Ma mère m'ayant délicatement réveillée aux aurores par un sms anodin, mes yeux ont beau rester quelque peu obturés, j'ai décidé de vous parler enfin de mes zaventures zimmobilières.

Vous vous souvenez peut-être que j'étais en attente de la visite d'un appartement fabuleux sur le papier. C'était fin avril : j'avais repéré une annonce sur un site de particuliers, au prix étrangement alléchant. J'appelle le propriétaire illico, qui répond gracieusement à mes questions et sent bien que je guette le piège : c'est un T4 transformé en T3 en bord de Seine, avec balcon, buanderie, rangements, traversant, au premier étage, etc. L'explication du prix (presque 40.000€ en dessous du marché) est la suivante : les propriétaires ont tenté de vendre leur bien au prix du marché fin 2011, en vain. Là, ils sont pris à la gorge et ont besoin de vendre vite : le seul moyen de se démarquer est de baisser le prix. Soit.

Je demande donc à le visiter. Et là, première complication : le couple vit en province, à environ deux heures de Paris, il y a des locataires dans l'appart, et la femme est en déplacement à l'étranger. Elle doit revenir le 6 mai. Puis-je patienter ? Soit.

Les jours passent, je me fais forcément des films en imaginant que c'est peut-être une magnifique opportunité, blablabla, et je reste calme aussi, car tant que je n'ai pas vu le bien, rien n'est imaginable.

Le 6 mai et les jours suivants, je n'ai aucune nouvelle. Je refais un mail à l'époux, pas de réponse. Ma mère propose d'appeler pour avoir des informations. Le mari, à nouveau très poli et délicat, s'excuse et dit avoir bien reçu mes messages mais sa femme a été retenue plus longtemps que prévu au Cameroun. Monsieur ne s'occupe pas de tout cela car le bien semble être à sa femme, et les occupants (sans bail... détail important pour la suite) sont ses "amis". Elle doit revenir le 20 mai, c'est sûr. Admettons.

franc-cfa

Le 21, je reçois un appel de la propriétaire. Nous nous mettons d'accord pour une visite le 22, après mes cours. Elle doit me confirmer le rdv en m'appelant vers 14h le jour même. Ce jour-là, nous avions une plénière au lycée. J'ai guetté l'appel pendant deux heures trente : rien. Je commençais à fulminer de tant d'inconstance (et d'autres choses m'ont aussi énervée pendant la dite réunion). Je sors de la réunion, très agacée, et je tente d'appeler la dame. Même pas de répondeur. Une demie heure plus tard, le répondeur fonctionne. Je laisse un message plutôt aimable en regard de mon impatience. Elle me rappelle au moment où je sors du lycée : les embrouilles continuent. Le locataire qui est dans l'appartement n'est pas présent car il est à la préfecture, il y a beaucoup de monde, elle n'a pas les clefs mais elle va aller voir s'il est revenu pour lui ouvrir et elle me rappellera dans trente minutes. Sentez-vous comme moi que cela commence vraiment à puer ? Vous n'êtes pas au bout de vos peines...

Je rejoins Flûtine qui était sur le pied de guerre pour visiter ensemble. Je laisse jaillir ma colère concernant la réunion et le rdv raté. La proprio me rappelle au bout d'une heure dix et non trente minutes. Elle est dans l'appart, on peut venir. Je prends mes clefs de voiture, nous filons au milieu des bouchons car ce sont les heures de retour de bureau. Au bout de dix minutes, coup de fil à nouveau. Je conduis, donc Flûtine répond.

_ Mmmm, c'est-à-dire ? Mais vous êtes dedans, là ? Les deux chambres sont fermées... à clef ?! Nous sommes en voiture comme prévu. Pouvons-vous le visiter au moins pour nous faire une première idée ?

Oui, vous avez bien lu : les chambres étaient fermées. Cela sentait de plus en plus mauvais. Flûtine a fait exprès d'insister.

Nous arrivons enfin, je me gare. Devant l'immeuble, je passe un coup de fil à la proprio comme prévu. Elle décroche : "Aïe, aïe, aïe... (bis) Vous êtes devant la grille verte ? J'arrive, ne bougez pas. Aïe, aïe, aïe..."

Dix minutes passent. C'est long, quand on imagine que la personne est juste au-dessus, au premier étage. Sauf que non : une femme se gare sur les bateaux de la chaussée, en warning. Elle sort, souriante, et m'interpelle par mon prénom tout en me vouvoyant (encore heureux), ce que je n'apprécie guère mais je reste affable : en faisant la naïve, on obtient beaucoup plus.

Et là, c'est un festival d'histoires : le locataire n'est pas là, il est en Italie pour acheter des chaussures et ne reviendra que dimanche; une petite fille était dedans mais elle a eu peur et a fait ressortir la proprio; en plus les locataires ne parlent pas français mais anglais, etc. Elle n'a pas de double de clefs (ce qui est le comble pour une propriétaire) et me jure que : "Vraiment, l'appartement est maaaaagniiifiiiique, avec des murs ivoire et les plafonds blancs... C'est un trèèèèès bel appartement."

Sauf que nous sommes restées dans le hall d'entrée de l'immeuble, point barre. Nous apprenons au passage que les locataires payent au black "1200 francs par mois" (CFA ?). Aimablement mais fermement, je lui ai dit que tout cela était bien compliqué, que j'étais venue pour rien et que j'aurais aimé plus de clarté et d'honnêteté. Tout miel et sucre, elle me propose de revenir la semaine prochaine, une fois que le locataire sera revenu d'Italie, blablabla. Pour éviter d'autres complications, je dis oui et nous la quittons.

Bilan : je pense qu'il y avait des sans-papiers dans l'appartement et qu'elle ne savait pas comment faire. Cerise sur le gâteau, je demande à Flûtine d'appeler une agence qui a le bien en vente le lendemain : l'appart a été dévasté par les locataires et TOUT est à refaire (il y a même des taches... au plafond !). Les charges sont bien plus élevées qu'annoncées, aussi. Tout n'a été que mensonges et tentative de manipulation. La proprio a voulu m'appeler le lundi suivant, qui était férié : elle a fait sonner cinq fois mon portable en trois heures, sans laisser aucun message. Le mardi, j'ai reçu un mail du mari, courtois mais pas à l'aise. Je lui ai répondu par le menu très poliment et fermement que tout cela ne sentait pas bon et que je déclinais leur proposition de visite. Depuis, aucune nouvelle.

En revanche, j'ai poursuivi mes investigations immobilières : deux T3 dans des tours de ma ville, le quartier où mes élèves habitent, juste pour voir. Niet niet niet. Et là, à moins de dix km du lycée, je suis en recherche et j'ai eu un coup de coeur pour un appartement... Deuxième visite dans l'aprèm avec ma mère, pour voir si nous lançons une offre... Je crois que je suis prête à entamer une nouvelle vie, plus au vert et sereine. A suivre...