Prof et plus si affinités

Je ne revendique rien de ce que je suis, mais j'assume tout ce que je fais.

06 décembre 2009

Gomme arabique

Pour la consigne 83 des défis du samedi, il fallait faire deviner un nouveau métier totalement inventé au travers d'une lettre de motivation...
Voici la mienne, intitulée "Erase".



Madame, Monsieur,

Je me permets de vous contacter suite à votre annonce. Je pense avoir toutes les qualités requises pour cet emploi. En effet, mes capacités gommantes ne sont plus à prouver : j’ai travaillé avec les plus grands hommes politiques de France, mais aussi européens.

J’ai effectué un stage de formation auprès des présidents de multinationales dans un premier temps, essentiellement ceux des industries pétrolières, après quelques amas de mazout sur les côtes. Les habitants, ainsi que les animaux, ont eu un gommage personnalisé effectué par mes soins.

Par ailleurs, j’ai des entrées dans le milieu de la justice : certains coupables ont bénéficié de mon talent dans des affaires embarrassantes, ou lorsque leur violence avait été telle, j’ai facilité les choses pour les victimes et leurs familles tourmentées.

En conséquence, je pense pouvoir vous être grandement utile au sein de votre centre d’aide psychologique. Je veux maintenant aider les particuliers, ceux qui souffrent, ceux qui sont tourmentés pas leur passé, leurs ruptures, leurs deuils…

Je suis apte à remettre leurs compteurs à zéro, afin qu’ils puissent revivre dignement, sans douleur. Je suis parvenu à une technicité quasi parfaite, j’ose le dire. Je l’ai nommée la « technique soma ». Je souhaiterais que votre centre puisse en profiter au plus vite.

Je souhaite simplement ne pas être oublié, et laisser mon nom à la science moderne, tout en aidant les personnes en souffrance.

Dans l’attente de votre réponse, je reste à votre disposition pour tout entretien ou pour une démonstration de gommage éventuelle.

E. Rase

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21 novembre 2009

MIROIR

La consigne du défi 81 était simple et belle : MIROIR. Voici ma participation aux défis du samedi. Son titre : "L'Autre reflet de moi-même".

d_fi_81_miroir_image

(Cliquez pour agrandir)

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31 octobre 2009

Consigne 79

La consigne 79 était assez longue, mais en voici l'essentiel : il fallait écrire un texte relativement sérieux (discours, manifeste, sermon, mode d'emploi, etc) débutant de façon sensée, puis de lentement le faire basculer vers le grand n'importe quoi. De plus, cinq notes de longueur croissante devaient être présentes dans le dit texte. Enfin, l'une de nos mensurations (peu importait laquelle) se trouverait quelque part...
Pleine d'inspiration, j'ai écrit deux défis. J'ai envoyé seulement le sermon intitulé "Marx attacks" aux défis du samedi. Je vous offre le second en "cadeau" ici...

Folie_des_Grandeurs_Magritte

Premier texte : "Marx attacks".

Mes biens chers frères, mes biens chères sœurs,

Nous sommes réunis en ce jour pour célébrer Dieu et tous les siens. Merci à vous tous d’être venus assister à cet office, placé sous le signe de la crise, tant économique que morale. Oui, nous découvrons ébahis une société qui se perd dans des plaisirs futiles, qui pense que ne pouvoir acheter ce qui lui plait est un réel souci*.

