12 décembre 2010

1 + 1

Pyramide_geometrie


Il y avait bien longtemps que je n'avais participé à un défi du samedi. Ce n'est pas mon meilleur texte, mais j'avais envie de rebondir sur le sujet lancé : "Et si votre amant(e) n'était que géométrie ?"
Voici ma production, qui s'intitule "Théorie d'ensemble" :


Un plus un

Egale nous

Je n’aimais pas les mathéma

Tics

Je m’allonge

Et me projette maintenant

Nos formules me plaisent

Et m’apprennent

A tenir

Droite

Tu es ma médiane

Ma femme aux ronds et aux déliés

Au périmètre infini

Mon cercle sans fin

Mais au si joli début

Mon centre

Pourtant je n’aimais pas

Les mathématiques

Ou plutôt

Je ne les comprenais pas

Toi

Je te comprends toute

Et dans ton entièreté

Une plus une

Mon tout


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11 novembre 2010

Un poiral, des poireaux

Je coupe, je trie, j'épluchotte, je fais des morceaux, je mijote, je dore, je parfume. Combien d'amour dois-je avoir à donner pour cuisiner autant !
J'ai refait une potimarronnade, ainsi que des muffins (allégés au maximum) à la farine de noix et aux bananounettes (des bananes vendues comme "baby bananes"), et là, miracle des miracles, je laisse cuire la première soupe de ma vie.

DSC_1091
Avant

DSC_1096
Pendant

Non pas que je n'aie jamais mangé (bu ?) de soupe in my entire life, no, no, mais c'est bien la première fois que j'en prépare une. Poireaux, champignons, pommes de terre ont remporté le concours de légumes ébouillantés par mes soins.

DSC_1094

Soupe artistique

Sinon, j'ai lu trois copies de didactique car j'ai un concours blanc de sept heures samedi (priez pour moi) et globalement fait le ménage. J'ai aussi tenté de contacter mon propriétaire qui me laisse depuis trois semaines jouer à la mare aux canards à chaque fois que je prends une douche. Et ce matin, alors que je faisais tourner une machine, les canards s'étaient fait la belle : j'avais de l'eau par terre.

Je suis gentille, mais j'ai mes limites. Et quand je vois avec quel orgueil et quelle régularité suisse je paye mes loyers, j'enrage de voir que cela ne sert guère à grand-chose, finalement.

Allez, la didactique me rappelle à l'ordre.

Rompez !

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06 novembre 2010

Balances

poids_balance

J'ai un poids.
Un poireau.
Un poison.
Un poitevin.
Un petit pois.
Ou un gros.
Pouah !
Un poids, quoi.
C'est un souci sans en être un.
C'est à dire et à cacher.
C'est à évacuer et à taire.
J'ai envie de lui taper dessus, au poids.
A mains nues et au marteau.
Give me a clou.
Envie de lutter dans la boue.
Et de l'écraser dans ma bouche.
J'ai un poids qui pèse.
Lapalissade.
J'ai mon poids qui pèse.
Grimpe la palissade.
Tais-toi et marche.
Avance.
On ne s'arrête pas.
Pas au premier stop.
Poids dessus, poids dessous.
J'ai un poids qui m'alourdit.
Il empêche la légèreté.
Il ne s'arrête poids.
Il s'installe chez moi.
Sans invitation.
Il ne va poids falloir tarder :
Je dois le virer.

Une idée de poids pour le renvoyer ?

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01 août 2010

Du bol

Je bois dans le bol de ses yeux
Son iris m'abreuve
Sa chaleur me sourit
Je bois dans le bol de ses yeux
Vert-de-gris
Sa douceur me nourrit
Plus besoin d'aliments
Je bois dans le bol de ses yeux
Et ça m'est suffisant

poterie

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29 mai 2010

Un voeu, un seul

Comme j'ai écrit ce défi jeudi, j'en programme sa diffusion pour samedi matin... Le thème portait sur une bougie qui fond... Voici mon texte. Son titre : "L'ultime voeu".

bougie_anni


J’allais avoir dix-huit ans. Le bel âge, celui que l’on envie peut-être en vieillissant. Je n’ai pourtant jamais trouvé, à l’instar de Paul Nizan, que la jeunesse était un cadeau.

J’allais avoir dix-huit ans, et aucune envie de les fêter. Ma mère y tenait, parce que mon père ne voulait pas me les gâcher. Il y aurait vu le signe que sa maladie m’empêchait d’être heureuse, ou quelque chose de cet ordre-là.

