Simiesque
Les chimpanzés, presque humains et parfois même plus intelligents
LEMONDE.FR | 04.05.07 | 20h21 • Mis à jour le 04.05.07 | 20h52
LEMONDE.FR | 04.05.07 | 20h21 • Mis à jour le 04.05.07 | 20h52

Mes chers petits m'ont fait passer une dure journée, qui s'achève sur une migraine ophtalmique. Avant la dernière heure, ils m'ont vue entrer dans la classe et fermer la porte pour les faire patienter deux minutes. Je voulais avaler mes cachets anti-migraineux seule et tranquille.
Ben non. Ils ont frappé à la porte les uns après les autres, juste pour rire. J'ai ouvert, armée de ma bouteille d'eau et de mes gélules. Peu leur importait que j'aie des cernes et le tournis.
A la fin du cours, je leur indique que je mets à leur disposition trois paquets de polycopiés avec des abréviations pour la prise de notes en seconde. Tout le monde pouvait en avoir un exemplaire; ce n'était pas "premier arrivé, premier servi".
Ben non. Ils se sont rués sur mes feuilles comme la misère sur le monde. Sans vergogne.
Alors, la migraine aidant sans doute, je me suis dit qu'ils étaient de véritables consommateurs. Pas un merci. Il y en a même un qui a râlé dans sa barbe parce que je n'ai pas agrafé les polys...
Tout leur est dû, sans avoir d'effort à fournir ?

"On n'enseigne pas ce que l'on sait ou ce que l'on croit savoir : on n'enseigne et on ne peut enseigner que ce que l'on est." (Jean Jaurès)
Pourquoi ai-je choisi ce métier ? Qu'est-ce qui fait que je continue à enseigner ? Pourquoi éditer les perles de mes élèves ? Voilà les questions sous-tendues par le commentaire de Papistache. Je vais tâcher d'y répondre au mieux...

En
troisième, âgée 13-14 ans, j'ai décidé de devenir prof. Sans doute
parce que j'étais fascinée par certains enseignants, mais aussi parce
que la passion de la littérature me dépassait : je voulais la partager
avec des élèves plus tard. Mes études ont été orientées uniquement vers
ce but. J'ai aussi passé mon BAFA, avec beaucoup de plaisir (et
d'abnégation, il faut le reconnaître).
Arrivée au pied du mur, j'ai
pris peur. Et si je n'étais pas faite pour ça ? Et si j'étais mauvaise
? Et si je m'effondrais ? Et si je ne parvenais pas "à les tenir" ? Et
si, et si, et si...
Donc, après la Maîtrise et avoir passé l'Agreg
(+ le Capes, le tout en dilettante, sans y croire vraiment), j'ai
travaillé pour payer les factures. Lorsque j'en suis parvenue à
répondre au téléphone (au bout de six mois), j'ai démissionné. Je ne me
sentais bien nulle part, et j'avais l'impression d'avoir fui. Un mois
plus tard, je commençai mon premier remplacement dans un lycée pour
handicapés moteur, sans avoir au aucune formation pédagogique réelle.
Les
cinq premières minutes de cours ont été déterminantes. Mais j'ai
compris que je ne pouvais faire un autre métier que ccelui-ci. Je suis
devenue accro. Et quand on dénigre le terme de "vocation", je crois que
c'est un tort : je suis faite pour cela.
Il n'y a que dans une
salle de classe que je me sente à ma place sur le plan professionnel.
J'y ai juste assez d'indépendance, pas mal de liberté et beaucoup
d'autonomie. Chaque jour, chaque cours est différent. Peu de métiers
offrent cela.
Mais j'ai mes périodes de doute; mes jours où je ressors le sourire aux lèvres, et puis ceux où les larmes ont envie d'affluer. De grands moments de découragement. Je me raccroche à ces sombres chiffres qui disent que si l'on parvient à toucher / à faire progresser UN élève par classe, c'est déjà beaucoup et que cela justifie nos souffrances et nos efforts.
Alors, pour faire comprendre ce que nous vivons au quotidien, j'ai décidé un jour d'ouvrir un blog. L'enseignement y a pris de plus en plus de place. Sans doute parce que les conditions dans lesquelles nous exercons notre métier sont de plus en plus difficiles. Ou parce que mon métier a envahi ma vie. J'ai perdu un ami (celui qui m'a "incendiée" dernièrement par mail), entre autres parce que selon lui, il s'adressait toujours à la prof, jamais à l'amie...
Oui, je suis prof, à 100%. J'aime mon métier même et surtout si je le critique beaucoup. Je crois que les enseignants qui passent ici et ceux que je lis via leurs blogs sont des passionnés. Et qui dit passion, dit souffrir, aussi.

