La dernière séance
Cally adore le cinéma. Pour ma part, j'y vais (allais ?) fort peu. Je suis difficile à convaincre et souvent peu motivée. Pourtant, je ne voulais pas léser Cally et la freiner dans ses envies cinéphiles. Donc, nous sommes allées voir quelques films ces dernières semaines. Il est grand temps de les évoquer ici.
MUD
La bande-annonce semblait assez alléchante, et présentait un film sur la manipulation, dans la lourdeur de l'ambiance propre aux états américains du sud.
J'ai eu une petite déception : finalement, il n'y a guère de plan machiavélique, et l'histoire qui se voulait pesante est relativement banale (un amour passionnel toujours décevant). Pourtant, les enfants qui jouent sont impressionnants de naturel, et Matthew Mc Conaughey est très convaincant dans un rôle plutôt sérieux. Quant à Sam Shepard, il est totalement crédible. Ils participent à la création de ce tableau du Mississipi à la fois beau, pauvre et injuste.
Nous avons donc passé un bon moment, mais ce film ne laissera pas un souvenir impérissable.
SONG FOR MARION
Pour faire plaisir à ma mère, après un excellent restaurant japonais, nous avons vu ce film avec Terence Tramp (excellent) et Vanessa Redgrave (lumineuse). On ne peut pas dire que la mise en scène soit époustouflante, mais cette histoire très humaine est fort touchante, quoique simpliste (la femme a un cancer, elle veut chanter, son mari est un ours et se révèle progressivement). J'ai à la fois ri et pleuré, certainement grâce au talent des acteurs principaux, sortes de monuments du cinéma qui pourraient transcender n'importe quel film kleenex. Evidemment, ma mère a adoré.
GATSBY LE MAGNIFIQUE
Je connaissais l'histoire, sans avoir lu le livre (comme cela arrive pour de nombreuses oeuvres). J'avais beaucoup aimé l'adaptation de Shakespeare par Luhrmann (à tel point qu'il est même sur la liste de bac de mes élèves). Là, je dois reconnaître que la patte du réalisateur est reconnaissable, avec une maîtrise technique en plus. Malheureusement, on devine les images trafiquées pour la 3D, même dans la version standard.
La blonde -dont je ne retiens jamais le nom- qui joue Daisy est passablement insipide, alors que Di Caprio est véritablement excellent. Je trouve qu'il a un relief incroyable, son jeu "actor studio" étant totalement maîtrisé. A cet égard, la scène au cours de laquelle il sombre dans la rage et la violence contre son rival est d'une grande justesse. Quant au narrateur-personnage, interprété par l'acteur de Spiderman (Tobey Mc Guire), il reste dans une gamme plutôt monocorde, avec le même air de ravi de la crèche que dans d'autres films. Sinon, le côté mélo de l'histoire ressort parfois trop (le coup de la lumière verte au bout de la jetée). J'ai quand même passé un bon moment, admirant les scènes de fête et le jeu de Di Caprio.
SHOKUZAI 1 & 2
Dans un tout autre genre, nous avons vu les deux volets de la série japonaise de Kurosawa sous forme de films, deux samedis d'affilée. Le principe de l'histoire semble simple : une petite fille joue avec quatre de ses camarades dans la cour désertée de l'école. Un homme parvient, sous un prétexte fallacieux, à faire venir cette enfant dans le gymnase, devant le regard de ses amies. Il la viole et la tue. La mère de l'enfant cherche à savoir pourquoi les autres enfants ne se souviennent de rien. Elle exige un tribu d'elles, en échange de la mort de sa fille, car elle les estime responsables.
On retrouve ses fillettes quinze ans plus tard, sous forme de quatre épisodes. Elles ont effectivement oublié le visage de l'agresseur, mais elles sont toutes profondément marquées par cet événement : l'une vit dans la peur des agressions, une autre n'a jamais eu ses règles et refuse d'être femme, certaines vivent recluses, etc...
