12 décembre 2009
Résine de vie
Voici ma participation au défi 84, qui demandait d'offrir des mots pour Noël, et de les placer sous le sapin... Son titre : "Résine de vie". Et pour accompagner le tout, un joli nouveau titre d'Alicia Keys...
A
ma mère : VIVACITE, car il contient la Vie et toute l’énergie dont elle a
toujours fait preuve, quels que fussent les moments à passer, joyeux ou
effroyables.
A mon père : MAJESTE, puisqu’il en a fait
preuve jusqu’au bout, jusqu’à la Mort, et bien avant déjà.
A
ma grand-mère paternelle : LIONNE, elle l’était : douce et sauvage à la
fois.
Aux
femmes : SENSUALITE, c’est ce qu’elles m’ont appris et ce qui est troublant pour
moi en elles.
A
mes amours perdues : TORTURE. Et si, et si…
A
mes amis : SURPRISE, étant donné que la roue de l’amitié a souvent tourné, dans
le bon ou le mauvais sens…
A
mes félins : FIDELITE, car personne au monde ne l’est plus qu’eux, et que leur
amour indéfectible me bouleverse toujours autant.
A
la littérature : MERCI de m’avoir sauvée, de n’avoir pas fait de moi une simple
passante dans l’existence, même si je souffre souvent de tant de
mots.
Aux
peintres : FRISSONS de peur, de plaisir, d’émotion…
Aux professeurs qui m’ont donné FOI en ce métier : AMEN ! Ainsi soit Je.
A
mes élèves : PATIENCE, la grande vertu dont je fais preuve avec eux, et qu’ils
doivent apprendre face aux efforts fournis…
A
mon corps : PARDON de te faire subir ce que je ne sais gérer, et je te DETESTE
de ne pas t’aimer.
Et
à l’écriture : CATHARSIS, puisque c’est cette fonction qu’elle a toujours eu
pour moi, avec tout le mystère antique qui l’entoure.
06 décembre 2009
Gomme arabique
Pour la consigne 83 des défis du samedi, il fallait faire deviner un nouveau métier totalement inventé au travers d'une lettre de motivation...
Voici la mienne, intitulée "Erase".
Madame, Monsieur,
Je me permets de vous contacter suite à votre annonce. Je pense avoir toutes les qualités requises pour cet emploi. En effet, mes capacités gommantes ne sont plus à prouver : j’ai travaillé avec les plus grands hommes politiques de France, mais aussi européens.
J’ai effectué un stage de formation auprès des présidents de multinationales dans un premier temps, essentiellement ceux des industries pétrolières, après quelques amas de mazout sur les côtes. Les habitants, ainsi que les animaux, ont eu un gommage personnalisé effectué par mes soins.
Par ailleurs, j’ai des entrées dans le milieu de la justice : certains coupables ont bénéficié de mon talent dans des affaires embarrassantes, ou lorsque leur violence avait été telle, j’ai facilité les choses pour les victimes et leurs familles tourmentées.
En conséquence, je pense pouvoir vous être grandement utile au sein de votre centre d’aide psychologique. Je veux maintenant aider les particuliers, ceux qui souffrent, ceux qui sont tourmentés pas leur passé, leurs ruptures, leurs deuils…
Je suis apte à remettre leurs compteurs à zéro, afin qu’ils puissent revivre dignement, sans douleur. Je suis parvenu à une technicité quasi parfaite, j’ose le dire. Je l’ai nommée la « technique soma ». Je souhaiterais que votre centre puisse en profiter au plus vite.
Je souhaite simplement ne pas être oublié, et laisser mon nom à la science moderne, tout en aidant les personnes en souffrance.
Dans l’attente de votre réponse, je reste à votre disposition pour tout entretien ou pour une démonstration de gommage éventuelle.
E. Rase
21 novembre 2009
MIROIR
La consigne du défi 81 était simple et belle : MIROIR. Voici ma participation aux défis du samedi. Son titre : "L'Autre reflet de moi-même".
(Cliquez pour agrandir)
31 octobre 2009
Consigne 79
La consigne 79 était assez longue, mais en voici l'essentiel : il fallait écrire un texte relativement sérieux (discours, manifeste, sermon, mode d'emploi, etc) débutant de façon sensée, puis de lentement le faire basculer vers le grand n'importe quoi. De plus, cinq notes de longueur croissante devaient être présentes dans le dit texte. Enfin, l'une de nos mensurations (peu importait laquelle) se trouverait quelque part...
