15 avril 2014

Transition

Ces vacances ont un premier goût un peu particulier : je pense à ceux qui passent l'oral, au lycée Saint-Louis, en ce moment. Je lâche les vannes de la fatigue, aussi : hier après-midi, j'ai sombré deux heures dans le canapé, en ayant beaucoup de mal à émerger. Je reprends mes marques, cest-à-dire que je retrouve un peu le temps de vivre. Du moins, de faire autre chose que de culpabiliser ou travailler intellectuellement sans cesse.

Alors j'oscille entre soulagement et dépit.

Je repense à prendre soin de moi. Je cuisine à nouveau : hier soir, capellini au gorgonzola et à la pancetta. J'envisage de préparer un cheescake.
Petit tour de shopping samedi, même si j'ai une image de moi quelque peu négative en ce moment... J'ai acheté un joli chino bleu très clair chez Gap, et un pull chiné dans les mêmes tons.

Pas encore eu l'occasion de m'installer devant un film à la maison, mais nous avons vu ce week-end un film parfait pour débuter les vacances : 47 ronin avec Keanu Reeves. L'intrigue est téléphonée, mais j'adore ces ambiances japonaises. J'ai aussitôt pensé à la trilogie de Hearn, sur un Japon féodal et magique. On y retrouve la question de l'honneur -centrale-, l'amour impossible, les combats de samouraïs, les quêtes qui semblent perdues d'avance... Ce n'est pas une histoire à vous retourner la tête, c'est certain, mais il y a de quoi passer un agréable moment (malgré une araignée au rôle déterminant, la garce).

47 ronins

Sinon, côté lecture en liberté, j'ai choisi un roman aux antipodes de l'agreg : Matheson, Le jeune homme, la mort et le temps. De la science-fiction, quoi de mieux pour éloigner le spectre du concours ?

Matheson


Et puis le programme de terminale L est tombé pour l'an prochain : Eluard reste, comme prévu, et c'est... Flaubert qui débarque avec Madame Bovary. Cela m'enchante : je pense depuis plusieurs mois à relire ce roman, qui me fascine de plus en plus. Je vais donc demander à garder ce niveau et cette section l'an prochain. C'est un joli (et peu ambitieux) projet auquel je peux me tenir.


17 juin 2013

La dernière séance

Cally adore le cinéma. Pour ma part, j'y vais (allais ?) fort peu. Je suis difficile à convaincre et souvent peu motivée. Pourtant, je ne voulais pas léser Cally et la freiner dans ses envies cinéphiles. Donc, nous sommes allées voir quelques films ces dernières semaines. Il est grand temps de les évoquer ici.

MUD

mud

La bande-annonce semblait assez alléchante, et présentait un film sur la manipulation, dans la lourdeur de l'ambiance propre aux états américains du sud.
J'ai eu une petite déception : finalement, il n'y a guère de plan machiavélique, et l'histoire qui se voulait pesante est relativement banale (un amour passionnel toujours décevant). Pourtant, les enfants qui jouent sont impressionnants de naturel, et Matthew Mc Conaughey est très convaincant dans un rôle plutôt sérieux. Quant à Sam Shepard, il est totalement crédible. Ils participent à la création de ce tableau du Mississipi à la fois beau, pauvre et injuste.
Nous avons donc passé un bon moment, mais ce film ne laissera pas un souvenir impérissable.

 

SONG FOR MARION

song for marion

Pour faire plaisir à ma mère, après un excellent restaurant japonais, nous avons vu ce film avec Terence Tramp (excellent) et Vanessa Redgrave (lumineuse). On ne peut pas dire que la mise en scène soit époustouflante, mais cette histoire très humaine est fort touchante, quoique simpliste (la femme a un cancer, elle veut chanter, son mari est un ours et se révèle progressivement). J'ai à la fois ri et pleuré, certainement grâce au talent des acteurs principaux, sortes de monuments du cinéma qui pourraient transcender n'importe quel film kleenex. Evidemment, ma mère a adoré.

