09 novembre 2009
Des murs, encore des murs
9 novembre 1989
Le Mur de Berlin tombe. J'ai encore les images en tête, et je sens l'importance de l'événement. J'ai quatorze ans, et je me dis que oui, ça y est, je vis quelque chose de grand sur le plan de l'actualité. Je pourrai dire plus tard : "Je l'ai vu". Mon père ne commente guère. Je crois qu'il relativise beaucoup, en disant : "Qu'est-ce que ça va changer concrètement, dès demain ?" Mais j'invente, sans doute, ce souvenir.
Mon père se moque de ses quarante ans, comme de tous ses anniversaires. Impossible de me souvenir de ses cadeaux. Des livres, sans doute. Ma mère me dit une gourmette en argent, aussi.
9 novembre 1993
Mon père est mort dix jours avant. Les mois d'octobre et de novembre me seront à jamais pénibles.
9 novembre 2009
Les vingt ans de la chute du Mur de Berlin. Commémorations, blabla, analyses.
Mon père aurait eu soixante ans aujourd'hui. On lui aurait offert des livres, c'est sûr : il adorait ça.
Je prends en photo la fameuse plantapapa. Elle résiste aux années. Moi aussi.
31 octobre 2009
Scorpions
Clochette a la tête couchée sur les pattes avant du gentil noiraud. La télé est évidemment éteinte. J'ai mangé des piccolini mini farfalle pour les enfants au roquefort, agrémentés d'un demi verre de vin blanc -reste du repas de samedi dernier. Entre régression et âge adulte, quoi.
Là, je mâchonne des bonbons halloween. La cuisine est en désordre. Un peu comme mon esprit. La nuit dernière a été pénible et douloureuse. Du coup, j'ai été assez molle dans mes démarches shoppinesques avec Micahuète aujourd'hui. La preuve, nous n'avons RIEN acheté du tout, l'une comme l'autre -c'est dire.
Heureusement, nous nous sommes délectées d'un délicieux japonais (l'un de mes deux préférés) le midi.
Au retour, vers 16h, j'étais décidée à faire la sieste puisque j'avais failli m'endormir dans le train. Mais rien à faire.
Demain, je tâcherai de me noyer dans le boulot, au milieu d'une journée morne, grise, froide, triste.
***
Il y a très longtemps, quelques jours après la mort de mon père, je suis tombée sur une cassette audio qu'il utilisait pour enregistrer à la va vite, comme nous pouvions en ce temps-là, des chansons qu'il entendait à la radio. Je m'étais effondrée, en larmes, agenouillée par terre, en tombant sur celle-ci, non seulement parce qu'elle est belle, mais aussi parce que je me suis dit à ce moment-là que j'ignorais beaucoup de lui, et que je ne saurais jamais ce qu'il aimait en cette musique, lui, l'amateur des grandes orgues de Notre-Dame... Il y avait aussi Kim Wilde...
Que de silences à jamais vides...
22 octobre 2009
La lumière du vide
Je crois qu'outre le manque de temps certain, je n'ai pas écrit depuis deux jours ici parce que j'aimais à me voir petite fille, au milieu de ce texte. Encore au centre de la pièce...
Mais il faut bien avancer. Encore et toujours. C'est usant, je trouve. Faire comme si on allait, faire comme si on savait encore le bonheur, la joie, faire comme si la douleur s'estompait...
Je vois S. plongée dans celle-ci, et je retrouve d'une certaine façon ce que j'ai vécu il y a un peu plus de quinze ans. Nos stigmates sont différents, notre deuil aussi -chaque deuil l'est-, mais c'est toujours, pour qui sait voir, la chair qui trinque, le corps qui dit la douleur à l'intérieur. Les yeux, la peau, la maigreur, les rondeurs, peu importe : rien ne ment.
Le vide occupe tout l'espace, alors.
Je ne sais que vous dire d'autre, là, ce matin. Je ne suis pas "que" dans ces angoisses et cette tristesse, même si elles ont la première place. Il y a aussi le vide sentimental subi/choisi, le côté je-suis-débordée-au-lycée et je m'y prends mal pour organiser des sorties (je ne sais ni n'ose faire), et puis le temps qu'il faut pour ranger l'appartement alors que je vis seule, organiser ma soirée de samedi...
Allez, je vais commencer le ménage pour cesser de geindre. Cela me sera toujours plus utile.