Mes parents –mais seule ma mère me l’a dit en leurs deux noms- allaient donc m’offrir une fête. Un repas. Je pouvais inviter qui je voulais. Comme elle travaillait en journée dans un commerce des Champs-Elysées, et en soirée dans un restaurant, tout se passerait en ce lieu : je ne voulais pas faire dépenser trop d’argent pour cet anniversaire au goût déjà amer.

Nous étions une vingtaine, je crois. Si je regarde les photos, la première pensée qui me vienne à l’esprit, c’est que presque plus aucun d’entre eux n’est près de moi. Tous ont disparu, pour une raison ou pour une autre. C’était pourtant ma sphère amicale, mon roc, les gens qui m’empêchaient de sombrer cette année-là dans la déprime ; ceux qui m’avaient soutenue pour passer le Bac, et m’encourageaient encore pour la Prépa. Pas un seul n’a disparu du socle de ma mémoire. Je pourrais encore pleurer d’en avoir perdu certains.

J’allais avoir dix-huit ans. Je souris sur les photos, pour faire bonne figure. Je me trouve pâle, et un peu fermée. Il paraît que j’étais jolie.

J’allais avoir dix-huit ans, un âge que l’on fête. Mon père était à quelques rues de là, dans une chambre d’hôpital.

Une photographie me rappelle qu’il y a eu un gâteau. J’en ignore la saveur. Je serais bien incapable de dire aujourd’hui à quoi il était. Mais ma mère, en l’apportant à bout de bras, retenait ses larmes. Elle aussi, elle aurait voulu qu’il fût porté à quatre mains. Cette image-là, je l’ai gravée.

J’ai vécu ce moment comme au ralenti. Tous les visages tournés vers moi, sachant tous ce qui rendait mon regard triste –pour ceux qui savaient voir.

On m’a demandé de faire un vœu, avant de souffler mes bougies.

J’y ai crû.

J’ai fait un vœu. Et j’ai soufflé, comme s’il y allait de ma vie.

 

 

 

Une semaine plus tard, jour pour jour, mon père mourait.

 

Je n’ai plus jamais voulu de bougies sur mes rares gâteaux d’anniversaire.

 

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08 mai 2010

3, 2, 1

"Le défi de cette semaine avait un thème court : trois. Voici ma production, au titre résolument scientifique : "3 – 1 = 2 = 1 + 1 = 1"

La chambre se situait au rez-de-chaussée. Je savais qu’il était là, car j’avais vu, de dehors, la lampe de chevet allumée. Le réceptionniste regardait la télé en somnolant. Il n’avait pas prêté attention à mon passage, et encore moins à mon immobilité, dans le hall.

Je l’avais observé, portant un débardeur au blanc douteux, sa calvitie recouverte par une mèche grasse. L’archétype même du réceptionniste miteux.

Je m’étais assise sur un fauteuil défoncé, dont je sentais les derniers ressorts attaquer mes muscles fessiers et mon dos. Je tenais mon sac serré contre moi. Contre mon ventre. Mon ventre. Il l’avait réchauffé. Empli. Fécondé.

Et puis tout avait été vide.

Il était dans la chambre 3. Des bruits d’émissions télévisées minables parvenaient à moi. Comment était-il descendu si bas ? Lui. Lui, l’homme qui avait posé ses mains sur moi et m’avait promis une si jolie vie. Lui qui devait conquérir le monde. Avec moi. Avec nous.

Il était dans la chambre 3 et regardait sans doute la télé. Avait-il une bière à la main, aussi caricatural que le type de l’accueil ? Non, impossible.

Je me suis levée lentement, comme pour vérifier cette contre-vérité. Le sac toujours collé à mon ventre. Mes mains se crispaient sur les anses. Le réceptionniste n’a pas bougé d’un pouce, et a à peine levé les yeux sur moi.

J’avançais avec précaution dans le couloir. La moquette, bien qu’ancestrale, atténuait mes pas.

Chambre 1. Peinture écaillée sur la porte. Le pas de celle-ci est décoloré. La moquette n’est même plus visible. Un homme semble ronfler à l’intérieur. Ou alors je confonds avec quelqu’un, dans une autre pièce du couloir.

Chambre 2. Elle est entrouverte légèrement. J’aperçois une femme en nuisette, assise sur un tabouret, les yeux dans le vide, et fumant une cigarette fine et longue. Sa bouche est épaisse et très rouge.

Chambre 3. J’y suis. Je colle mon oreille contre les éclats de bois de la porte. Je colle le sac contre mon ventre, encore. C’est une jolie besace vernie, un peu fatiguée, mais qui a cet aspect patiné par le temps que beaucoup de maroquiniers tentent en vain de donner à leurs produits.