 

GATSBY LE MAGNIFIQUE

gatsby_le_magnifique

Je connaissais l'histoire, sans avoir lu le livre (comme cela arrive pour de nombreuses oeuvres). J'avais beaucoup aimé l'adaptation de Shakespeare par Luhrmann (à tel point qu'il est même sur la liste de bac de mes élèves). Là, je dois reconnaître que la patte du réalisateur est reconnaissable, avec une maîtrise technique en plus. Malheureusement, on devine les images trafiquées pour la 3D, même dans la version standard.
La blonde -dont je ne retiens jamais le nom- qui joue Daisy est passablement insipide, alors que Di Caprio est véritablement excellent. Je trouve qu'il a un relief incroyable, son jeu "actor studio" étant totalement maîtrisé. A cet égard, la scène au cours de laquelle il sombre dans la rage et la violence contre son rival est d'une grande justesse. Quant au narrateur-personnage, interprété par l'acteur de Spiderman (Tobey Mc Guire), il reste dans une gamme plutôt monocorde, avec le même air de ravi de la crèche que dans d'autres films. Sinon, le côté mélo de l'histoire ressort parfois trop (le coup de la lumière verte au bout de la jetée). J'ai quand même passé un bon moment, admirant les scènes de fête et le jeu de Di Caprio.

SHOKUZAI 1 & 2

Shokuzai

SHOKUZAI+CELLES+QUI+VOULAIENT+OUBLIER

SHOKUZAI+CELLES+QUI+VOULAIENT+SE+SOUVENIR

Dans un tout autre genre, nous avons vu les deux volets de la série japonaise de Kurosawa sous forme de films, deux samedis d'affilée. Le principe de l'histoire semble simple : une petite fille joue avec quatre de ses camarades dans la cour désertée de l'école. Un homme parvient, sous un prétexte fallacieux, à faire venir cette enfant dans le gymnase, devant le regard de ses amies. Il la viole et la tue. La mère de l'enfant cherche à savoir pourquoi les autres enfants ne se souviennent de rien. Elle exige un tribu d'elles, en échange de la mort de sa fille, car elle les estime responsables.
On retrouve ses fillettes quinze ans plus tard, sous forme de quatre épisodes. Elles ont effectivement oublié le visage de l'agresseur, mais elles sont toutes profondément marquées par cet événement : l'une vit dans la peur des agressions, une autre n'a jamais eu ses règles et refuse d'être femme, certaines vivent recluses, etc...
L'ambiance de ces deux films est étonnante : avec rien ou quasiment, le malaise est créé. La peur, aussi. On assiste à la déconfiture de ses vies, au massacre de ces existences dans un Japon aux codes exigeants, et pourtant moderne. L'esthétique est très épurée, tant sur le plan des décors que de la mise en scène, ce qui rend certains passages extrêmement efficaces.
L'actrice (Kyôko Koizumi) qui joue le rôle de la mère est inquiétante et très belle, je trouve, même si certains plans ne la flattent pas toujours.

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19 mai 2012

Par temps de pluie

Après avoir travaillé plus de deux heures pour peaufiner mon descriptif de bac, je crois pouvoir dire que celui-ci est fini. Je suis plutôt contente de moi, car il est assez classe, clair, classique et original à la fois. Par ailleurs, mes élèves ont enfin une réaction à l'approche du bac, et sont ravis que nous révisions. Comme quoi, mon coup de blues d'il y a quinze jours à leur sujet peut s'effacer quelque peu... Et mes secondes ont écrit des poèmes à ma demande, ce qui semblait relever du projet kamikaze. J'ai d'ailleurs décidé de leur offrir à chacun une sorte de cahier imprimé avec des extraits de leurs textes. Ce sera leur cadeau de fin d'année : ils n'ont même pas eu de photo de classe...

shadok04

Sinon, côté profs, je constate que mon réseau se réduit à une peau de chagrin, ce qui me chagrine, justement. J'observe les mesquineries, les hypocrisies des uns et des autres avec affliction. Il est temps que je réinvestisse dans ma vie sociale car je constate aussi que l'agreg m'a nui sur ce plan depuis deux ans.

A part ça, nous avons regardé hier soir le dvd du "Discours d'un roi" avec Flûtine. Colin Firth est vraiment excellent et le film de bonne facture, mais je trouve honteux le sous-titrage : il en manquait plus de la moitié. En plus, comme on ne peut pas voir le film avec le texte anglais, c'est frustrant, parfois.