Les perles de mes élèves ne sont qu'une façon de :
Quand je note ces perles, je n'y mets jamais le nom des élèves. Je mentionne juste le niveau et le type de devoir. J'oublie très vite qui a écrit quoi. Je n'y vois aucune méchanceté. Pas de rancune ou de vengeance là-dedans. Alors que souvent, les élèves appuient là où ça fait mal...
Voilà l'état des lieux de mes 6 ou 7 ans de carrière. Tant que je garderai une forme quelconque d'enthousiasme, je continuerai à enseigner.


Cela ne m'était jamais arrivé, mais il faut un début à tout : nous avons eu un dégât des eaux cet après-midi, en partie par ma faute. L'appartement a été rempli de 5cm d'eau à peu près partout...
En gros, quand j'ai voulu changer le robinet d'arrivée d'eau, j'ai crû qu'il y avait une fuite. J'ai cherché le compteur d'eau pour suspendre le débit, mais il était impossible à repérer dans l'appartement. Et j'ai continué, bêtement. Une fois le robinet dévissé, l'eau a surgi avec une force incroyable. Je me suis retrouvée totalement impuissante face à un tel flot (8 à 10 bars, quand même...).
S. était là, dieu merci. Elle a coupé l'électricité (je criais tant et plus de le faire) puis passé plusieurs coups de fil (beau-père, pompiers), et a ensuite réquisitionné un voisin.
Le compteur d'eau se trouvait...sur le palier, dans une armoire fermée à clef.
Pendant ce temps (à peine cinq minutes, je pense, mais ça paraissait terriblement long), je luttais contre la pression avec un torchon ridicule, histoire d'affaiblir le débit. Foutaise.
C'est bizarre, dans ma panique, comme j'étais trempée en dix secondes des pieds à la tête, je hurlai et je retirai mon pantalon. On a des réactions étranges, quand même. Si le voisin était allé jusqu'à la cuisine, il m'aurait découverte en culotte et top dentelle, comme si je sortais de la douche...

Heureusement, presque tout est sec (sauf les tapis). Des machines tournent (toutes les serviettes éponge y sont passées), toute l'électronique est saine et sauve (ordinateur, enceintes, frigo, etc).
Mais je n'ai rien fait d'autre de mon après-midi. Enfin bon, maintenant, on a beau robinet tout neuf.

Hum.
Aujourd'hui, je vais jouer à miss Bricolo (j'adore ça) : achat de charnières, mastic, flexible et pommeau de douche. J'en profiterais aussi pour faire un tour au centre commercial du coin, voir si je ne me trouve un nouveau maillot de bain pour cet été.
Il y a du bon dans ces fins d'année scolaire : pour une fois, je ne culpabiliserais pas en faisant autre chose que mes corrections et mes cours le week-end.

Sondage Blog-It Express
|
Sondage réalisé avec Blog-It Express.
Voilà, les deux conseils de classe des 3ème ont eu lieu. Bilan : cinq redoublements et 37 passages en Seconde générale sur 65 élèves. J'en aurais vu 17 en Seconde seulement. Certains sont passés avec une moyenne de 3.5 en français au dernier trimestre. A part ça, le niveau monte, il paraît.
On m'a volé deux marqueurs sur mon bureau cette semaine. je sais qui c'est, mais je n'ai pas de preuve. Seule compensation : cet élève a eu un avertissement de conduite, entre autres "grâce" à moi. Mon commentaire : "On le croyait de cristal, mais il n'est que verroterie".

Ma collègue TZR a terminé aujourd'hui. Ses élèves de 5ème lui ont offert : du champagne et du vin (avec la complicité des surveillants...), un gâteau, et une gourmette en argent sur laquelle ils ont fait graver un truc hallucinant : "Courage". Je vous le prouverai une fois que j'aurais basculé la photo sur l'ordi.

Je pense pour ma part ne rien avoir comme objet de reconnaissance. Juste mes yeux pour pleurer (?).
Alors j'accomplis mon devoir jusqu'au bout : les 3èmes ont droit à des polys de bibliographie, sur la prise de notes, le programme de Seconde... Je leur ai même donné une adresse mail créée pour eux. C'est dire.