Chambre 3. Pas de bruit particulier. Je peux encore faire demi-tour. Mais je n’ai aucune hésitation. J’attends juste la bonne respiration. Le souffle juste. Celui qui est au-dedans de moi me le donne.

Chambre 3. Je fais glisser délicatement la fermeture usée de ma besace. Ma main droite y plonge en douceur. J’ai le temps. Je ne suis pas pressée. J’ai déjà beaucoup patienté. Le sac est maintenant suspendu à mon avant-bras. J’avance la main gauche et la pose sur la poignée ronde et cuivrée de la porte.

Chambre 3. Je serre cette poignée qui ne me résistera pas.

Chambre 3. Nous allons entrer tous les deux ; il me verra ; et mes ongles vernis, écarlates, luiront dans la chambre. Il ouvrira sans doute la bouche pour parler, mais je ne lui en laisserai pas le temps.

Chambre 3. Ma main droite caresse la crosse.

Chambre 3. J’ouvre la porte.

Ma besace de carmin verni tangue sur mon avant-bras.

cabas_rouge_vernis

 

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20 mars 2010

Le temps

Le défi 99 portait sur un thème simple et large : le temps. Voici ma contribution, intitulée "Mensualités".

Depuis quelque temps, j’égraine les secondes, j’acrobate les minutes, je mordore les heures, j’arrose les jours pour qu’y poussent des fleurs.

Depuis quelque temps, je combats le temps. Il s’étire en longueur devant mon écran, à tel point que je ne vois aucun de ses bouts.

Depuis quelque temps, je fais pousser devant chez moi l’espoir d’heures volées au quotidien. Les bulbes tardent à monter au balcon de mes espérances.

Depuis quelque temps, mes nuits sont plus courtes que les battements de mes journées.

Depuis quelque temps, je regarde mon corps s’écouler, partir vers un autre fleuve, plus au sud, et mes yeux pétiller au champagne de mes envolées.

Depuis quelque temps, il me suffit d’entendre un rire éclater au bout d’un fil pour arrêter le temps.

Depuis quelque temps, j’ai mis le passé de côté, pas très loin, mais de côté, pour marcher sur un sentier de traverse qui avance.

Depuis quelque temps, je souris bêtement à mon fond d’écran, lisse mais profond, qui me rassure lumineusement.

Depuis quelque temps, je gangrène l’attente, je pourchasse les dates, je projette les semaines, je mensualise l’amour.

Depuis quelque temps, je dévide la bobine du rêve ; aucun nœud à y faire pour l’arrêter mais beaucoup à recoudre.

Depuis quelque temps, je suis la maîtresse de l’âge d’or, je suis la trentenaire éternelle, je suis le tourment temporel qui s’allège.

Depuis quelque temps, je suis gérante du bonheur au compte-goutte, comptable des mots doux, répertoire des abonnées présentes.

Depuis quelque temps, je me dis que j’attendais depuis si longtemps, que j’en ai oublié le goût âcre des jours sans rien ni personne à attendre.

Depuis quelque temps, je prie pour que l’on me laisse le temps d’en profiter, pour voir pousser les fleurs et les cueillir à quatre mains, parce que le Temps, le Temps file si vite, parce que le Temps, le Temps est si court, parce que le tant, le tant peut être si long…

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18 février 2010

"Il s'agit de ne pas se rendre"

Samedi, Tinette donnera ses derniers cours. Elle sera à la retraite début mars, au retour des vacances. Nous avons prévu de lui faire une surprise commune, mais je voulais aussi marquer le coup. Je connais Tinette depuis seulement six mois, et je m'en sens véritablement proche. Alors un cadeau plus personnel me paraissait nécessaire.
Au milieu de l'agitation des dernières semaines, je craignais de ne rien pouvoir faire. J'ai bloqué ma journée d'aujourd'hui pour elle essentiellement. Voici le résultat : une calligraphie fort modeste (les puristes en seraient déprimés), sur un texte de Nazim Hikmat. Je voulais quelque chose de positif, plein d'espoir, pas marqué par l'idée de départ ou d'adieu.

_1__14_


_12__15_

_22__27_

Il me reste à attendre que l'encre sèche pour gommer les traits de crayon, à coller la photo, à signer et cacheter mon "oeuvre". Si je le peux, je tâcherai de trouver un sous-verre pour lui offrir dignement samedi.

Et ce jour-là, vers 11h, nous serons tous en train de pleurer le départ de la lumineuse Tinette...

