Miss Bricolage
J'ai toujours été amusée par le regard interloqué de beaucoup d'hommes sur les femmes dans les boutiques de bricolage. Comme si cela n'était pas possible.
Ils ont souvent un petit air moqueur ("Ma pauv' petite, tu t'es perdue ?"), ou surpris ("Mais que fait-elle dans un magasin d'hommes ?") voire lubrique ("Vas-y, mets les mains dans les vis !").
Faut dire qu'à une époque, j'étais la seule femme à m'extasier sur les perceuses sans fil à batterie lithium ou les boîtes à outils flambant neuves... Depuis, j'ai investi, et j'adore ça. J'aime bricoler, peindre, réparer, retaper... Je suis juste nulle en plomberie (Dieu merci, peu de gens connaissent un épisode d'inondation peu glorieux en ma faveur...) mais pour le reste, je n'ai pas à rougir. J'adorerais avoir une maison dans laquelle je reconvertirais le garage en établi, ou bien j'aurais une petite cabane de bricolage dans le jardin. J'achèterai des meubles dans les brocantes, et je leur donnerais une deuxième vie (oui, maintenant je bave devant les ponceuses à meuble...).
Quand vraiment j'ai un souci, je m'adresse aux vendeurs, car on découvre des mondes, des strates épaisses aux noms improbables, des matériaux dont on ignorait l'existence ou l'utilité... Mais quand un homme aux caractéristiques proches du macho me demande si j'ai besoin d'un coup de main (je n'aime pas cette expression, d'ailleurs), ou me regarde avec un air supérieur en disant : "J'peux vous aider ?", j'arbore alors mon air le plus sûr et je souris en répondant que non, merci, tout va bien.
Je ne suis pas mécontente de me débrouiller, d'ailleurs. Et les travaux manuels ont cette vertu extraordinaire d'occuper totalement l'esprit. On oublie tout car on se focalise sur un point précis, sur une ambition très concrète et notre concentration est complète. On ne peut se permettre d'utiliser un marteau, une scie ou une perceuse en pensant à autre chose. Et encore moins quand on travaille sur l'électricité (ou la plomberie, je sais ! Grumf !).
Et puis contrairement à mon métier, on voit les résultats de suite : la lampe s'allume -ou pas-, l'étagère tient et est droite -ou bancale-, la peinture est sèche -ou bien les chats mettent leurs pattes dessus. Quand ça cloche, on s'y recolle immédiatement, on corrige de façon simple et évidente le défaut qui persiste.
Alors qu'avec les élèves, on ne voit pas toujours où ça pêche. On n'est même pas sûr d'avoir bien placé les vis. On n'utilise pas de marteau pour forcer. Et puis il nous manque souvent les outils adéquates...
On a aussi de bonnes surprises : la tuyauterie installée fait parfois ressortir une eau pure et limpide. Elle avait gargouillé, assez boueuse, éclaté par jets improbables. Puis le flot était devenu continu, pour aider la source à se répandre et à s'éclaircir...
Les points d'eau auxquels un professeur s'abreuve sont rares. Et c'est pour cette raison qu'ils sont si précieux, évidemment.