Pleine d'inspiration, j'ai écrit deux défis. J'ai envoyé seulement le sermon intitulé "Marx attacks" aux défis du samedi. Je vous offre le second en "cadeau" ici...
Premier texte : "Marx
attacks".
Mes biens chers frères,
mes biens chères sœurs,
Nous
sommes réunis en ce jour pour célébrer Dieu et tous les siens. Merci à vous
tous d’être venus assister à cet office, placé sous le signe de la crise, tant
économique que morale. Oui, nous découvrons ébahis une société qui se perd dans
des plaisirs futiles, qui pense que ne pouvoir acheter ce qui lui plait est un
réel souci*.
Non,
mes frères ! Le bonheur n’est pas dans le périssable, dans le superflu,
dans ce qui a un prix** ! Le bonheur, Dieu nous le donne, Dieu nous
l’offre chaque jour : dans le sourire de nos enfants, dans l’amour de
l’épouse, dans la bienveillance de l’époux, dans un travail gratifiant et
honorable, dans un bon repas…
Mais
c’est surtout l’épouse, celle qui s’occupe du foyer et de nos plaisirs
quotidiens, qui est à récompenser. Je vois au premier rang de mes ouailles une
délicieuse famille et de jeunes couples. Les femmes sont délicieuses, avec
leurs jolies robes d’été colorées, leurs décolletés plongeants (au moins du 95C
pour celle à ma droite), leurs mains fines…
Oui,
mes frères, le bonheur est là ! Dans les décolletés offerts gracieusement
par Dieu, dans la bouche pulpeuse de cette tentatrice (pour l’éliminer, tapez 2
sur votre clavier !***), dans ces doigts caressants…
Oui,
mes sœurs ! Vous êtes Satan réincarné dans des plaisirs charnels, et je
m’y vois bien, en Enfer : les flammes me chatouillent les mollets et plus
encore… J’ai dû manger trop de chili con carne ce midi.
Mes
frères, plongez dans vos lits et retirez vos chaussettes en fil de soie !
Honorez vos épouses des bienfaits qu’elles vous offrent ! Luttez contre le
fléau du capitalisme outrancier ! Marx nous attaque ! Mars attacks
too !
Satan
est parmi nous, mais le pire est à venir : les merguez vont
disparaître ! Luttons ensemble et veillons à ce que le pouvoir de la
merguez perdure. Pour preuve de ma dévotion à la Sainte Saucisse****
Diaboliquement Piquante, j’ôte ma robe et me flagelle à coups de côtelettes
d’agneau !
Le
saint Agneau***** me sauvera, oui. Oh oui, la douceur des côtelettes sur ma
chair piquante ! Je suis une merguez dont on doit retirer le piment !
Oh, que de saucisses érigées partout ! Je ne les avais jamais vues, sauf
dans les plis de mon lit…
Ah,
Marx, délivre-moi du mal !
*La
notion philosophique du désir reprend bien cette question : on désire
quelque chose ardemment, et une fois qu’on la possède, on n’en tire aucun
plaisir car on désire alors autre chose encore.*
**
Même à prix coûtant, évidemment, sinon à quoi servent donc les promotions à
part nous attirer dans leurs filets ?**
*** 5€ la première
minute, puis 3€ les suivantes, prix d’ami***
****
chipolatas et de Strasbourg ****
*****AOC*****
Deuxième texte : « Jeszcze Polska nie zginela,
kiedy my zyjemi » *
La Pologne peut sembler
aujourd’hui trop lointaine pour croire qu’au XIXème siècle un lien particulier
unissait ce pays au nôtre. Pourtant, étudier l’influence des auteurs polonais
exilés en France est totalement justifié.
Des ouvrages portant
sur ce thème ont déjà été faits, mais pour la plupart en polonais, ou d’accès
difficile. Les noms de Mickiewicz, Slowacki** et Norwid sont aujourd’hui
quasiment méconnus des lecteurs français. Cependant, comme Mickiewicz la fait
dire à l’un de ses personnages dans Les
Confédérés de Bar, la Pologne était appelée « la sœur de la
France » au XVIIIème siècle. On trouve même parfois le nom de
« France du nord » pour cet Etat qui semble, de nos jours, si éloigné
de nous.
