générale alors qu'il avait un projet professionnel.
Sauf qu'elle ne pouvait rien faire à ce moment-là pour l'aider : elle a enterré son fils ainé et lutte contre un cancer de la tyrrhoïde. Et qu'à l'époque, en fin de troisième, elle "était sur le billard", comme elle dit. Sa fille, doctorante en droit, s'est occupée de tout.
Sauf que le rectorat a pris le troisième voeu du gamin, le plus simple, par sectorisation, et n'a pas choisi son premier voeu professionnel.
Sauf que la mère est partie en clinique pour soins intensifs pendant des mois. Et qu'elle subit encore de la chimio. Et qu'elle pleurait au téléphone de vouloir "sauver" son petit dernier, avant la date "anniversaire" de la mort de l'ainé. Peut-être même avant de mourir.
Je voudrais vraiment l'aider. Je ferai mon possible, en espérant que la machine administrative ne broie pas cet élève. Je vois sa mère mardi prochain. Elle veut me faire une assiette de gâteaux :"C'est tout ce que je peux vous offrir pour vous remercier, laissez-moi faire ça !" Même si je lui dis que je prône la prudence, qu'on pourrait manger les gâteaux après l'affectation de son fils dans l'école qu'il veut. "Non, madame, vous êtes là pour aider mon fils, et c'est tout ce qui compte. Après, ça passe ou ça casse. Mais je veux vous offrir des gâteaux. La cuisine, c'est tout ce que je peux faire..."

 

gateaux4

Ce coup de fil m'a redonné l'envie de me battre, et m'a donné l'illusion d'être un peu utile et reconnue. Si cet élève a son école, mon année aura été sauvée. Cela peut paraitre excessif, mais face au marasme restant, je vous assure que cette femme a illuminé ma journée. Plus encore.

Je vous laisse : j'ai une lettre de recommandation à faire.

 

PS : j'ai aussi pu discuter avec celle qui m'avait "agressée" sur le Coran, fort calmement. Et ça m'a fait du bien. Et je le lui ai dit.

4 mai 2011

United colors

Je n'ai toujours pas pris le temps de récupérer les photos de mon week-end dans la Drôme, mais me revoici quand même.

En ce moment, je ressens une certaine lassitude, ou plutôt un désarroi tant au lycée face à des élèves gravement obscurantistes, que face à ma décision concernant l'agreg 2012. La semaine dernière, et depuis hier aussi, j'ai droit à un festival non plus de perles, mais de remarques inquiétantes. Pour la première fois, me semble-t-il, la majorité de mes élèves régresse en avançant dans l'année scolaire (je compte dedans les questions, les incompréhensions, les erreurs de langue, et tutti quanti).

benetton1

Par exemple, l'un d'eux (vous m'excuserez de ne pas toujours redonner le contexte) croit que dans son sang est inscrite son identité malienne. Il a fallu que je lui précise que non, seul un chromosome indiquait la couleur de sa peau. Et là, il m'assène le coup de grâce : "Mais madame, je ne pourrais pas vous donner mon sang puisque je suis noir !" On lui a précisé que je ne deviendrais pas métisse pour autant, d'ailleurs...

Sinon, j'ai eu droit à la grande théorie du complot à propos de la mort de Ben Laden, alors que je traitais un extrait du Tartuffe de Molière. Ne cherchez pas le rapport, j'ai eu du mal aussi. Tout tient au fanatisme religieux.

A ce sujet, pour la première fois de ma carrière, une élève est venue m'affirmer, de façon agressive, en début de cours, droite devant mon bureau, ceci :"Madame, mardi, vous vous êtes trompée. Vous avez fait une erreur en parlant du Coran."
Très vite, dans ma tête, je me dis : "Ohmondieu -et pour cause- quand ai-je parlé du Coran ?!" Je réfléchis très vite, et je repense à environ vingt secondes de mon cours : je leur disais que le programme du collège, en 6ème-5ème me paraissait difficile car on manie des concepts complexes. Par exemple, les récits fondateurs : la notion de mythe est ardue, ou encore faire la distinction entre texte littéraire/religieux pour la Bible, le Coran, etc alors que l'on n'en connait pas les auteurs.
Bingo, c'était ça. La gamine avait ruminé pendant deux jours cette simple phrase.