Non, mes frères ! Le bonheur n’est pas dans le périssable, dans le superflu, dans ce qui a un prix** ! Le bonheur, Dieu nous le donne, Dieu nous l’offre chaque jour : dans le sourire de nos enfants, dans l’amour de l’épouse, dans la bienveillance de l’époux, dans un travail gratifiant et honorable, dans un bon repas…

Mais c’est surtout l’épouse, celle qui s’occupe du foyer et de nos plaisirs quotidiens, qui est à récompenser. Je vois au premier rang de mes ouailles une délicieuse famille et de jeunes couples. Les femmes sont délicieuses, avec leurs jolies robes d’été colorées, leurs décolletés plongeants (au moins du 95C pour celle à ma droite), leurs mains fines…

Oui, mes frères, le bonheur est là ! Dans les décolletés offerts gracieusement par Dieu, dans la bouche pulpeuse de cette tentatrice (pour l’éliminer, tapez 2 sur votre clavier !***), dans ces doigts caressants…

Oui, mes sœurs ! Vous êtes Satan réincarné dans des plaisirs charnels, et je m’y vois bien, en Enfer : les flammes me chatouillent les mollets et plus encore… J’ai dû manger trop de chili con carne ce midi.

Mes frères, plongez dans vos lits et retirez vos chaussettes en fil de soie ! Honorez vos épouses des bienfaits qu’elles vous offrent ! Luttez contre le fléau du capitalisme outrancier ! Marx nous attaque ! Mars attacks too !

Satan est parmi nous, mais le pire est à venir : les merguez vont disparaître ! Luttons ensemble et veillons à ce que le pouvoir de la merguez perdure. Pour preuve de ma dévotion à la Sainte Saucisse**** Diaboliquement Piquante, j’ôte ma robe et me flagelle à coups de côtelettes d’agneau !

Le saint Agneau***** me sauvera, oui. Oh oui, la douceur des côtelettes sur ma chair piquante ! Je suis une merguez dont on doit retirer le piment ! Oh, que de saucisses érigées partout ! Je ne les avais jamais vues, sauf dans les plis de mon lit…

Ah, Marx, délivre-moi du mal !

 

*La notion philosophique du désir reprend bien cette question : on désire quelque chose ardemment, et une fois qu’on la possède, on n’en tire aucun plaisir car on désire alors autre chose encore.*

** Même à prix coûtant, évidemment, sinon à quoi servent donc les promotions à part nous attirer dans leurs filets ?**

*** 5€ la première minute, puis 3€ les suivantes, prix d’ami***

**** chipolatas et de Strasbourg ****

*****AOC*****


Deuxième texte : « Jeszcze Polska nie zginela, kiedy my zyjemi » *

La Pologne peut sembler aujourd’hui trop lointaine pour croire qu’au XIXème siècle un lien particulier unissait ce pays au nôtre. Pourtant, étudier l’influence des auteurs polonais exilés en France est totalement justifié.

Des ouvrages portant sur ce thème ont déjà été faits, mais pour la plupart en polonais, ou d’accès difficile. Les noms de Mickiewicz, Slowacki** et Norwid sont aujourd’hui quasiment méconnus des lecteurs français. Cependant, comme Mickiewicz la fait dire à l’un de ses personnages dans Les Confédérés de Bar, la Pologne était appelée « la sœur de la France » au XVIIIème siècle. On trouve même parfois le nom de « France du nord » pour cet Etat qui semble, de nos jours, si éloigné de nous.

Ces deux pays étaient cependant fortement liés au XIXème siècle sur un plan politique : quand Napoléon arriva sur les terres de la Sainte-Alliance et créa le duché de Varsovie (en 1806), les Polonais crurent pouvoir retrouver leur indépendance. Nombreux furent ceux qui s’engagèrent à ses côtés. Son impact sur le peuple polonais fut surprenant. On pensa même, plus tard, mettre le fils de Napoléon Ier sur le trône en plastique de Pologne.

Lors des périodes de crises de démence, les Polonais attendaient de la part de Louis-Phiphi et de ses ministres un soutien. En 1830, l’opinion publique française fut véritablement du côté de la « cause polonaise ». La plupart des milieux et des centres ainsi que le carré de l’hypoténuse, s’investirent dans cette lutte gréco-romaine et firent tout pour aider les quelques cinq mille réfugiés qui se trouvaient sur la clef de sol française.