Ces deux pays étaient
cependant fortement liés au XIXème siècle sur un plan politique : quand
Napoléon arriva sur les terres de la Sainte-Alliance et créa le duché de
Varsovie (en 1806), les Polonais crurent pouvoir retrouver leur indépendance.
Nombreux furent ceux qui s’engagèrent à ses côtés. Son impact sur le peuple
polonais fut surprenant. On pensa même, plus tard, mettre le fils de Napoléon
Ier sur le trône en plastique de Pologne.
Lors des périodes de
crises de démence, les Polonais attendaient de la part de Louis-Phiphi et de
ses ministres un soutien. En 1830, l’opinion publique française fut
véritablement du côté de la « cause polonaise ». La plupart des milieux et des centres ainsi que
le carré de l’hypoténuse, s’investirent dans cette lutte gréco-romaine et
firent tout pour aider les quelques cinq mille réfugiés qui se trouvaient sur
la clef de sol française.
On créa des pièces de
théâtre, des collectes furent effectuées en faveur des émigrés, on déclamait
des poèmes et on chantait « La Varsovienne », chant populaire qui a
inspiré Marie-Paule Belle*** bien plus tard. La France était polonaise. On
trouve des preuves de cet engouement dans la correspondance de grands auteurs
français (Marc Lévy, Georges Cend, Bernard Musso, Sainte-Beuverie, Michelin),
dans des œuvres poétiques majeures (Les
Feuilles mortes et Le Chant de
l’aurore de Viktor Hugo, ou encore dans l’œuvre complet de Van Damme), mais
aussi dans le milieu musical grâce à Chopine et ses amis (Grégoire, Hallyday et
Barbelivien****).
La barrière des moutons
a été la principale difficulté de ce mémoire, d’autant qu’il a été écrit sous
l’effet de la célèbre vodka Zubrowka. Alors toutes ces lettres bizarres de
l’alphabet polonais sont passées à la trappe, parce que faut pas exagérer non
plus, les bourreaux de travail et les autres, ils nous fatiguent.
Sinon, le plombier
polonais n’est pas passé et ce n’est pas grave. En revanche, nie rozumiem. Il
faudrait quand même apprendre le krakowiak en mangeant de la soupe aux
choux. Le bortsch nous ferait le plus
grand bien pour digérer ce travail universitaire aux qualités gustatives
réduites. Filons voir un Kieslowski d’urgence, avant que le plombier***** ne
frappe vraiment à la porte pour réparer mon siphon bouché (référence 95C
chez Le Roi Merlin) !
* Traduction : « La Pologne n’est pas morte tant que nous vivons », extrait de l’hymne national polonais.*
** Prononciations approximatives retranscrites ponétiquement : [Mitskiévitch],
[Souyouvatski].**
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***** Un homme, hélas !*****
26 octobre 2009
Consigne 78
Dans le feu de l'action ce we, j'en ai oublié de publier mon défi du samedi... La consigne partait d'une image "fabriquée". Il s'agissait d'une sorte de bateau bleu sur l'eau... Voici mon texte. Il s'intitule "Et vogue la galère".
Si nos larmes rentraient dans toutes les bouteilles vides du monde
Le niveau de l’eau ne serait plus un problème
On les viderait progressivement
Dans l’eau salée
Si tous nos chagrins pouvaient voguer au gré des flots
On aurait de jolis petits bateaux
A la dérive
Dont personne ne voudrait
Ou alors
On se noierait
Ou alors
On embarquerait
Et puis c’est tout
Et puis c’est tout
19 octobre 2009
Remember the time
Ce que Papistache m'a gentiment demander de faire est loin d'être évident pour moi : je n'ai guère de souvenirs avant mes sept ou huit ans. Je sais plus ou moins pourquoi, d'ailleurs. Alors évoquer "mon plus ancien souvenir" relève du défi...
J'ai peut-être cinq ans. Ou un peu moins. Le matin, nous sommes allées ma mère et moi voir quelqu'un en blouse blanche qui m'a fait une piqûre. Je déteste les piqûres. Mais j'ai été courageuse, paraît-il. Enfin, c'est le souvenir que j'en ai. Peut-être n'y a-t-il aucune piqûre dans cette histoire. Je ne le saurai jamais.