J'ai eu de très bons échos du film avec Marion Cotillard (que je n'apprécie pas), "De rouille et d'os" (quelle idée de titre phonétiquement discutable !). Pour ma collègue d'HG hyper hype et gay, et surtout fort cinéphile, c'est l'un des films les plus beaux qu'elle ait jamais vus, alors qu'elle n'apprécie pas non plus Cotillard habituellement. Y a-t-il des lecteurs dans la salle qui l'ont vu ?

 

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03 mars 2012

Détachement et implication

Comme j'ai rempli mon quota filmique annuel en deux semaines, je peux aussi vous parler un peu de mes impressions sur Detachment, le film avec Adrian Brody. Même si certains traits peuvent paraitre excessifs ou caricaturaux pour des spectateurs loin de toute fonction éducative, j'ai retrouvé, de façon condensée, les pires moments d'une vie de prof, la violence de certaines paroles, certains gestes, certaines attitudes. Quand le doute nous assaille et que nous pensons être vide... Quand il faut être détaché pour survivre...

detachment-adrien-brody

J'ai juste regretté la fin qui enchainait trop d'événements tragiques, mais le jeu d'Adrian Brody sauve de tout. Si le film passe par chez vous ou si vous l'avez vu, je vous le recommande et j'aimerais avoir votre avis.

Sinon, la rentrée approchant à grands pas, je me suis remise au travail : un paquet de copies a succombé hier. Je dois aussi préparer les oraux du bac blanc. Pas envie, évidemment.

Je poursuis autant que faire se peut les révisions pour l'agreg, mais le moral était en berne hier : crise de confiance (oui, encore). Je me bats pour ne pas sombrer, comme je suis capable de le faire parfois.

Alors, je me secoue pour remuer la pulpe. Hier soir, j'ai fait des exercices de fitness/musculation. J'ai réutilisé la wii fit, qui m'annonce que j'ai perdu plus de 7kg depuis la dernière pesée (qui datait de Mathusalem, certes). Je vais tenter d'aller faire du vélo aujourd'hui, malgré le temps maussade qui écrase Paris depuis quelques jours.

Et ma playlist me fait du bien : L. (que j'irai voir en concert, yeah !), Mellismell, Carmen Maria Vega, Saez, Nina Simone et... Michael Jackson.

Allez, les copies m'appellent encore et encore, c'est que le début d'accord d'accord...

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22 février 2012

Dans mon post, des algues et un poireau

J'ai décidé de prendre soin de moi et de me sentir belle. Enfin, le plus possible. Je vais reprendre tranquillement le régime, me maquiller un peu plus, me mettre des crèmes, des onguents (j'adore ce mot), redessiner mes sourcils, m'habiller plus féminine, me faire enlever un petit "poireau" disgrâcieux sur le nez (dès que j'en aurai le courage). Parce que j'ai rendez-vous chez le coiffeur vendredi. Si vraiment ça ne va pas, je laisserai repousser ma tignasse de lion.

Aujourd'hui, j'avais cours à la Fac sur Sarah Kane. Cet auteur est plus intéressant qu'il n'y parait au premier abord. Mais la prof de la formation blablate beaucoup pour pas grand-chose et parle trop souvent de ses petits bobos (mon rhume, ma sciatique, ma laryngite, ma fatigue...) au lieu d'attaquer le sujet dans le vif.
J'ai fini Botho Strauss et vais relire Corneille. Mais je bloque sur la grammaire, qui m'endort systématiquement, hélas. Tiens, dans un mois tout pile, je saurai si je suis admissible ou pas.

Demain, je vais à une expo le matin, puis à une projection de film en soirée. Chut, je ne dis pas où : ça fera l'objet d'une entrée plus tard.

Vendredi, soirée couscous chez Asa, avec projection des photos de Marrakech. Je ferai mon petit effet avec les cheveux courts, je pense... Samedi, cinéma avec Tinette : j'ai très envie d'aller voir "Albert Nobbs" avec Glenn Close (très très à mon goût, cette dame, je le reconnais).

 J'ai acheté des DVD en promo à la Keufna hier :

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Et j'ai reçu aujourd'hui un film "de filles" : I can't think straight.

Il manque juste Flûtine pour être vraiment comblée par ces vacances en mode ralenti et remise à neuf.

