Leçons de classe
Hier soir, je suis allée voir Master Class Maria Callas, pièce qui avait été jouée initialement par Fanny Ardant, mais dont le rôle a été repris par Marie Laforêt (mise en scène de Didier Long). C'était au théâtre de Paris, un très beau lieu, quoique les sièges fussent parfois vétustes malgré leur confort apparent.
La pièce était plutôt longue : 20h30-23h10, avec 20mn d'entracte. Mais je n'ai pas vu le temps passer. Beaucoup de gens ont été désarçonnés par la mise en scène, car ils semblaient s'attendre à entendre Marie Laforêt chanter des arias... Ce qui est impossible, et qui ne colle pas au dessein de la pièce : il s'agissait de reproduire assez fidèlement les cours que La Callas a donné à la fin de sa vie (après avoir été répudiée et "virée" de la Scala...) à de jeunes chanteurs d'opéra venus des quatre coins du monde.Nous sommes en 1972, et elle a "perdu" sa voix.
Les erreurs de langue de Callas (elle parlait quand même couramment grec, français, anglais et italien...) ont été laissées intactes ("le trape nigauds" par exemple), ses invectives aussi, sa rage, son désespoir, sa volonté, son humour qui taille en pièce; tout était là. Et c'est sans doute ce qui m'a touché : je savais que Callas n'était pas devant moi, mais j'avais l'impression de m'en rapprocher encore un peu plus.
D'autant que lorsqu'elle crie sa douleur face à son physique qui n'était pas celui d'une jeune première ("Quand je chante, quand je suis sur scène, je ne suis plus grosse ni laide !"), je m'y retrouve pas mal ("Quand je fais cours, je ne suis plus grosse !"). Oui, l'analogie pourra paraître pédante et/ou outrancière à certains, mais peu m'importe.
Admiratrice dès mon adolescence, j'ai toujours été fascinée par ce bourreau de travail, par son perfectionnisme et ses failles si terriblement humaines, dérangée par la cruauté de son entourage et par ce destin hors du commun, tant sur le plan du succès que des souffrances subies...
Cette femme a tout donné, et exigeait qu'on le reconnaisse, qu'on sache entendre, c'est-à-dire recevoir. Beaucoup de passages au cours de la pièce sont déchirants de vérité et de sincérité car on y voit la complexité de La Callas, son humanité, ses contradictions, sa soif de vaincre, sa lassitude, aussi...
J'ai toujours pensé -et je pense encore- être née un peu trop tard : j'aurais payé n'importe quel prix pour la voir en concert, juste une fois (et pour voir Brel, ainsi que Barbara à l'apogée de leurs carrières respectives, entre autres).Il me reste les enregistrements, au grain d'imperfection particulièrement touchant, qui me bouleversent autant à chaque écoute, malgré les années qui passent : j'ai l'estomac et la gorge noués d'émotion devant une telle beauté.
Quand j'écoute La Callas, je crois encore en l'humanité, puisqu'elle est capable de produire cela.