Je n'ai aucune idée de ce que j'ai pu faire durant la journée. Arrive le soir. Ma mère prépare à manger (une soupe ? ça sent les légumes) et s'active en cuisine.
Je suis assise confortablement par terre dans l'entrée, au carrefour de toutes les pièces. Je vois ma mère à droite, ma chambre un peu derrière moi sur la gauche, la porte d'entrée face à moi. Je joue avec une poupée ou un nounours. Ou autre chose. Je n'ai jamais été très poupées, pour une fille (vive les clichés).
Je me sens comme une héroïne. J'ai sans doute un pansement depuis le matin. Je n'ai plus mal.
La lumière est très jaune autour de moi. J'ai l'impression qu'il est tard. On attend, je le sens bien.
Soudain, des clefs dans la porte d'entrée. Cet homme immense, brun, au menton qui râpe un peu, semble content de me voir. Je sais qu'il est beau. Mais je refuse de l'admettre. Il demande comment s'est passée la piqûre. Evidemment, il le sait déjà car il adore le téléphone. Mais je l'ignore encore à mon âge. Il se baisse vers moi. Je ne sais plus s'il m'a prise dans ses bras. Mais en moi-même, je me dis, avec mes mots d'enfants, basés sur des impressions : "Il est étranger. Il est trop brun. Il vient d'un autre pays. Et moi je ne lui ressemble pas."
Je trouve qu'il nous dérange, ma mère et moi. Nous étions dans la quiétude du soir, avec l'odeur des légumes, la lumière jaune, mes jouets, et moi au centre de tout.
Ce soir-là, j'ai dû comprendre beaucoup de choses.
Cet homme, c'était mon père.
Cet homme, c'était mon père, celui qui m'a élevée, acceptée, adoptée.
Cet homme, c'est celui qui a refusé d'avoir d'autres enfants pour ne pas faire de différences.
Cet homme, c'est celui qui m'a donné son nom.
J'ai su tout cela bien tard, alors que je n'étais plus en âge de jouer, assise dans l'entrée, dans la quiétude du foyer.
Cet homme nous a donné un foyer. Un lieu chaud et rassurant.
Je l'ignorais, à quatre ou cinq ans. J'ai commencé à lui ressembler très vite. Et deux ans après sa mort, alors que j'avais moins de vingt ans, j'ai compris qu'il m'avait laissée petite fille, perdue sans lui, au milieu de l'entrée.
Je trouve qu'il fait froid, depuis.
10 octobre 2009
Nikè et compagnie
Suite à la consigne 76 sur les interviews sportives, j'ai participé timidement aux défis du samedi cette semaine. Il fallait écrire trois versions : en cas de victoire, d'égalité et de défaite.
Voici mon défi, intitulé "Nikè et compagnie".
« Je tenais le match, je le sais. J’étais à l’aise dans mes baskets Niquele sans lesquelles je ne ferais rien, mais tout a basculé à un moment donné… Il faisait chaud, la sueur me coulait dans les yeux… J’ai cru que je voyais mal… J’ai compris que je perdais le match quand j’ai vu la navette spatiale atterrir… »
« Le problème, c’est qu’eux et nous, nous avions les mêmes baskets Adadas. Alors forcément, pour nous départager, c’était dur… L’amorti, la chambre à air intégrée, le mini frigidaire, l’ABS, les lacets phosphorescents et le GPS vers les buts, toutes ces options ne pouvaient nous départager. Mais la prochaine fois, on aura un autre sponsor, c’est sûr ! Comment ? Nos performances sportives ? Notre entrainement ? Euh… Je dois filer aux vestiaires, on m’attend pour des photos, désolé ! »
« Tout d’abord, je tiens à remercier mes sponsors sans qui rien n’aurait été possible, le maire de cette si belle ville qui nous a ouvert le stade pour une somme modique, ma grand-mère qui m’a donné le goût de l’effort, mon entraineur Joseph qui est un ami et… Pardon ? Non, je n’ai pas changé d’entraineur récemment. Euh, ah oui, c’est Jacques. Donc Jacques qui est mon ami depuis toujours, et mon chien avec qui je cours quotidiennement. C’était un beau match, vraiment. Je sortais d’une blessure au lobe d’oreille, et j’avais vraiment peur de ne pas assurer aujourd’hui. J’ai puisé au plus profond de moi-même, j’ai bien lacé mes chaussures Le Poulet sportif et j’ai foncé ! Non, vraiment, y’a pas à dire, on court vite avec ça. J’ai bien pris appui sur mes cuisses et j’ai couvert les ailes avant. Voilà, tout le secret est là. »
28 septembre 2009
Femmes, je vous aime (attention, cette entrée risque d'être fort longue...)