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09 juin 2010

Au Bac etc

Hier soir avait lieu le conseil de classe de mes secondes. Au programme, donc, après celui des STG (catastrophique), je devais attendre deux heures : le conseil était prévu à 18h. Sauf que...
Sauf que les professeurs et moi-même ignorions qu'il avait été avancé à 16h. Je l'ai appris à 15h55. Du coup, pas mal de mes collègues sont arrivés alors que nous avions fini; j'ai dû prendre des décisions avec les rares qui avaient pu être là, et je me suis sentie mal à la place de l'administration. Par exemple, ma collègue de physique m'avait fait un mail pour me dire qu'elle tâcherait d'être là alors que sa mère est mourante... Et elle est venue pour rien.
Aujourd'hui, Kracoukass m'a déjà fait deux mails pour avoir un rapport détaillé LE concernant : l'avenir des élèves semble annexe pour lui, là. Je lui ai pourtant évoqué des cas difficiles d'élèves dans des impasses, mais il veut savoir qui a dit quoi sur lui ! Je songe à noyer le poisson, évidemment, et à ne pas lui répondre sur ce point.
Sinon, je peux dire que j'ai fini tous mes programmes, tant en seconde qu'en première. Les ES sont tentés par des oraux d'entraînement la semaine prochaine. Pas tous, hein, ne rêvons pas, mais je trouve cela positif.

Bac_pour_nuls

Et puis lundi, j'ai assisté à ma première réunion en tant qu'examinatrice du Bac. Je suis dans un lycée huppé, dans une ville sarkozyste connue... Nous étions dix-huit professeurs à être convoqués. Et c'était une véritable galerie de portraits : le seul mâle de l'équipe est un sosie d'Orlando (sans les lunettes, mais bien décoloré en blond-roux), une autre est le portrait craché de Muriel Robin.

J'ai aussi une caricature de profs de lettres, intello de gauche, habillée en copin-copine, les cheveux à la Brigitte Fontaine, petites lunettes rondes, avec de graaaannnnndes convictions et beaucouuuuuup d'expérience.Elle est la seule à vouloir se réserver le droit d'interroger les candidats sur des textes hors liste de Bac...

Ou encore cette prof qui m'a côtoyée pendant un an lorsque j'étais stagiaire à plein temps, et qui ne sait pas même qui je suis : normal, étant agrégée, elle me considérait transparente, moi, la pauvre certifiée. (Il doit y avoir dans mes archives une note concernant une anecdote savoureuse à cet égard.)

Et pour finir, la prof qui arrive sans un stylo, me prenant le mien, posant des questions pleines de lapalissades et qui, constatant que nous sommes dans le même jury, me demande mon numéro de téléphone. Je n'aurais rien contre, si ce n'est que j'imagine bien pourquoi : ayant les mêmes descriptifs, elle pense sans doute que nous allons partager le fruit de notre travail pour préparer les questions d'oraux. Quand elle a eu fini de noter mon numéro, je l'ai laissée en plan : "Euh, je te donne le mien ?" Je n'en voulais pas, mais j'ai été polie.

Il faut dire que j'avais un air rock, au milieu de cette basse-cour : blouson en cuir bordeaux, lunettes de soleil, Converse noires, scooter... Je dois aussi rentrer dans un stéréotype, j'en ai conscience, mais je sens qu'observer tous ces gens va encore beaucoup m'apprendre.

Ah et puis mes élèves de seconde ont fini de voir le film "Molière" avec Romain Duris, et je crois qu'ils ont aimé. J'ai dû le voir quatre fois mais je ne m'en lasse pas : Luchini est génialissime, et Laura Morante pleine de charme...

Moli_re_film

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17 février 2010

Dead fish

Voilà cinq jours que j'ai laissé mon blog tout seul... Il est un peu déserté, je crois, tant par moi que par mes commentateurs favoris. Tout laisse à croire que nous sommes submergés, et c'est le cas.

Tout d'abord, mes journées avec Flûtine lui sont consacrées, et je laisse alors l'ordinateur, le portable, le travail de côté. Ensuite, mes semaines sont assez dingues, dernièrement. Un exemple depuis lundi, tenez.

Le lundi, je suis repos, normalement. Mais j'avais le conseil de mes secondes à 14h. Souci au début de celui-ci : Krakoukass "pète un câble" et l'ambiance devient très pesante. Je reprends les rênes du conseil aussi légèrement que possible, mais l'impression de départ restera. Au bout de deux bonnes heures, je m'enfuis, évitant de refaire le conseil encore une fois, avec Krak qui serait encore monté au créneau.