21 septembre 2009
Le poids des mots, le choc des photos
C'est bizarre : j'ai des photos que je trouve très intéressantes, mais je ne parviens pas encore à les mettre en ligne ici. Peut-être parce qu'elles me dérangent, à leur façon. Il s'agit d'animaux que je suppose empaillés, bardés d'objets luxueux. Des visages qui semblent souffrir, au milieu de paysages étranges. Les images en soi sont belles. Ce qu'elles dégagent, c'est autre chose.
Je les avais évoquées dans une autre entrée, il y a peu de temps, en disant que les surréalistes les auraient adorées. Je crains sans doute de vous mettre mal à l'aise. Ou alors ces photographies me renvoient à la mort, si je suis honnête avec moi-même... Images sur papier glacé, images glaçantes, taxidermie, luxe ostentatoire, esthétisme à froid, le beau pour le beau...
Dans le lot, j'en sors certaines aux reflets changeants et argentés, un ou deux autoportraits extrêmement subtiles, de la déco aux couleurs tendance -noir, blanc, métal-, un gant qui me fait penser à la Nadja de Breton, encore et toujours (c'est fou comme ce texte m'aura marquée !)...
J'aimerais retourner aux grands magasins, cette fois-ci armée de mon boîtier Nikon, et en faire de véritables images, tellement belles qu'on en oublierait presque leur "obscure clarté"...
Si je n'avais pas été enseignante, j'aurais voulu être photographe.
A vous de voir ce que vous pouvez en déduire... Et moi.
12 septembre 2009
La nuit s'avance
La consigne 72 des défis du samedi portait sur la notion de temps qui passe : l'heure la plus longe, ou la plus courte, c'est selon...
Voici ma participation.
Sous un soleil de plomb Sur les marches glacées Mes pas résonnent Ma bouche est sèche J’ai mis mon habit d’oiseau noir Sans ailes Celui qui me ceint Les larmes se retiennent Et puis tout se restreint Regards portés vers les Autres Que je veux plein d’amour Mais tout est aveugle Tout est assourdi Il n’y a rien sur mes lèvres Juste le silence Parfois l’ébauche d’un sourire Je me retourne Tout le monde est là Les assis Les debout Les vivants Qui voudraient le rejoindre Et le mort Tellement vivant Que l’on entend son rire Taper contre les vitraux Ma voix s’élève Je dis des mots Auxquels je ne crois pas Je ne retiens que l’Amour C’est déjà trop Et pas assez Ma voix s’élève Et se fait plus sûre Ma voix assène Ma voix martèle Il faut aimer Nous devons aimer Face à la bière C’est dérisoire Et puis si vrai Ma voix s’arrête Les larmes coulent La gorge sèche J’enveloppe d’un regard Tous ceux qui l’aiment Tous ceux qu’il aime Le savent déjà trop C’est le manque qui est insupportable C’est l’absence Qui devient présence Et que l’on hait Quelques gouttes bénies Sur son corps meurtri Sur son corps éteint Au-dessus du portrait Au sourire immense Un défilé sans fin Un amour sans fin Une douleur sans fin La fin la fin Je ne veux pas achever Il le faut bien A-t-on le choix
10 septembre 2009
Immortels, nous le sommes peut-être...
Evanescense - My immortal
Ce soir, trente et un mille étoiles brillent dans le ciel. Tu ne les souffleras pas. Elles sont de celles à la flamme éternelle.
"Peu de chose nous console car peu de chose nous afflige." PASCAL
F. aurait eu 31 ans aujourd'hui.
Pas la peine d'expliciter, je crois.
Mon texte pour les défis du samedi aurait bien donné le ton de cette journée, mais il ne paraitra qu'à la date prévue, comme d'habitude. La consigne était de parler de l'heure qui nous parait la plus courte, ou la plus longue, c'est selon...
Alors je corrige, je remplis mon carnet de bord des noms de mes loustics de l'année, je verrai Pumpkin ce soir, j'essaye d'oublier que je ne sers pas à grand-chose, aussi...
Pourtant, ne croyez pas que je vais particulièrement mal. Je suis entre deux eaux et, heureusement, LycéeDésiré me permet d'avoir du positif.
Simplement, le coeur mis à nu, ça fait mal.
09 septembre 2009
Mi figue, mi raisin
Bon, ben voilà. Je fais des efforts pour faire des entrées qui tiennent la route sans trop en sortir, mais il y a des soirs, des jours où ça va moyennement.
