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Prof et plus si affinités
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Prof et plus si affinités
violence
5 octobre 2009

Faut-y que j'sois solide !

violence__cole


Outre le fait que j'ai passé une journée de repos assez nulle en soi (soucis administratifs au pays des shadocks de l'immobilier), je pensais naïvement trouver en rentrant un message au moins du lycée afin de savoir où nous en étions et comment agir demain.
Mais rien. Nada. Queutchi. Niet.
Super facile à gérer, vraiment.

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27 mai 2009

IIIII IIIII IIIII IIIII IIIII...

violence__cole

Ce matin, j'ai fait un essai approximatif  avec la 6ème sport : j'ai mis une barre en face du nom de chaque élève, à chaque fois que je devais intervenir pour le reprendre, le faire taire, lui suggérer de copier la leçon, etc.
En 55mn de cours, j'ai comptabilisé au total 45 interventions environ...
Il a aussi fallu que je fasse venir une CPE en cours pour lui demander si ces chers petits pouvaient nettoyer la salle eux-mêmes : du jet de boulettes de papier, nous sommes passés au lancer de marqueur, stylo, règle... Ils s'agitent dès que j'ai le dos tourné. Donc, sur les 55 mn de cours, j'en retire 5 de visite de la CPE. Ce qui nous ramène à une intervention par minute à peu près...

Sinon, sur le grand débat du moment (à lire avec une voix nasillarde et le petit coup de trompette avant : "La violence à l'école"), aux relents politiques douteux, voici un article fort intéressant à lire. J'apprécie en particulier la réponse à la dernière question.

3 avril 2009

Compact comme un sushi

Sushi_02

Ce matin, pour la première fois vraiment, je crois que j'ai été un peu dépassée. En faisant rentrer la sixième sport en cours, je cause avec un élève d'un détail sur le pas de la porte. Soudain, je vois James par terre, sa chaise tombée. Dans le brouhaha ambiant, il ne m'entend pas. Il se précipite alors vers Bombay, sans doute responsable de sa chute. Et là, je n'ai guère le temps d'agir : James accule Bombay dans un coin, lui donne des coups sourds (genou dans l'estomac, par exemple). Je leur crie d'arrêter; quelques autres se collent à eux; je bouscule ceux qui me gênent, j'attrape James par le sweat, qui décolle presque sous ma force... Il n'a qu'une envie, c'est d'y retourner, mais mon intervention semble l'étonner. "Me touche pas !" commençait-il par dire, mais sa phrase s'efface quand il voit que c'est moi...
Je hurle qu'il va prendre la porte. Je fonce au bureau, avec un bon coup de sang. J'en ai trois ou quatre qui viennent fouiner au-dessus de mon épaule pour voir ce que j'écris. Je les renvoie sèchement, sans grand succès : c'est à qui emmènera le fautif dans les couloirs. Bombay vient aussi, pour me dire que c'est lui qui a cherché James. Grand bien lui fasse, je le renvoie aussi puisqu'il a fait tomber James au début.
Je relève la tête, et, justement, plus de James à l'horizon. "Mais Madame, il est sorti, vous lui avez dit !" Je suis furax. Je comprends avec du recul que je suis partie trop vite vers le bureau... Pas le temps de faire un rapport, le zozo revient dans la classe, je nomme l'un des délégués pour les renvoyer vers la CPE.
Malgré tout cela, le "calme" a été fort relatif ensuite. Les élèves ont vu mon énervement et se sont rassérénés pendant cinq minutes. Ensuite, la classe a repris ses mauvaises habitudes.
Et j'en ai viré un troisième vingt minutes après, car il ne cessait de parler à voix haute de tout ce qui lui passait par la tête.

A part ça, impression d'avoir mal géré l'affaire. J'ai rédigé le rapport après mes cours. Je ne sais à quoi il servira. Le contact physique brutal que j'ai eu avec eux m'a perturbée.