On créa des pièces de théâtre, des collectes furent effectuées en faveur des émigrés, on déclamait des poèmes et on chantait « La Varsovienne », chant populaire qui a inspiré Marie-Paule Belle*** bien plus tard. La France était polonaise. On trouve des preuves de cet engouement dans la correspondance de grands auteurs français (Marc Lévy, Georges Cend, Bernard Musso, Sainte-Beuverie, Michelin), dans des œuvres poétiques majeures (Les Feuilles mortes et Le Chant de l’aurore de Viktor Hugo, ou encore dans l’œuvre complet de Van Damme), mais aussi dans le milieu musical grâce à Chopine et ses amis (Grégoire, Hallyday et Barbelivien****).

La barrière des moutons a été la principale difficulté de ce mémoire, d’autant qu’il a été écrit sous l’effet de la célèbre vodka Zubrowka. Alors toutes ces lettres bizarres de l’alphabet polonais sont passées à la trappe, parce que faut pas exagérer non plus, les bourreaux de travail et les autres, ils nous fatiguent.

Sinon, le plombier polonais n’est pas passé et ce n’est pas grave. En revanche, nie rozumiem. Il faudrait quand même apprendre le krakowiak en mangeant de la soupe aux choux. Le bortsch nous ferait le plus grand bien pour digérer ce travail universitaire aux qualités gustatives réduites. Filons voir un Kieslowski d’urgence, avant que le plombier***** ne frappe vraiment à la porte pour réparer mon siphon bouché (référence 95C chez Le Roi Merlin) !

 

* Traduction : « La Pologne n’est pas morte tant que nous vivons », extrait de l’hymne national polonais.*

** Prononciations approximatives retranscrites ponétiquement : [Mitskiévitch], [Souyouvatski].**
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**** http://www.deezer.com/listen-4219944  ****
***** Un homme, hélas !*****

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26 octobre 2009

Consigne 78

Dans le feu de l'action ce we, j'en ai oublié de publier mon défi du samedi... La consigne partait d'une image "fabriquée".  Il s'agissait d'une sorte de bateau bleu sur l'eau... Voici mon texte. Il s'intitule  "Et vogue la galère".

Si nos larmes rentraient dans toutes les bouteilles vides du monde

Le niveau de l’eau ne serait plus un problème

On les viderait progressivement

Dans l’eau salée

Si tous nos chagrins pouvaient voguer au gré des flots

On aurait de jolis petits bateaux

A la dérive

Dont personne ne voudrait

Ou alors

On se noierait

Ou alors

On embarquerait

Et puis c’est tout

Et puis c’est tout

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26 septembre 2009

Déclics

Je programme ce post pour être synchrone avec les défis du samedi... pendant que je ferai cours. La consigne 74 portait sur une citation de Lamartine : "objets inanimés, avez-vous donc une âme ?"

Voici mon texte, qui s'intitule : "Déclics".



Elle n’en a jamais rien su. Des nuits à l’attendre dans le noir, de la poussière qui s’entassait sur mon corps, de la sueur qui coulait le long de mes hanches lorsqu’elle me tenait. Rien non plus sur la jouissance qu’elle me donnait du bout des doigts, des fenêtres qu’elle ouvrait sur ma vie, des pupilles qui se dilataient, encore moins de ma solitude dans le coffre de métal qui devait me protéger.

Elle sait pourtant le bonheur du soleil d’hiver sur mes joues, et mes paupières délicates. Les ombres ne m’ont jamais fait peur. Je ne pouvais pas avoir peur : elle était là.

Jamais elle n’a tremblé.

Ah, si, une fois. Enfin, elle a eu peur de trembler. Elle a craint de rater l’image parfaite, de ne pouvoir la saisir. Je sais qu’elle aime les portraits. Elle dit qu’elle rend les gens beaux. Qu’elle ressort d’eux cette beauté, parfois insaisissable.

C. était là, dans la lumière déclinante du début de soirée, après une promenade dans les monts auvergnats. Les pantalons et les pulls avaient souffert, mais nous étions arrivés jusqu’à Saint-Nectaire. Nous étions passés par les champs interdits. Les chemins de traverse. Le moment était parfait.