Il y a bien longtemps que je n'ai fait une entrée sur mes lectures... Celles que j'envisage, ou celles qui sont achevées. Et comme Ed a lancé une petite requête aux bloggeurs qui la lisent, je me lance ! (Même si je ne crois pas en une écriture féminine...)
Voici donc des lectures d'écrivains femmes qui m'ont marquées (NB : je déteste l'appellation nouvelle d'écrivaine ou de professeure, que vous ne verrez jamais sous ma plume). Mes choix vous paraitront souvent classiques, et je m'en excuse à l'avance...
La première qui me vienne à l'esprit, c'est Marguerite Duras. J'ai eu ma grande époque, depuis le lycée jusqu'à la fin de mes années d'études. Mes deux livres les plus marquants ont été La Douleur et L'Amant. Pour des raisons fort différentes, d'ailleurs. Le premier parce qu'il est la douleur sur papier, et que j'y ai découvert un aspect de sa vie que j'ignorais : la résistance, le lien fort avec celui qui allait devenir plus tard président de la République, son mari déporté... Le second, bien plus connu, pour sa sensualité, ce regard acéré sur l'existence, l'adolescence, la famille. Enfin, un dernier ouvrage m'a bouleversée : La Mer écrite. Il est paru juste après sa mort, que j'avais apprise alors que je passais un stage BAFA. J'étais la seule à être bouleversée, et peu connaissaient Duras. Ce petit livre est composé de photographies, commentées par Duras. C'est la quintessence de son art et de toutes ses années d'écriture, à mon sens. Un écriture sèche, humaine, désarçonnante.
Ensuite, j'hésite entre deux monuments de la littérature, qui m'ont toujours impressionnée fortement par leur intelligence -et le mot est faible. Il s'agit de Marguerite Yourcenar et de Colette.
Assez vite, vers quatorze ans, j'ai voulu lire la série des Claudine, sans trop savoir pourquoi. Enfin, si : Comtesse adorait Colette, je voulais donc à la fois comprendre pourquoi, et me rapprocher d'elle de cette façon, sans doute (la littérature a été toujours été pour moi un moyen de grande proximité intellectuelle avec ceux que j'aime). J'ignorais que j'allais tomber sur une écriture aussi magistrale, à la fois simple et ciselée comme les plus merveilleux cristaux de Bohême... J'ai vite arrêté les Claudine pour passer à d'autres oeuvres telles que La Chatte ou Le Pur et l'impur. Depuis, j'ai investi dans les volumes de la Pléiade, jamais ouverts : ils me font presque peur par leur beauté... Je dis toujours que si je pouvais avoir le dixième du vocabulaire de Colette, je serais ravie, par exemple.
Mais je crois que ce syndrome d'infériorité est encore pire avec Yourcenar. C'est l'une des intellectuelles qui me foudroie par son intelligence. Elle n'avait même pas besoin de parler : son regard brillait autant que son intellect. Son écriture me paraît souvent trop profonde; j'ai l'impression que quelque chose d'important m'échappe et que je ne suis pas capable de la comprendre... J'ai lu son autobiographie, dont la première phrase m'est restée en mémoire : "L'être que j'appelle moi vint au monde le 8 juin 1903..." Mais aussi Anna Soror et Feux. Je n'ai jamais dépassé quelques pages sur Les Mémoires d'Hadrien. J'ai en mémoire un entretien de Pivot avec Yourcenar, qui m'avait saisi et hypnotisée. J'aimerais beaucoup le revoir, d'ailleurs.