Sinon, un petit scooter de 50cm3 au bruit de moustique géant ne savait pas conduire ce matin : il s'est accroché à mon rétroviseur.

Et là, j'ai très envie d'un japonais. D'une orgie de délices japonaises.

21 mars 2009

La journée de la jupe

ecole_publique

Le souci des miroirs grossissants ou des loupes, c'est qu'ils peuvent déformer. Le film n'y échappait pas hier soir, forcément. Si l'on passe sur les incohérences et les impossibilités notables (les profs et le principal devant les caméras et "se lâchant", le jeune fille qui pianote sur le portable du grand méchant pendant que la prof cause avec son arme à la main, le coup de boule qui laisse Adjani sans une marque ni un nez cassé, les ados qui ont l'âge d'être en seconde ou première, les voir sortir de la salle sans aucun policier autour, etc...), ce film a été un coup de poing pour moi, je crois.
Certes, ma soirée avait été un peu lourde et j'étais légèrement à cran. Mais quand même. Comme le disait Télérama, le film commence sur une critique incisive, et s'achève en tragédie. On le sent. On est au coeur d'une tragédie moderne.

Les mots des collégiens sont ceux que j'entends, leur violence, leur absence de limites, leurs incohérences (que le scénario met bien en valeur : racisme, expressions toutes faites, notion d'honneur variable...) sont celles auxquelles je suis souvent confrontée.

Mettre en avant les origines arabes de la prof (et celles d'Adjani, n'oublions pas qu'elle est métisse) à la fin du film est une idée lumineuse (l'acteur qui joeu son père est très charismatique, d'ailleurs). Et cette réplique admirable après avoir entendu la prof parler arabe :

_ Madame, vous n'aviez pas dit que vous étiez...

_ ... prof de français. Je suis prof de français.

Toute sa foi d'enseignante est là, toute sa foi en l'école laïque, toute cette foi qui ne suffit pas à les sauver, à les amener plus haut qu'eux-mêmes, à transcender les inégalités, les injustices...

Jusqu'au bout, Sonia, cette enseignante abattue par tant d'idéaux déçus, aura voulu protéger ses élèves. Elle aura voulu être une justicière.

La dernière image, celle des filles en jupe devant son cercueil, est une jolie boucle, quoiqu'un peu surfaite. Je me suis dit, en me retenant de pleurer, que cela avait été peut-être sa seule victoire.

Moi, j'ai fait le bilan de mes échecs : échecs de prof, échecs de coeur, échecs de poids.

Et j'ai cessé de me retenir de pleurer.

(Mardi à 11h, Isabelle Adjani est l'invitée de l'émission Le fou de roi sur France Inter). Et n'hésitez pas à réagir, à donner votre avis, tout ça, parce que ce film s'y prête, forcément, et que c'est l'un des enjeux de celui-ci !

19 mars 2009

La journée de révolte citoyenne

Adjani_journ_e_jupe

Demain soir, sur Arte, passe en avant-première La Journée de la jupe, avec Isabelle Adjani. Le film sortira en salle mercredi prochain.
Je n'en ai vu que la bande annonce, et je suis déjà à moitié retournée : c'est l'histoire d'une prof de français dans un établissement difficile, qui découvre une arme à feu dans le sac de l'un de ses élèves. Et là, tout bascule. Le mince fil qui retenait cette prof de sombrer, se coupe.
Je me suis dit, dans l'après-midi, que finalement, c'était un miracle que ce genre d'événement n'arrive pas. Combien d'entre nous sont parfois au bord du précipice ? Qui connaît les tensions que l'on génère, celles que l'on reçoit au quotidien, la violence intrinsèque au métier aujourd'hui ?