Je retrouve Flûtine, dans la grâce mais aussi dans la douleur : elle repart peu après, et la séparation est de plus en plus difficile...


Arizona dream death

Mardi,  journée bien lourde. Cours du matin, pendant lesquels je dois clôturer le groupement sur le théâtre avec les premières. Altercation avec un élève de STG. Rapport à faire dans la journée. Argumentation avec les secondes. Durant ma pause de mi journée, préparation des fiches de TPE avec mon collègue Hugh (commentaires, notation, organisation des dernières séances). Pendant ce travail-là, dans ma salle, on entend de l'agitation dans les couloirs, des cris, etc. Hugh sort. On apprend que deux extincteurs ont été balancés du 3ème étage dans les couloirs du rez-de-chaussée. Pas de blessés mais bon...

De fait, l'équipe pédagogique débraye une heure pour montrer sa désapprobation. Nous reprenons les classes, cahin-caha. Un élève de ES, Punch, écrit un sms durant mon cours. Cela m'agace de plus en plus. Je lui confisque son téléphone et il me dit :  "ça va vibrer, vous allez recevoir des textos". Royale et un brin méprisante, je lui réponds que ses sms me désintéressent au plus haut point. Je poursuis mon cours, face à Punch totalement fermé, qui s'écrase le visage avec force...
La sonnerie de fin de cours retentit. Je voulais parler à Punch, mais celui-ci sort comme une furie de la salle. Agitation dans les couloirs. Je jongle entre ceux-ci et ma salle pour comprendre : Punch pleure de rage, et je sens bien que cela n'a pas grand-chose à voir avec une histoire de téléphone. J'apprends qu'il a reçu un sms lui annonçant que son oncle est dans le coma, suite à un accident de moto. Ben oui, il fallait que ça arrive le jour des six mois pour F., forcément. Je poursuis Punch, qui tape contre les murs comme un forcené, et ne veut rien écouter. Je lui propose de le libérer pour le reste de l'après-midi. Inatteignable. Il est inatteignable. Je descends, abattue par un semblant d'échec. Je me pose mille questions sur mon attitude, ma réaction, etc.
Mes collègues me rassurent en me disant que j'ai fait ce qu'il fallait, que je ne pouvais pas savoir, et qu'en cas de souci grave, une mère ne fait pas un sms à son fils pendant les cours : elle aurait dû appeler le lycée, par exemple. Je me reprends donc un peu, mais je reste tendue.

Ensuite deux heures de TPE (avec cette même classe), au cours desquelles j'ai rongé mon frein avec certains groupes et j'ai réprimé des envies de meurtre avec quelques pestes notoires, mais aussi bien bossé avec d'autres.
Vient une heure de "trou", au cours de laquelle j'écris mon rapport sur l'élève de STG, juste avant le conseil de cette classe-là.
Conseil effroyable s'il en est, puisque nous avons presque battu des records de sanctions, plus symboliques qu'autre chose. Peu de moyens nous sont offerts pour lutter contre l'absentéisme, l'effronterie, les lacunes énormes, l'insolence...
Retour à la maison pour 20h. Je dîne en mode zombie, je fais ce que j'ai à faire, et me couche comme une masse vers 22h.
Ce matin, le réveil sonne, j'émerge difficilement. Et là, illumination en voyant le 7h24 au réveil : je commence à 8h... En moins de 15mn je me prépare, si "préparer" est le mot, je ne prends pas de petit-déjeuner (rien de tel pour me casser la journée, personnellement), et je pars, sans maquillage, les yeux gonflés, pour le lycée...

La matinée a été horriblement longue, d'autant que les élèves, allez savoir pourquoi, avaient décidé de jouer à "poisson mort" en cours. Tous.

poisson_mort

Alors là, voyez-vous, je vais me reposer un peu, surtout que ce soir, j'emmène mes secondes au théâtre...

