Emportés par la foule...
Je me demande depuis quelques jours ce que c'est que d'appartenir à une nation. Evidemment, cette réflexion me vient de la vague foot. Comment de fait-il que l'on parle de "la France" ou de "tout un peuple" derrière l'équipe de foot nationale (cf. Villepin interviewé hier soir) ?
Cela sert au gouvernement actuel, qui est aux anges de voir cet engouement : on oublie le reste de l'actualité, et le moral des Français remonte. Ah bon ? Il suffirait donc de gagner des matches pour que la crise disparaisse ?
C'est là que ma réflexion bloque. Je conçois tout à fait que le peuple se reconnaisse en cette équipe : elle incarne une France bigarrée et multiple, telle qu'elle existe "réellement". Je me suis surprise moi-même hier soir à dire : "On va en finale". Ce "on" mit pour "nous", qui m'incluait dans cette phrase.
Mais comment se fait-il que seul le sport, et en l'occurrence le football, parvienne à unir une nation ? Pourquoi n'y a-t-il pas le même engouement pour la culture, la politique, les arts, la musique, que sais-je encore ?
Est-ce l'identification aux joueurs (d'origine étrangère mais de nationalité française, souvent issus de milieux sociaux modestes) ?
Est-ce la facilité d'accès à ce spectacle (clic, j'allume la télé et je vis en direct ce moment sportif alors que pour voir une toile il faut aller au musée, payer son ticket d'entrée et faire un effort de compréhension, parfois) ?
Est-ce parce que certains joueurs incarnent, comme dans les tragédies antiques, des valeurs universelles (Zidane la Vertu, Henry la Force, Ribéry la Passion...) et qu'un match (surtout l'après match...) sert de catharsis moderne ?
Est-ce qu'un match remplace une guerre : affrontement de deux nations, sans qu'il y ait de sang versé (malgré la violence notoire des joueurs) ?
Bref, perplexe je suis. Et je cherche à comprendre la foule, somme d'individualités qui s'éteignent dans un groupe, indomptable, effrayante, sur le fil du rasoir entre liesse et terreur...