Le film sera peut-être excessif, mais dans cette courte bande-annonce, dans la simple phrase d'un élève qui paraît innocente ("C'est bon, on veut étudier, nous..."), j'ai ressenti ce que je ressens parfois et que j'assume pleinement dans mon métier. Pourtant, de l'entendre hors contexte, cette phrase, elle m'a fait mal : le système retors de retournement de la situation (sous-entendu, c'est la prof qui s'énerve, pas moi, et elle m'agresse -cela me fait penser à un certain débat d'entre deux tours...), et la menace sous-jacente que l'on n'entend pas quand on est dans l'action...
J'ai dit à ma mère de regarder ce film sans savoir ce qu'il valait, même si les critiques disent Adjani et ces ados parfaits. Je serai demain devant mon écran. C'est assez rare pour être noté. Et je dirai ce week-end ce que j'en ai pensé.

Sarkozy et ses sbires (Darcos dans le peloton de tête) ne savent rien de nos vies, qu'elles fussent de prof, d'ouvrier, de médecin, de chômeur ou d'artisan. Comme premier pas, je leur suggère d'allumer aussi leur télé demain soir. Ils verront l'école que l'on redoute tous pour nos enfants, je crois, et la souffrance des profs à la loupe.

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10 mars 2009

Adieu, Tchétchènes

Je me réveille en découvrant l'horreur absolue dans cet article. A part les voyages de notre président, les journalistes pourraient se pencher sur de véritables infos. Et la communauté internationale compte faire quoi ?
Comment se fait-il que l'on n'ait rien lu sur ce malade mental le 8 mars, soi disant journée de la femme ?

charia_onu

5 mars 2009

Victimes sociales

Bilan de cinq heures de cours et deux jours de remplacement dans un collège classé difficile :

  • cinq carnets relevés
  • un élève exclu au bout de dix minutes
  • un mal de tympan à l'oreille droite
  • deux vagues migraines
  • un nez en sang dans la cour en allant les chercher
  • une bousculade féroce et effrayante dans le couloir devant ma salle
  • des papiers à la pelle par terre

Qui ose encore dire que le métier de prof est une planque ?


Anne Roumanoff. La classe sensible en ZEP.

 

4 mars 2009

Le poids des photos

A l'image de ma matinée, une photo de la vitre de ma nouvelle salle de classe...

2009_03_04_04032009894

29 novembre 2008

A couteaux tirés

laguiole

Ma journée d'hier fut, comment dire ? haute en couleurs...
Démarrage au matin avec la crainte d'être à nouveau trop juste dans mon timing mais la route se passe assez bien. Je suis chargée comme un bourricot, évidemment. Je fais mes photocopies, je file en cours avec les S pour achever ma séance musicale. Ils sont plus dissipés que d'habitude.
Je leur rends ensuite leur commentaire composé maison. J'explique les points faibles, les points forts, tout ça. A la fin des deux heures, deux élèves fort sérieuses m'attendent pour causer méthodologie et me parler de leurs craintes à cet égard. Nous causons pendant que je ferme la salle, que j'avance, parce que la seconde frappée m'attend et que je n'ai  que peu  de temps entre ces deux cours. La deuxième sonnerie retentit alors que je monte les dernières marches qui mènent au premier étage. J'arrive pile devant ma salle. Et là, je sens que rien ne va.
Les élèves sont d'habitude assez dispersés et agités, mais c'est autre chose qui se joue à ce moment-là. Un collègue est au milieu d'eux. Je devine la bagarre. Je m'engouffre dans la cohue. Plusieurs élèves me parlent; je ne comprends pas tout. Je vois Barracuda retenu par quatre camarades, les veines du cou saillantes, prêt à bondir. Surtout, il a du sang le long du visage.
Je cherche qui est son adversaire. Personne n'est dans un tel état d'exaltation ou d'énervement. Je regarde autour de moi, et je demande finalement ce qui se passe, un peu dans le vide. J'entends "C'est Girouette, madame !". Il était à côté de moi, d'un calme olympien. Je n'aurais jamais misé sur lui. Premier de la classe, compliments lors du conseil, bavard mais assez discret.

Je l'interroge, tout cela au milieu du brouhaha, de l'affolement, de la tension. Mon collègue gère Barracuda et écoute aussi.

