Triste constat
PARIS, 17 mai (AFP) - Une homophobie primaire et souvent violente persiste en
France, alimentée, paradoxalement, par l'acceptation croissante de
l'homosexualité dans la société, selon l'association SOS homophobie, qui
présentait mardi son 10ème rapport annuel, alors que la Journée mondiale de la
lutte contre l'homophobie a lieu mercredi.
"Ce rapport, c'est
aujourd'hui le seul outil qui existe en France pour une analyse quantitative et
qualitative de l'homophobie", faute de statistiques policières, a assuré Julien
Lemonnier, l'un des rédacteurs du rapport.
"Depuis 10 ans, on a bien sûr
constaté une visibilité et une acceptation accrues dans la société et dans les
médias", a reconnu M. Lemonnier. Il a évoqué le Pacs, la lutte contre les
discriminations au travail, la pénalisation de certains propos homophobes,
l'aggravation des peines pour agression à motif homophobe et la Haute Autorité
de lutte contre les discriminations (Halde).
"Le débat actuel est un petit peu confisqué par tout ce qui est la thématique du droit au mariage et du droit à la parentalité"
"Le débat actuel est un
petit peu confisqué par tout ce qui est la thématique du droit au mariage et du
droit à la parentalité", a souligné le président de SOS homophobie, Flannan Obé.
"Il ne faut pas oublier qu'une homophobie beaucoup plus primaire existe encore
et continue à faire rage".
Selon le rapport, les "agressions physiques
restent à un niveau élevé". Perpétrées à 49% dans les lieux publics, elles
représentent 11% des 1.212 témoignages recensés par l'association en 2005,
principale source du document.
"C'est une phase de transition", a
affirmé M. Obé. "On est à une période charnière, où les gens se montrent de plus
en plus", a-t-il ajouté, évoquant l'agression en avril de deux jeunes hommes qui
s'embrassaient sous un abribus à Orléans.
"De la base jusqu'aux élites,
les homophobes qui l'étaient de façon un peu latente et qui n'avaient pas besoin
de l'exprimer plus que ça puisque la société l'était suffisamment, se sentent
d'un coup presque menacés", a-t-il poursuivi.
"Des gens se sentent
presque non seulement le droit, mais le devoir, de rétablir cet hétérocentrisme,
c'est-à-dire la prédominance de l'hétérosexualité et que "non, ce n'est pas
normal d'être homosexuel" et qu'on est uniquement tolérés, et qu'à la limite si
on n'existait pas, ce serait mieux", a-t-il estimé.
L'association s'alarme de "la très importante progression des témoignages "mal de vivre", qui représentent "8% du total, le double de l'année dernière"
L'association
s'alarme de "la très importante progression des témoignages +mal de vivre+", qui
représentent "8% du total, le double de l'année dernière", qu'elle attribue à
une "intériorisation de l'homophobie ambiante" ravivée.
"Le travail et
la famille sont les principaux lieux d'expression de l'homophobie", avec
respectivement 21% et 10% des témoignages, a ajouté M. Lemonnier.
"C'est
juste une homophobie qui ne dit pas son nom. On ne va jamais être licencié ni
mis au placard pour cause d'homosexualité, donc elle est toujours déguisée", a
expliqué Marion Le Moine, autre rédactrice, ce qui la rend "extrêmement
difficile à prouver".

