A terre sans me taire
Puisque je tais ma douleur au lycée, que je tais ma colère sauf auprès des proches, je vais évacuer sur cet espace qui est le mien pour tenter de moins souffrir. La vérité sera évidemment entre ici et ailleurs...
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La femme que j'aime me refuse l'amour. Elle est partie pour une autre que je connais, et dont je rêve de péter les dents -et plus si affinités.
Je déteste la facilité avec laquelle elle a manoeuvré, la facilité que lui a laissé Flûtine à entrer dans nos vies, dans la sienne, et à forcer le destin. Je déteste le fait qu'elle vive dans la même ville que celle que j'aime, alors que je suis à cinq cents kilomètres -des années-lumière.
Je me sens humiliée, bafouée, niée, écrasée.
Le pire s'est passé dans les derniers jours : Flûtine niant notre histoire d'amour, voulant en faire une histoire d'amitié. Prenant un ton quasi neutre, presque de psy, m'expliquant que nous pourrions continuer sur la tendresse, puisque nous vivions sur ce mode depuis deux ans.
J'ai alors compris le travail de sape de l'autre. J'ai compris surtout qu'il y avait une autre, bien plus qu'un trouble qui avait été évoqué il y a deux semaines.
Révulsée à l'idée de l'imaginer avec une autre, sa bouche contre celle d'une autre, son corps offert à une autre, son rire déclenché par une autre.
Et il aurait encore fallu que j'applaudisse et dise amen.
Ma colère est immense. Ma douleur aussi.
Et je dois les amoindrir pour ne pas m'effondrer en cours, pour ne pas éclater en salle des profs, pour ne pas tout envoyer balader, pour ne pas rester prostrée au fond du lit ou de mon canapé, trop grands pour moi seule. J'ai décidé de tout couper : je refuse l'amitié alors que je rêve du corps de Flûtine, de ses yeux amoureux, d'engagement.
La femme que j'aime me refuse l'amour. C'est insupportable.
J'ai si souvent dit en cours ce que la logique m'imposait : aimer à sens unique, c'est ce qu'il y a de pire. Je le vis aujourd'hui. Je ne le dirai plus jamais de la même façon. Et je dois finir ma séquence de première sur les scènes de rencontres amoureuses, avec Flaubert, Madame de Lafayette et Aragon. Parler d'amour quand on veut crier celui-ci pour se faire entendre d'une sourde, quelle ironie du sort ! Parler d'amour sans y mettre une certaine acidité, sans tomber dans l'ironie, sans être écoeurée.
La femme que j'aime me refuse l'amour.
Qui suis-je pour mériter ça ? Etre le dindon de la farce, et depuis quand exactement ?
Envoyez-moi des références de textes, de films, de chansons sur ces amours perdues qui font mal, que je mette des mots, des images sur ma peine au lieu d'en avoir d'autres qui me rendent malade.
En attendant, je dois étouffer mon amour pour celle qui n'en a pas voulu.