C., assise sur un banc de fortune, perdue dans le fil de ses pensées, vraisemblablement heureuse à ce moment-là, précis et infime. Prête à se lever, seule sa main se mouvait, comme un signe de départ.

Elle m’a pris entre ses mains légèrement tremblantes, à la fois empressées et savourant l’instant parfait. La lumière. L’arbre noueux en arrière-fond. Ne pas manquer le tronc ancien, qui entourait le visage de C.. Les yeux de cette dernière ont braqué notre regard, et ont ébauché un sourire. C’était le signal.

Elle n’a pas tremblé. Le portrait serait parfait, forcément. En noir et blanc, forcément.

Plus tard, quand C. sortirait violemment de sa vie, elle me rangerait dans une valise rembourrée. Je l’ai attendue des mois, des années peut-être. Ma meilleure amie. Ma plus belle amante. Celle qui se cache derrière moi pour mieux se voir au travers des autres. Inconnus ou personnes aimées.

Il y a maintenant des milliers de cadeaux que nous avons faits ensemble. De l’infiniment petit. Des nus. Du très proche. Des œuvres d’art. Paris. Beaucoup de portraits.

Elle n’a jamais tremblé. Juste failli une fois. C’était il y a longtemps. Des mois, des années, c’est sûr.

Elle n’en saura jamais rien. Des nuits à l’attendre dans le noir, de la poussière qui s’entasse parfois sur mon corps, de la sueur qui coule le long de mes hanches lorsqu’elle me tient. Rien non plus sur la jouissance qu’elle me donne du bout des doigts, des fenêtres qu’elle ouvre sur ma vie, des pupilles qui se dilatent, et encore moins de tout l’amour que l’on s’échange, entre deux miroirs…

 

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06 septembre 2009

Avant la sonnerie

Les défis du samedi ont repris. La consigne 71 était la suivante : il fallait raconter un événement, une chose, vus de différentes façons, sous plusieurs angles, en gros... Ce que l'on voit et ce que l'autre voit...

Voici ma production, faite un peu vite pour cause de rentrée...




Ohlalala, j’espère que j’vais être dans la classe à Chloé ! Kevin est là. Il est trop beau ! En plus il a bronzé. J’adoooore son t-shirt !

Bon, voyons un peu les gagnants de cette année. Pourvu que je n’aie pas encore Kevin en cours. Il a l’air toujours aussi… kévinesque. Les minettes sont drôles avec leur sac au creux du bras. Tiens, lui, il va arrêter de faire l’amour à son chewing-gum dès que nous serons en classe.

Vas-y, c’est quoi ces profs ? I’ sortent d’où ? Non, mais t’as vu sa tronche à c’ui-là ? Pourquoi elle m’regarde comme ça, la prof ? P’tain, j’la sens mal, c’te année ! Qu’est-ce que j’fous là ?

Je vais faire avec eux l’argumentation, d’abord. En lecture intégrale, Candide. Ou bien Orwell. Cela dépendra de leur  niveau. En même temps, la méthode du commentaire composé pour leur faire faire l’Eldorado en lecture analytique personnelle. Plusieurs apologues pour varier les plaisirs, et j’en mettrai quatre sur leur liste de Bac. Après, en lecture complémentaire…

Wouah, l’beau gosse ! Tes darons t’ont acheté les nouvelles Nike ? Trop cool.

Il ne faut pas qu’ils devinent que je suis néo-tit. Ne pas sourire. Oui, c’est ça, je ne vais pas sourire. Et puis faire de la discipline de suite. A l’IUFM, ils ne savent pas ce que c’est, eux, d’être en ZEP. Je crois n’avoir rien oublié ce matin. Je vais vérifier encore mon cartable. Ne pas sourire.

Pffff, ce qu’ils sont nuls ! Ils se la pètent mais c’est tout ce qu’ils savent faire. Moi je veux mon Bac. Mes parents ont raison.