_ Mais de quoi parlez-vous, Illa ?
_ Mardi, vous avez dit qu'on ne connaissait pas l'auteur du Coran. Mais on le connait. Vous vous êtes trompée.
_ Ah ? Qui est-ce, alors ? (Je précise que j'ai évité tout ton ironique ou agacé, et que j'ai géré ce "conflit" pendant que mes agités s'installaient, dans le brouhaha.)
_ Les compagnons du Prophète, me répond-elle d'un ton inspiré, grave, cérémonieux.
_ Illa, vous comprenez bien qu'à partir du moment où vous évoquez celui que vous appelez "le Prophète", vous êtes dans le domaine religieux, alors que je vous parle de textes littéraires dans un cadre laïc ?
Elle hoche la tête, toute raide.
_ Ce qui est de l'ordre de la foi, je ne peux y répondre. Mais on ne sait pas qui est ou qui sont exactement le ou les auteur(s) du Coran, tout comme de la Bible.

Elle repart, le nez en l'air, telle Cléopâtre en jogging, au fond de la salle. Je débute mon cours, je présente... Tartuffe, et là, je crois que je l'achève avec le faux dévôt, l'hypocrisie religieuse, la critique de Molière, etc. Sachez qu'elle a pleuré de rage/dépit/impuissance/colère/frustration/vexation/mépris (cochez la bonne case) en début d'heure, mais que je n'ai pas sourcillé : je ne voulais absolument pas amener ce "débat" religieux au milieu de mes trente zozos.
Je me suis demandé si j'avais correctement répondu, dans l'urgence, acculée. Dans mon LycéeDésiré, il y a aussi maintenant des élèves de terminale qui refusent d'aller en cours de philo pour "raisons religieuses". Tout cela m'inquiète.

25 mars 2011

Dibouïr : Glaner des informations un peu partout sans trop savoir qu'en faire.

Comment vous dire ces journées folles, au cours desquelles les élèves partent en vrille, au soir desquelles je tente de réviser, et au coeur desquelles je me perds et me retrouve tout à la fois ?

IMG_0352

Dans le désordre, voici ce qu'il y a eu ces derniers jours à gérer, à vivre :

  • une réunion parents-profs avec seulement neuf parents sur trente. Il faut donc fixer maintenant vingt-et-un rendez-vous avant les vacances... Totale folie en cette période pour moi.
  • un appel ce soir à des parents tombant des nues : leur fils ne vient plus en cours mais fait semblant de partir chaque matin.
  • une classe qui se décompose progressivement : après l'alcool et l'absentéisme, je demande la falsification de documents, le renvoi de cours, les mensonges éhontés aux parents, les contrôles sabordés, et j'en passe...
  • le racket qui devient omniprésent aux abords du lycée, et l'un de mes élèves qui s'est fait tabassé par neuf individus qu'il connait (il ne portera donc pas plainte), parce qu'il avait défendu un copain racketté l'avant-veille. Bilan : une moitié d'oreille perdue, un trauma cranien et la peur au ventre.
  • des leçons sur Charles d'Orléans, assommantes et inquiétantes si je tombais sur lui.
  • ma convocation pour les oraux : je fais partie de la première vague. Libérée au plus tard le 13 au soir, j'aurai ensuite à patienter cinq jours pour savoir si je débouche une bonne bouteille ou si je reste au pied du podium.
  • une crise de migraine méchante de lundi à mercredi. Je suis restée à la maison mardi, en culpabilisant -et en révisant.
  • le retour de Flûtine mercredi matin, avec l'envie de plonger dans ses bras et de la retenir.
  • le concert de Marianne Faithfull mardi, au Châtelet. Il faudrait que je développe mais, en gros, nous avons passé un moment agréable mais pas transcendant : le tout manquait de préparation, de finitions... (Faites-moi penser à en reparler longuement plus tard, siouplè).
  • une envie de glace assez envahissante.