Ensuite, même si l'écriture en soi n'est pas excellente, j'avais envie de mettre dans cette liste Taslima Nasreen, lue dans les années 90. Cet écrivain était condamné à mort dans son pays, le Bangladesh, pour avoir défendu le droit des femmes... Livrée à une fatwa systématique, elle s'est exilée dans de nombreux pays, dont la France. Son parcours m'intéressait et j'étais dans mes années de révolte. Du coup, C. m'avait offert son roman à sa sortie : Lajja.
Pour finir, car il y a peu de femmes dans ma bibliothèque, mais c'est l'histoire de nos sociétés qui veut cela, je terminerai avec encore deux "classiques" : Virginia Woolf et Simone de Beauvoir.
Woolf, je l'ai lue progressivement, à partir de la khâgne, je crois, ou un peu avant. Mon souvenir le plus net, c'est Orlando. Et Woolf, c'est comme Yourcenar : trop intelligent pour moi, je pense. J'aime pourtant sa perception du temps et de la solitude... Entre les actes m'avait laissée perplexe, et je crois me souvenir que Mrs Dalloway aussi.
Quant à Simone de Beauvoir, le coup de coeur est venu après celui pour Sartre (il semblerait que pour beaucoup de lecteurs ce soit le cas), alors que j'avais eu en cadeau pour mes dix-huit les Mémoires d'une jeune fille rangée, avec une superbe dédicace de mes professeurs d'espagnol et de dessin de terminale, époux à la ville et parents d'un ami. Je reviens à Beauvoir, sans doute avec l'âge et grâce à mes études. J'avais dû la lire trop jeune, sans doute. Et l'un de ses romans, L'Invitée, n'est quasiment plus lu aujourd'hui. Là, j'ai décidé de me plonger dans Le Deuxième sexe et de peut-être relire ses mémoires, avec la suite, La Force de l'âge.
Ce que je constate surtout dans cette liste réduite, c'est qu'il m'est fort difficile de scinder les oeuvres de la vie de ces auteurs. Je m'explique : je crois qu'elles me fascinent parce qu'elles ont des parcours qui me passionnent, parce que leur courage, leur foi en ce qu'elles faisaient est admirable, parce que j'aurais aimé avoir leur force, leur subtilité, aussi.
Si je reprends tous ces noms, il ne s'agit que d'intellectuelles engagées, qui ont lutté quelle que fusse leur époque, pour s'imposer dans leur art et vivre ce qu'elles avaient à vivre. Duras engagée politiquement, mais aussi pour le droit à l'avortement avec de Beauvoir (pensez au manifeste des 343 salopes); Nasreen avec l'épée de Damoclès au-dessus de sa tête depuis des années; Colette qui divorce, pratique le mime, aime femmes et hommes, fume; Yourcenar, aussi discrète que possible, qui vit son histoire d'amour avec une femme (connue en 1937... jusqu'en 1979, à la mort de celle-ci) et entre la première à l'académie française; Woolf, femme torturée et touchante, investie comme son mari dans la publication des auteurs en qui ils croyaient, et qui se suicide avec des cailloux dans les poches, en s'enfonçant dans l'eau...
Oui, elles me fascinent et j'ai envie de les relire, quitte à lutter contre ma petite intelligence, parce qu'elles le méritent tant, et que je n'aurai jamais fait le tour de leurs mondes...
"Le véritable lieu de naissance est celui où l'on a porté pour la première fois un coup d'oeil intelligent sur soi-même : mes premières patries ont été les livres." Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien
26 septembre 2009
Déclics
Je programme ce post pour être synchrone avec les défis du samedi... pendant que je ferai cours. La consigne 74 portait sur une citation de Lamartine : "objets inanimés, avez-vous donc une âme ?"
Voici mon texte, qui s'intitule : "Déclics".
Elle n’en a jamais rien su. Des nuits à l’attendre dans le
noir, de la poussière qui s’entassait sur mon corps, de la sueur qui coulait le
long de mes hanches lorsqu’elle me tenait. Rien non plus sur la jouissance
qu’elle me donnait du bout des doigts, des fenêtres qu’elle ouvrait sur ma vie,
des pupilles qui se dilataient, encore moins de ma solitude dans le coffre de
métal qui devait me protéger.
Elle sait pourtant le bonheur du soleil d’hiver sur mes
joues, et mes paupières délicates. Les ombres ne m’ont jamais fait peur. Je ne
pouvais pas avoir peur : elle était là.