Non seulement je dois gérer la rentrée, mais aussi les profs. Je sens bien qu’ils ne m’ont pas trop écouté hier, à la réunion. Pourtant, je trouvais mes efforts payants. Il y en a déjà trop qui viennent se plaindre. J’en ai pour des heures de boulot à tout refaire…

Si je garde ces heures de cours du vendredi matin, je ne vais pas pouvoir tenir. C’est effroyable. Je n’ai qu’un tiers-temps et ils me mettent tout le matin. Oh, que je suis mal ! Je sens les angoisses revenir. Il faut absolument que j’en reparle au proviseur.

Elle a l’air jeune la prof d’espagnol ! T’as vu ? Tu crois que c’est sa première année ? A ton avis, notre prof principal, il enseigne quelle matière ? Il est trop mignon !

Allez, c’est ma classe maintenant. On va pouvoir monter après l’appel. Ils ont de bonnes têtes. Je vais juste leur faire un peu peur au début. Après, je relâcherai la pression. Quelle angoisse, quand j’avais leur âge…

On m’a appelée ! Chloééééééééééééééé !

Installez-vous dans le calme. Je vais faire l’appel…

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18 juillet 2009

Erotisme

La consigne 69 coulait de source... Elle dure deux semaines. J'ai pour l'instant participé deux fois (et je compte  éventuellement poursuivre) : l'une en image, l'autre en texte. Les voici...


Titre : Cours de géographie

Dans les vallées

Dans les monts

De son corps

Je m’endors

Et me fonds

Dans les rebonds

Et les soupirs

J’atteins alors

Le frémissement

Et les délices

Ses seins de neige

Mes îles flottantes

Mes oasis

Et elle soupire

Et demande grâce

Dans les grottes

Dans les cavernes

Où je me cache

Il y a une femme

Qui s’endort

En souriant


Titre de la photo : La féline dort.

F_e_juillet006


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10 juillet 2009

Une fenêtre ouverte

La consigne 68 indiquait qu'il fallait utiliser une clé, d'une façon ou d'une autre, et que celle-ci devait être importante... Après hésitations, j'ai quelque peu détourné le défi. Voici ma participation :


Tu avais tout ouvert

En grand les fenêtres

Un entrebaillement de porte

Les cadenas ont sauté

Plus de limites

Plus de sanctions

Pas de punitions

Tu avais la clef

Celle que personne n’avait trouvée

Tu avais effacé le F

De la serrure

La clef était clé

Clé de sol

Clé de ciel

Clé de soi

Aujourd’hui j’ai tout jeté

Tout fermé

Il y avait trop

De courants d’air

Dans mon cœur ouvert

J’ai fermé les fenêtres

La porte

Ma bouche

Et j’ai remis le F

Qui saura

A nouveau

Le décrocher ?

Dali_femme_fen_tre

Oeuvre de Dali

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25 juin 2009

Le côté obscur du jour

La consigne 66 portait sur la panne de courant. Il fallait aussi insérer au moins dix nombres. Voici mon texte... assez sombre, il faut bien le dire.


J’en compte seulement cinq, ce soir. Les autres ont dû se planquer, encore. Je sais bien qu’ils m’observent. Ce qui me perturbe, c’est que je m’étais préparé à en voir au moins huit. Je les avais invités pour baisser leur garde.

J’ai tout bien pensé, ça, c’est sûr : les boissons, les gâteaux apéros, les petits fours. Mais comme j’ignore ce qu’ils mangent vraiment, j’ai ajouté des saucisses, des légumes, des brochettes de bœuf et du fromage. Je n’ai pas encore tout sorti, mais je suis dans les starting-blocks depuis trop longtemps pour être surpris.

Quoique.

Deux d’entre eux-les chefs de la meute, je suppose- semblent renifler : leurs nez s’agitent. Ce n’était pas arrivé jusque-là.