Je me sens encore et toujours impuissante face à la mort, dont je parviens à parler en cours de façon presque détachée (merci, Blaise et ses Pensées), mais la réalité revient systématiquement, laide, implacable et inacceptable. Alors je rumine, je me tais, je m'agite, je suis dans le remuement (dixit Blaise, again) pour éviter de sombrer.
Voilà, c'était la minute vérité.
Sinon, les cours n'avancent pas trop mal. Je donne beaucoup de mon énergie dans ces premiers jours pour ne rien laisser passer, pour élever le niveau et mettre le nez dans le guidon. Et puis je maintiendrai au maximum tout cela jusqu'à juin. Je me forge ma réputation, ne l'oublions pas.
A propos de guidon, j'ai eu moult compliments sur ma Harley sans moteur. Tout le monde se demandait à qui était ce petit bijou cyclo sur le parking des profs (oui, placé bien en vue, devant la porte de la salle desdits profs).
Tout à l'heure, une élève de STG m'a fait mal sans le savoir. Je commence une phrase par "Dans notre foyer culturel, européen et judéo-chrétien...", ce qui la fait bondir. Je m'y attendais, certes. Je prends toujours de nombreuses précautions quand je parle de "notre" culture. Elle se braque un peu et me dit : "Ce n'est pas la mienne ! Et je la refuse !"
La prof de l'école publique républicaine que je suis a eu mal d'entendre cela. A la fin de l'heure, je lui en ai touché deux mots. Elle a été étonnée de voir que j'avais été blessée et s'est excusée. Le plus important, c'est qu'elle a entendu ce que je lui disais : au sein de l'école, on lui offre la culture du pays dans lequel elle vit, et, qu'on le veuille ou non, la société dans laquelle nous vivons découle de ce foyer religieux et culturel. L'échange s'est fini sur : "Cela ne peut pas faire de mal de s'ouvrir un peu...", avec un sourire. Qu'elle m'a rendu.
A part ça, je suis déçue parce que mon blog pour les élèves ne tourne pas pour l'instant. Je m'acharne quand même (comment cela, je suis têtue ?) et continue à publier des entrées avec les devoirs à faire, etc.
Et vous, comment ça va ?
27 août 2009
Rétro pédalage
Je me force à reprendre le fil de mes entrées, pour retrouver un semblant de rythme. J'ai du mal à penser "comme avant". Comme si la mort de F. m'avait replongée dans des sensations anciennes, presque occultées. La vase remonte. L'échelle des valeurs se remet d'aplomb aussi.
Mes pensées (oui, le terme est prétentieux : je ne suis ni Pascal ni Cioran, encore moins Baudelaire ou Bobin) tournent autour de la mort en général, de la mienne aussi et évidemment; de la place de la religion; de l'amour, celui qu'on renie souvent, celui qu'on accepte...
Je ne sais comment les présenter encore. Tout est mélangé.
Je dors mal, par blocs de quelques heures. Pas endormie avant une heure du matin, réveillée au moins quatre fois en sursaut, le lit étant le témoin et la preuve de mon agitation nocturne.
Et puis ce matin, j'ai reçu le courrier de rentrée du lycée. Le programme annoncé pour deux jours. Ambitieux mais salvateur : je me dois de replonger dans le quotidien.
Un beau vélo m'attend, même s'il ne tolère pas de porte-bagage, apparemment. Je ferai l'essai d'aller au lycée en me chronométrant et en constatant si, oui ou non, ce trajet est fatal à ma fraîcheur.
Le mien est noir, aux écritures orangées, avec la selle blanche.
En attendant, je vais déjeuner puis je ferai une sieste : arriver à la rentrée avec des cernes sous les yeux, ça ne fait guère crédible ni sérieux.
Non ?
26 août 2009
Et ça continue, encore et encore...
Je suis là.
Je vous lis.
Je vous guette.
J'ai la gueule de bois.
Impression que j'ai mal dormi et que tout va reprendre, comme avant.
Images fugaces du passé qui resurgissent.
Noeuds à la gorge, identiques à ceux que j'ai sentis il y a longtemps.
Mauvais sommeil.
Envie de câlins, d'en faire, d 'en donner, d'en recevoir.
Et pourtant la vie continue, avec ou sans lui, avec ou sans moi.
Envie d'aider S. et sa famille, plus encore que possible.
Pour reprendre mes droits sur la vie, je pars chercher un vélo d'occasion, là. Vous voyez, tout reprendra son cours : je suis à nouveau futile...
N'est-ce pas ?






