Et le pire, dans tout ça, c'est que je sens que j'en oublie.

17 mars 2011

Je m'ébaudis

Je crois que je dois bien à mes lecteurs fidèles, mais aussi à ceux qui sont cachés derrière le rideau, un petit récit des résultats et un bilan de mon état.

J'ai patienté du mieux que j'ai pu, assez sereine car totalement perdue face aux scenarii possibles. Mardi soir, d'ailleurs, Flûtine m'a emmenée dans un café concert pour me changer les idées et me faire découvrir Francesca Solleville (clin d'oeil à Ed, là). Rentrées tard, levée tôt le mercredi matin, j'étais quand même plus à cran que je ne pense : les secondes atteignant des sommets en ce moment (je vous raconterai plus en détails tout cela mais, en gros, problème d'alcool dans la classe dont je suis PP...), ils ont reçu une volée de bois vert assez rapidement dans la matinée de mercredi. A la pause du matin, j'ai évidemment regardé sur mon iphone si publinet avait fait paraitre les résultats. Rien. Et aucun horaire prévu d'affiché sur le site. Raisonnable, je me suis dit qu'il fallait que je fasse cours jusqu'à 13h sans regarder à nouveau.
Je dois reconnaitre que j'ai écouté parfois d'une oreille distraite les exposés passionnants (hum hum) de mes élèves sur Thérèse Raquin de Zola. NB : sur deux classes, le roman a été choisi... 16 fois par des groupes de deux ou trois élèves : c'était le roman le moins long parmi ma quinzaine de propositions de lecture. Passons.

13h, enfin. Je range mes affaires, je laisse les élèves sortir, et je prends mon téléphone. A ce moment, je vois le doux visage de Flûtine s'afficher sur l'écran :

_ Alors ?
_ Les résultats sont en ligne ?
_ Oui, mais je veux que tu sois la première à les voir...
_ Je te rappelle, à tout de suite.

Fébrile, je me connecte à publinet. Page d'accueil. Résultats et admissibilités. Agrégation interne de lettres modernes. L'académie. Que tout cela me parait long ! Puis l'alphabet. Je clique sur ma lettre. J'agrandis l'écran pour lire les noms. Et là, je me parle à moi-même : "Oh bon sang ! Je suis admissible !"

Je sors de la salle, je cours jusqu'à celle d'Asa, sans savoir pourquoi je commence par ça. Zut, elle est déjà descendue. Je retourne dans la salle, j'appelle Flûtine, puis Tinette, ma super coach, et je rejoins la salle des profs. Dolly, en bas, comprend tout de suite et me fait un immense sourire. Asa est déjà à la cantine, alors elle reçoit mon premier sms. Tout s'enchaine vite : je repasse par la maison pour prendre mes livres avant de filer à la fac. Puis festival de messages jusqu'au soir, et ici sur le blog.

Bilan sur la formation : quinze sont admissibles sur environ 45-50 candidats. Certains ont eu de bonnes notes à la dissertation (10,5 ou 12) mais ont sombré en didactique ( 4 ou 5). Du coup, pas d'admissibilité. La barre était cette année à 9,5. Ce que je trouve élevé.

Au total, sur la France entière, 237 candidats (dont moi, c'est dingue !) sont admissibles sur environ 2000 inscrits. Il y a 106 places cette année. Les oraux ont lieu dans trois semaines environ (durant la première semaine des vacances). D'ici là, tête dans le guidon comme jamais.

jury

Je me suis même inscrite pour une colle en littérature comparée pour samedi matin, sur Neruda (clin d'oeil à Caro). Je viens de la préparer dans les conditions du concours, en deux heures. On verra à quel point c'est la catastrophe samedi.
Je dois lire Césaire, Charles d'Orléans et Hikmet en trois semaines, ainsi que relire tous mes cours, travailler la grammaire et revoir tous les auteurs de l'écrit.

Bagatelle. Hum.

Et puis Flûtine a dû repartir aujourd'hui d'un coup à cause du travail, et cela me plombe un peu. D'ailleurs, je n'ai pas encore fêté cette incroyable nouvelle d'admissibilité, en fait...

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