Je me ressaisis : mon plan est bien ourdi, pas de panique. Ils s’avancent un peu. Leur odeur faisandée m’a toujours donné envie de vomir. Je dois me retenir. Pas maintenant. Ne pas tout gâcher pour un simple haut-le-cœur.

Je dois attendre que les trois autres débarquent. Ils ne vont pas résister cette fois, je le sens. Ils aiment l’odeur de ma sueur quand il fait chaud. Je l’ai compris il y a environ dix ans : j’étais au bord d’une plage, en train de flemmarder au soleil avec ma femme, quand je les ai vus pour la première fois. On ne me la fait pas : j’ai donc choisi une journée estivale pour les exterminer. Même la météo pouvait contrarier mes plans. Mais là, il fait vraiment chaud, presque lourd. Le temps va tourner à l’orage, à n’en pas douter. Pas grave : ça couvrira le bruit…

Je reste toujours face à eux. Ne jamais leur tourner le dos est une règle d’or. J’ai commis l’erreur une fois, pas deux. La femelle avait alors voulu me mordre au sang. Le mâle s’était ensuite jeté sur elle, non pas pour me sauver, mais pour défendre son bon de gras : il ne supporte pas que l’on touche à son garde-manger ni à ses jouets. Je m’en étais sorti cette fois encore, grâce à l’apparition de la nuit : ils ne vivent que le jour. Je me demande si ces deux-là s’étaient accouplés après leur dispute…

Je vois leurs babines frétiller. J’ai lentement sorti le plateau qui contient la viande, sans geste brusque. J’aurais pu parier sur leurs préférences culinaires. Je jette environ dix morceaux de viande un peu au hasard devant eux. Ils se ruent dessus. Et ils se sont encore rapprochés. Une fois qu’ils auront passé la ligne fatidique que je me suis tracée mentalement, j’appuierai sur le détonateur. Mais ils sont encore un peu trop loin…

J’espère avoir assez de viande.

L’atmosphère est étouffante. Une goutte de sueur perle à mon front. Le ciel commence vaguement à s’assombrir et j’entends au loin le tonnerre de façon assourdie.

Leurs yeux rouges ne me quittent pas du regard, même lorsqu’ils dévorent la chair. Je vérifie une énième fois que le détonateur est bien dans ma poche de veste. Je jette encore de la nourriture, plus près de moi, cette fois.

Le mâle dominant arrête les autres d’un mouvement de tête. Il me défie. J’essaye de sourire et de montrer mes paumes retournées, vides. Il renifle. Grogne un peu. Vas-y, grogne, je suis habitué, depuis le temps.

Il donne le feu vert aux autres. Ils avancent lentement quand même. Je n’en peux plus, l’air est si moite ! Le tonnerre se rapproche. Allez, avancez, bon sang ! Qu’on en finisse ! Que vous me foutiez enfin la paix…

Ça y est, ils y sont. Là, j’ai une chance de les avoir. Je savoure l’instant. J’entends le clapotis de quelques premières gouttes dehors. Je souris vaguement. Je n’ai pas souri depuis des années, je crois. Ma main est au-dessus de ma poche. Je suis prêt. Je suis si prêt de la libération…


 Mais non ! NON ! C’est le noir ! Les plombs ont sauté ! Non ! J’allais enfin vous tuer ! NON !

 


_ P’tain, j’en ai marre de c’lui-là ! Il n’a qu’une piqûre par jour, mais quel bastringue à chaque fois !

_ Ouais, je sais : les autres tarés de l’étage sont plus faciles à gérer. Tu les bourres de quelques cachets, et hop, i’s’tiennent à carreau.

_ Va encore falloir que je lui mettre deux baffes pour l’calmer.

_ Vas-y mollo quand même : on sait pas c’qu’i’ raconte aux psy’…

_ Allez, c’est bon, il a eu sa piquouze : éteins la lumière. On est tranquille jusqu’à demain.