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21 mars 2009

La journée de la jupe

ecole_publique

Le souci des miroirs grossissants ou des loupes, c'est qu'ils peuvent déformer. Le film n'y échappait pas hier soir, forcément. Si l'on passe sur les incohérences et les impossibilités notables (les profs et le principal devant les caméras et "se lâchant", le jeune fille qui pianote sur le portable du grand méchant pendant que la prof cause avec son arme à la main, le coup de boule qui laisse Adjani sans une marque ni un nez cassé, les ados qui ont l'âge d'être en seconde ou première, les voir sortir de la salle sans aucun policier autour, etc...), ce film a été un coup de poing pour moi, je crois.
Certes, ma soirée avait été un peu lourde et j'étais légèrement à cran. Mais quand même. Comme le disait Télérama, le film commence sur une critique incisive, et s'achève en tragédie. On le sent. On est au coeur d'une tragédie moderne.

Les mots des collégiens sont ceux que j'entends, leur violence, leur absence de limites, leurs incohérences (que le scénario met bien en valeur : racisme, expressions toutes faites, notion d'honneur variable...) sont celles auxquelles je suis souvent confrontée.

Mettre en avant les origines arabes de la prof (et celles d'Adjani, n'oublions pas qu'elle est métisse) à la fin du film est une idée lumineuse (l'acteur qui joeu son père est très charismatique, d'ailleurs). Et cette réplique admirable après avoir entendu la prof parler arabe :

_ Madame, vous n'aviez pas dit que vous étiez...

_ ... prof de français. Je suis prof de français.

Toute sa foi d'enseignante est là, toute sa foi en l'école laïque, toute cette foi qui ne suffit pas à les sauver, à les amener plus haut qu'eux-mêmes, à transcender les inégalités, les injustices...

Jusqu'au bout, Sonia, cette enseignante abattue par tant d'idéaux déçus, aura voulu protéger ses élèves. Elle aura voulu être une justicière.

La dernière image, celle des filles en jupe devant son cercueil, est une jolie boucle, quoiqu'un peu surfaite. Je me suis dit, en me retenant de pleurer, que cela avait été peut-être sa seule victoire.

Moi, j'ai fait le bilan de mes échecs : échecs de prof, échecs de coeur, échecs de poids.

Et j'ai cessé de me retenir de pleurer.

(Mardi à 11h, Isabelle Adjani est l'invitée de l'émission Le fou de roi sur France Inter). Et n'hésitez pas à réagir, à donner votre avis, tout ça, parce que ce film s'y prête, forcément, et que c'est l'un des enjeux de celui-ci !

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19 mars 2009

La journée de révolte citoyenne

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Demain soir, sur Arte, passe en avant-première La Journée de la jupe, avec Isabelle Adjani. Le film sortira en salle mercredi prochain.
Je n'en ai vu que la bande annonce, et je suis déjà à moitié retournée : c'est l'histoire d'une prof de français dans un établissement difficile, qui découvre une arme à feu dans le sac de l'un de ses élèves. Et là, tout bascule. Le mince fil qui retenait cette prof de sombrer, se coupe.
Je me suis dit, dans l'après-midi, que finalement, c'était un miracle que ce genre d'événement n'arrive pas. Combien d'entre nous sont parfois au bord du précipice ? Qui connaît les tensions que l'on génère, celles que l'on reçoit au quotidien, la violence intrinsèque au métier aujourd'hui ?

Le film sera peut-être excessif, mais dans cette courte bande-annonce, dans la simple phrase d'un élève qui paraît innocente ("C'est bon, on veut étudier, nous..."), j'ai ressenti ce que je ressens parfois et que j'assume pleinement dans mon métier. Pourtant, de l'entendre hors contexte, cette phrase, elle m'a fait mal : le système retors de retournement de la situation (sous-entendu, c'est la prof qui s'énerve, pas moi, et elle m'agresse -cela me fait penser à un certain débat d'entre deux tours...), et la menace sous-jacente que l'on n'entend pas quand on est dans l'action...
J'ai dit à ma mère de regarder ce film sans savoir ce qu'il valait, même si les critiques disent Adjani et ces ados parfaits. Je serai demain devant mon écran. C'est assez rare pour être noté. Et je dirai ce week-end ce que j'en ai pensé.

Sarkozy et ses sbires (Darcos dans le peloton de tête) ne savent rien de nos vies, qu'elles fussent de prof, d'ouvrier, de médecin, de chômeur ou d'artisan. Comme premier pas, je leur suggère d'allumer aussi leur télé demain soir. Ils verront l'école que l'on redoute tous pour nos enfants, je crois, et la souffrance des profs à la loupe.

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