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30 janvier 2010

Donner et recevoir

Pour le défi 91, il fallait raconter un cimetière de son choix... et y insérer une épitaphe que nous aimerions nous attribuer. Voici ma participation, intitulée "Donner et recevoir".

Il y a les gisants et les vivants

Tous ceux qui nous frôlent

Les inquiétants

Les apaisants

Les discrets

Au milieu des gisants

Je trônais

C’était il y a longtemps

Un temps où les appareils photos cliquaient

Où les fenêtres s’obturaient

Un an après la répartition de ses cendres

Devant une plaquette dorée infâme

A son nom, avec ses dates

Je m’étais dit que non

On ne se réduisait pas à ce paquet sombre

J’avais décidé de goûter la vie

Même dans ses amertumes

Tous ses goûts

Sans excès

Chaque détail importait

J’étais au milieu des gisants

Il y a longtemps

Armée de mon boîtier

J’ai trouvé les morts beaux

Une sorte de romantisme

Exacerbé

De la vie dans la pierre

Des femmes de toute beauté

Des inscriptions passionnées

Des amours mortes

Et encore si vivaces

Si l’on pouvait dire

De moi

Elle a aimé

Ou plutôt

Elle a beaucoup donné

Et a su recevoir

Mais je ne sais où je me poserai

Pas de lieu-clef

Pas grand-monde pour me causer

Au-dedans de la pierre

J’étais au milieu des gisants

Il y a longtemps

Moi la demie vivante

Mes yeux vibraient

Mes yeux cadraient

Mes yeux fuyaient

La mort

En la figeant

En noir et blanc

Elle a beaucoup reçu

Et a tellement donné

Qui sera là pour l’écrire

Ou le murmurer

P_re_Lachaise_1994

Père Lachaise, 31 octobre 1994

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23 janvier 2010

Les 1800

Cette entrée sera double, elle le mérite : c'est la mille huit centième... J'ai du mal à y croire vraiment, tant cela me paraît imposant. Double car elle contiendra quelques nouvelles fraîches et mystérieuses, et mon défi de la semaine. Oui, je suis magnanime, je sais; ne me remerciez pas.

DSCF3582

Premier temps

Le temps de prendre le temps, de lui courir après, d'attendre la fin des cours avec impatience, de rentrer vite vite car une femme est au fond du lit encore chaud, car une femme vous espère et vous sourit à votre arrivée.
Le temps du café pris seule le matin alors qu'elle dort profondément, en confiance, pendant que je lui écris des niaiseries pour son réveil.
Le temps des craintes que tout s'arrête, que tout ne soit que fumée, qu'elle veuille faire machine arrière...
Le temps des regards qui en disent long, en plein silence délicieux.
Le temps qui m'appartient. Le temps qui nous appartient. Jusqu'à demain matin tôt. Pour une fois.
Le temps où mon visage sourit, beaucoup, vraiment. Mes amies me disent que l'amour me va bien. A qui n'irait-il pas ?
Le temps de rêver au prochain rendez-vous...
Le temps de me sentir belle, en travaillant mon corps.

Deuxième temps

Celui de l'écriture. Ce que j'écris gagne en tendresse sans doute, en douceur. Le défi de cette semaine en est le témoignage, je crois. La consigne portait sur le papier, et devait contenir cinq noms d'oiseaux et quatre onomatopées.

Voici ma participation, intitulée "Tous mes papiers" :

Sur mes papiers virtuels, j’écris des mots de nuit, des mots d’orage, des mots de pluie.

Sur mes papiers de cœur, il y a des hirondelles, du miel, des odeurs de sapin, quelques grammes de cannelle et un grain de poivre. Ah, l’aigreur du piment…

Sur mes papiers calque, je dessine les contours de mes vides, comme un aigle dans le ciel.

Sur mes papiers buvard, j’attends que tout s’absorbe, aussi patiente que la buse le long de la route. Han, les taches restent.

Sur mes papiers à bonbons colorés, j’écris le vol rapide du colibri, les ailes du papillon, le rayon de lune ou de soleil, et pffft ! tout s’envole sous l’empressement du vent à jouer avec eux.

Sur mes papiers chiffon, j’essuie mes larmes, de joie ou de chagrin ; j’arbore certaines fleurs entre deux fils ténus ; je caresse l’épais feuillet et lui fais de l’œil, telle une pie prête à voler…

Mais j’endors mes plumes, les range au fond des trousses et des pots à crayons. Hum.

Garçon, du papier et de l’encre !

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