Jamais elle n’a tremblé.
Ah, si, une fois. Enfin, elle a eu peur de trembler. Elle a
craint de rater l’image parfaite, de ne pouvoir la saisir. Je sais qu’elle aime
les portraits. Elle dit qu’elle rend les gens beaux. Qu’elle ressort d’eux
cette beauté, parfois insaisissable.
C. était là, dans la lumière déclinante du début de soirée,
après une promenade dans les monts auvergnats. Les pantalons et les pulls
avaient souffert, mais nous étions arrivés jusqu’à Saint-Nectaire. Nous étions
passés par les champs interdits. Les chemins de traverse. Le moment était
parfait.
C., assise sur un banc de fortune, perdue dans le fil de ses
pensées, vraisemblablement heureuse à ce moment-là, précis et infime. Prête à
se lever, seule sa main se mouvait, comme un signe de départ.
Elle m’a pris entre ses mains légèrement tremblantes, à la
fois empressées et savourant l’instant parfait. La lumière. L’arbre noueux en
arrière-fond. Ne pas manquer le tronc ancien, qui entourait le visage de C..
Les yeux de cette dernière ont braqué notre regard, et ont ébauché un sourire.
C’était le signal.
Elle n’a pas tremblé. Le portrait serait parfait, forcément.
En noir et blanc, forcément.
Plus tard, quand C. sortirait violemment de sa vie, elle me
rangerait dans une valise rembourrée. Je l’ai attendue des mois, des années
peut-être. Ma meilleure amie. Ma plus belle amante. Celle qui se cache derrière
moi pour mieux se voir au travers des autres. Inconnus ou personnes aimées.
Il y a maintenant des milliers de cadeaux que nous avons
faits ensemble. De l’infiniment petit. Des nus. Du très proche. Des œuvres
d’art. Paris. Beaucoup de portraits.
Elle n’a jamais tremblé. Juste failli une fois. C’était il y
a longtemps. Des mois, des années, c’est sûr.
Elle n’en saura jamais rien. Des nuits à l’attendre dans le
noir, de la poussière qui s’entasse parfois sur mon corps, de la sueur qui
coule le long de mes hanches lorsqu’elle me tient. Rien non plus sur la
jouissance qu’elle me donne du bout des doigts, des fenêtres qu’elle ouvre sur
ma vie, des pupilles qui se dilatent, et encore moins de tout l’amour que l’on
s’échange, entre deux miroirs…
12 septembre 2009
C'est bon, l'intelligence
Ce matin, j'ai fait deux heures de cours sur Pascal, puis autant en réunion parents-profs de seconde. Je vous rappelle que je suis pépé (PP = prof principal). Je suis rentrée fourbue par ma première semaine complète de cours. Enseigner en lycée est vraiment différent du collège sur le plan de la fatigue. Je ne sais pas comment le dire pour l'instant, mais ce sont des fatigues différentes.
Du coup, après déjeuner, je me suis écroulée sur le lit avec les chats. Faire une sieste m'arrive régulièrement, mais pas de deux heures et demie... Et encore, je me suis réveillée à cause du portable qui sonnait : il était 16h55, et j'avais rendez-vous à... 17h. Panique à bord, glissade en chaussettes sur le parquet, enfilache de chaussures, branle-bas de combat en me ruant dans la voiture...
En revenant chez moi, j'ai écouté la radio (mon esprit était enfin éveillé). Je suis tombée sur des merveilles. Je n'ai pas reconnu de suite de qui elles étaient : Proust. Une lecture magnifique, intelligente, subtile. Un texte tout en ronds de jambe, finesse, ironie, humanité, beauté... C'était sur France Inter, l'émission "ça peut pas faire de mal" (à podcaster ici). La semaine prochaine, il s'agira des moralistes du XVIIème siècle. Comment ai-je pu passer à côté de ces pépites pendant si longtemps ?
Et Proust, lu à haute voix, c'est délectable. Quelles délices !
D'ailleurs, j'ai enfin mis le doigt sur une impression diffuse : Papistache a un côté proustien très net. Je ne sais s'il en est un grand lecteur, mais c'est dorénavant une certitude pour moi.