 

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16 juin 2009

Hors ligne

Consigne 65 : insérer cet incipit quelque part -> "Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage."  (La fascination du pire, de Florian Zeller).


Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage. J’aurais dû dire non à ce énième trajet, mais le capitaine 47 était cloué au lit. J’étais le seul pilote disponible. J’en ai pourtant plein les pattes, et le décalage horaire me tue. Je n’ai même pas eu le temps de me remettre de l’aller-retour en Argentine.

Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage. Encore une énième conférence sur l’œuvre de Proust à donner. Mais qu’est-ce qui m’a pris de me spécialiser sur un auteur aussi célèbre et couru ? J’aurais dû en choisir un quasi inconnu du grand public. Mais bon, Marcel et moi, ça date d’il y a si longtemps… Je me souviens de cette première lecture Du côté de chez Swann, difficile et inaccessible, tant et si bien que je me devais de recommencer par plusieurs fois les phrases aux tournures alambiquées, aux sujets rejetés, aux propositions emboitées – et la merveille, la révélation à mon cerveau lorsque ce puzzle devenait une image nette et splendide, un tableau de maître auquel j’avais enfin accès, comme un pirate découvrant par miracle la malle aux trésors ardemment cherchée pendant des années !

Au moment où le réveil a sonné, j'ai r’gretté d'avoir accepté ce voyage. Bobonne qui réclamait un cadeau pour nos trente ans de mariage, et patati et patata. On verra le carnaval, blabla. Ouais, ben moi, tout ce qui m’intéresse dans c’t’histoire, c’est de voir des minettes rouler des hanches gratos devant moi, avec leurs gros lolos qui s’agitent, sans que mémère vienne râler !

Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage. Je n’avais pas envie de laisser les enfants à mes beaux-parents, ces gens sans goût et sans tendresse, qui nous avaient reproché tant de fois « d’avoir fait des mômes en toute indécence », puisque nous n’étions pas mariés. Le reproche changera dorénavant, puisqu’on nous parlera d’avoir tant tardé, d’avoir jeté l’opprobre sur la famille, tout ça. Mais au moins, nous sommes unis officiellement maintenant. Je me moquais de ce que nos familles pouvaient penser. Mais protéger les enfants, c’est tout ce qui m’importe. Et voilà qui est fait. Sébastien voulait absolument que nous partions loin pour notre voyage de noces, et seuls pour que l’on se retrouve vraiment, a-t-il dit. Moi, je me retrouve quand ma tribu est là : mon amour, ma petite princesse et mon petit homme … Un voyage en France m’aurait suffi, et les enfants, ce sont mes rayons de soleil. Pas besoin de partir de l’autre côté de l’Atlantique pour être heureuse.

Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage. Je n’ai plus l’âge de faire des orgies, je crois. Le nouveau petit steward était pourtant à croquer, et je ne regrette pas cette nuit passée à le dévorer. Je pense qu’il a été surpris de découvrir que le mythe de l’hôtesse de l’air n’est pas mort… Si je le retrouve sur un prochain vol, je lui ferai danser la capoiera à deux sous les draps ! Oh punaise, ma tête… Mes amis aspirine et fond de teint vont encore me sauver. Allez, je vais appeler un taxi pour ne pas être en retard cette fois-ci.

Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage. Mon psy m’avait dit : « Prouvez-vous que vous êtes acteur de votre vie ! » Le seul truc que j’ai trouvé à faire, puisque je passais des heures sur le net, ça a été de surfer sur des sites de voyages de dernière minute. Une offre irrésistible, hors saison, au soleil, avec l’excuse culturelle du carnaval. J’ai été un bon danseur, autrefois. Enfin, surtout avec Michèle. Bien avant qu’elle ne me quitte. Je me suis dit qu’aller là-bas, en terre de la samba, me redonnerait peut-être l’envie de danser, et que je pourrais reconquérir Michèle…

 

Au moment où le téléphone a sonné, j’ai regretté d’avoir accepté ce poste de dirigeant d’une compagnie aérienne…

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