Oiseau de mauvais augure

Voilà, j'ai voté. Pour moi et par procuration pour S.. J'ai eu la bonne idée d'aller dans ces bureaux de vote aux tranches horaires sur lesquelles mon ancien voisin, Grokipu, avec son vieux caddie dégueu, allait lui-même voter; puis je suis tombée nez à nez avec mon psy que je n'ai pas rappelé depuis six mois... En galant homme, il m'a laissée passer, et j'ai fui, honteuse.
Dans les corbeilles des isoloirs, certains électeurs n'ayant pas daigné faire une boule informe du bulletin restant, j'ai vu par deux fois qu'il y avait plus de "Royal" que de "Sarkozy". Cela ne veut rien dire, dans l'absolu, je le sais bien. Mais la corbeille serait-elle le marc de café moderne, la boule de cristal du XXIème siècle, l'augure revisité ?

Doit-on accepter l'augure des sondages, aussi ? J'ai beau préférer Racine à Corneille, je ne suis pas janséniste : l'homme peut lutter contre son destin, même si cela est terriblement difficile. Nous ne sommes pas irrémédiablement sauvés ou condamnés.
La politique, finalement, ressemble par certains aspects à la tragédie antique.
La beauté en moins.