_ Girouette, que s'est-il passé ?
_ Il m'a insulté, j'l'ai planté.
_ Quoi ?
_ J'l'ai planté.
_ Il y a une arme ?, en choeur avec mon collègue.
_ J'ai un couteau.

Aucune panique dans sa voix, aucune émotion apparente. A ce moment précis, la prof principale arrive (j'ai appris  plus tard qu'un élève était allé la chercher au moment de la bagarre). Elle embarque Girouette pendant que Barracuda est emmené à l'infirmerie.

Là, il a fallu que je me resaisisse : je devais prendre la classe et faire cours... Ils sont sonnés, trouvent que c'est grave (ouf !), sont relativement calmes. Mon cours est émaillé d'interventions de la PP pour avoir des témoins.

Fin du premier acte.

Après cette heure de cours étrange, j'avais un assez long trou. Je retrouve la PP en salle des profs, et j'en apprends plus... Les témoignages concordent sur plusieurs points. Entre le cours de math et celui de français, il a fallu que la classe traverse la passerelle, difficilement accessible à toute heure. Barracuda gênait Girouette. Ce dernier voulait passer. Barracuda lui sort une politesse du genre "Va te faire foutre" qui équivaut dans cette classe à "Désolé". Girouette rétorque par une tentative de coup de boule. Barracuda veut répliquer et se défendre mais il n'en a guère le temps : un couteau jaillit de nulle part par deux fois. La deuxième fois, Girouette attrape le menton de Barracuda et place le couteau au niveau de la jugulaire... Dans le feu de l'action et sans doute grâce à la force physique de Barracuda, le coup est manqué. La tempe et la nuque sont touchées. A partir de là, les trois profs dont je suis sont arrivés dans l'histoire.

Fin du deuxième acte.

Cet événement a pris environ trois minutes. Trois minutes où tout aurait pu basculer. Trois minutes où tout a basculé. Car finalement, viser la carotide, c'est vouloir tuer.

Mais une partie de l'administration veut étouffer l'affaire. Un tel acte dans un couloir de lycée est aberrant et très choquant. On a entendu "Il ne faut pas dramatiser" ou encore "Barracuda n'a qu'un strap, tout va bien" (il a été emmené par le Samu rapidement).

Pourtant, Girouette, selon son père, a des antécédents. On a su aussi qu'il se vantait auprès de ses camarades d'avoir massacré un homme à coups de marteau (vrai ou pas, on s'en fiche). Et le père de dire cette phrase étrange au téléphone : "Je croyais que c'était réglé..."

Un conseil de discipline est prévu pour savoir si Girouette reste parmi nous. L'exclure ne serait pas une solution, mais le garder non plus : il y aura des représailles, et les élèves de la classe ont peur. Et les profs que nous sommes sont dans la fosse tous les jours à devoir gérer des tensions déjà difficiles. Alors là...

On ne sait pas encore si les parents de Barracuda vont porter plainte. Il va y avoir une table ronde entre les parents et les deux enfants pour trouver une médiation. Sur le fond, c'est bien, mais on sait pertinemment que c'est parce que l'administration ne veut pas faire de vagues et enregistrer cette agression violente dans ses statistiques.
Par mesure de prévention, Girouette restera chez lui jusqu'au conseil de discipline.

Cet événement a provoqué beaucoup de discussions en salle des profs et a fait rejaillir pas mal de questions sans réponses.

L'après-midi, je retrouvais encore cette seconde frappée. Ils n'étaient plus sous le choc, et avaient réenclenché leur "dynamisme" épuisant.

Fin du troisième acte.

Après tout cela, j'ai enchaîné sur un conseil de classe de seconde très agréable : on aurait  dit qu'on parlait des bisounours. En comparaison du reste, c'est sûr...

Pour me détendre et parce que je l'avais prévu, je suis allée à une soirée Fnac adhérents mais je n'ai quasiment rien acheté sauf un coffret de Coldplay pour moi. La fatigue a sans doute joué sur mon entrain.

Allez savoir pourquoi...

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