Ecoeurement
Cela faisait quelque temps que les propos d'un de mes anciennes élèves (aujourd'hui à Bac + 3 en psycho) me dérangeaient. En premier lieu, des messages très vindicatifs et violents à l'égard des Juifs concernant l'éternel conflit israëlo-palestinien. Des amalgames établis entre les massacres perpétués et les Juifs en général. Je n'avais fait que lire, en me sentant mal (et un peu coupable de ne pas réagir plus concrètement).
Hier, elle est passée à autre chose, tout en restant dans la même veine : "l'affaire" Cohn-Bendit/Bayrou. En substance, ce qui m'a profondément choquée a été sa façon de nommer le leader des Verts : "le pédophile". Dans sa version, Bayrou est blanc comme neige, et elle porte une accusation très grave sur son adversaire. Par ailleurs, elle parle d'un "complot" entre Sarkozy et Cohn-Bendit pour évincer Bayrou.
Je n'ai pas lu le livre de Cohn-Bendit qui a fait scandale à la fin des années 90. Je ne sais pas ce qui est vrai ou faux. J'ai fait des recherches, écouté les deux parties, et je me dis que je ne suis personne pour juger.
Oui, les propos tenus par Cohn-Bendit sont choquants. Ils ont été écrits en 1975. Ils les a regrettés bon nombre de fois, s'excusant et parlant de provocation stupide et gratuite.
D'un autre côté, je vois qu'il a tenu sa ligne politique et humaine depuis des dizaines d'années et qu'il fait partie des hommes politiques les plus directs et les plus investis. Quant à Bayrou, que j'estimais pas mal jusque-là, j'ai été désagréablement surprise qu'il ressorte un tel épouvantail quatre jours avant les européennes.
Quand nous parlera-t-on de l'Europe, vraiment, et pas des petites destinées des uns et des autres ? Le vote a lieu demain et je suis totalement perplexe.
Quant à mon élève, ses contacts m'ont entre autres balancé : qu'il fallait voter pour la liste anti-sioniste, que j'étais une prof dangereuse qui soutenait les pédophiles, que je "faisais mon Cohn-Bendit", j'en passe et des meilleures...
J'ai bien senti que les mots, mes mots ne pourraient rien contre tout cela. J'ai ressenti comme un échec, une faillite de mon enseignement : moi qui tente de façon utopiste d'apprendre le respect, l'ouverture d'esprit, la tolérance, le civisme... je me retrouve face à des extrêmes. Et sous tout cela, à peine voilé, cette haine contre quelqu'un qui porte un nom qui sonne juif... Si vous saviez comme cela me fait mal, même si je n'y peux rien.
Et, après tout, je fais peut-être preuve moi aussi d'intolérance. J'en arrive à me poser la question, là.