L'ambiance de ces deux films est étonnante : avec rien ou quasiment, le malaise est créé. La peur, aussi. On assiste à la déconfiture de ses vies, au massacre de ces existences dans un Japon aux codes exigeants, et pourtant moderne. L'esthétique est très épurée, tant sur le plan des décors que de la mise en scène, ce qui rend certains passages extrêmement efficaces.
L'actrice (Kyôko Koizumi) qui joue le rôle de la mère est inquiétante et très belle, je trouve, même si certains plans ne la flattent pas toujours.
Dubitative
Parfois, je ne comprends pas bien le monde qui m'entoure.
Voici deux jours que je vois sur des panneaux une publicité pour "le premier quatre quarts coupé en tranches". Les gens sont-ils si fainéants que prendre un couteau pour couper un gâteau contient un seuil de pénibilité latent qui m'aurait échappé ? Aurions-nous perdu ce plaisir de la tranche épaisse, qui en vaut bien deux, sur laquelle on fait dégouliner de la confiture -car c'est ainsi que j'aime le quatre quarts- pendant que l'on récupère les grosses miettes tombées dans le papier gras ? On uniformise donc même le bon vieux quatre quarts breton. Quelque chose m'échappe, en ce bas monde.
Ce midi, j'ai eu les oreilles cassées par un animateur d'une course au profit d'action contre la faim. La sono avait vraiment un problème, ou bien était-ce ce type qui hurlait "Vous êtes foooooooooooooormiiiiiiiiiidaaaaaaaaaaaaaables !", ou bien c'était les deux cumulés. A deux mètres des barrières, un pauvre homme était assis par terre, derrière une pancarte "J'ai faim svp". Pendant ce temps, l'autre stentor beuglait que l'on atteignait les 90.000€ de récoltés. Quelque chose m'échappe, en ce bas monde.
Un peu avant, Cally et moi avons déjeuné ensemble puis erré dans le centre commercial avant qu'elle ne reprenne le travail. Les lieux étant infestés de ses milliers de collègues, nous devons nous tenir à carreau, contrôler sourires et regards, et feindre l'indifférence. "Nous devons" ? Cette obligation me révulse particulièrement aujourd'hui. Quand je vois des brutes épaisses hétéros ne pas se gêner, et que je me dis que Cally et moi devons être prudentes, surtout à cause des retournements de ces dernières semaines, j'ai des envies de vomir. Prudentes, parce que nous nous aimons.
Quelque chose m'échappe, en ce bas monde.
Emerger lentement
J'ai dû dormir deux heures cet après-midi pour lutter contre la fatigue qui s'est posée rapidement, quoique progressivement depuis hier. Voilà, les derniers cours ont eu lieu; les conseils de classe sont passés, les bulletins sont remplis (mais il reste encore les livrets scolaires pour le bac...), les fiches d'orientation sont rendues; la tâche est accomplie, tant bien que mal.
J'ai fait des photos de classe car mon établissement ne le fait plus depuis deux ans, ce qui m'insupporte. C'était chouette de voir les élèves enthousiastes, certains sur leur 31, pour garder un souvenir. J'ai récupéré et rendu des poèmes sur des supports libres, et j'en ai même eu un en cadeau : un plat à tajine (!).
Deux élèves se sont aussi bousculées pour me dire leur enthousiasme concernant mes cours. Je ne m'y attendais pas, et c'est ce qui rend la chose d'autant plus agréable. On ne sait pas parfois qui l'on atteint, derrière le masque de l'élève. L'une d'elles m'a offert une bougie parce que "ma mère est aussi migraineuse et ça lui fait du bien". Détail : la mère en question est prof de lettres, et m'a fait parvenir des compliments sur ma liste de bac... Pardon de sembler me gargariser de ces menus faits, mais je crois qu'après une année où j'ai été pas mal remise en cause par une collègue et où j'ai douté, je me raccroche aussi à tout cela.
Avoir contenté deux élèves, c'est déjà énorme. Pour qui n'est pas prof, je pense que nous paraissons ridicule avec ce type de phrase. Pourtant, nous recherchons tous une reconnaissance quelconque. Cette année, elle est venue de mon inspectrice, et de quelques élèves. Je m'en satisferai longtemps : je n'ai pas besoin de marques renouvelées de confiance en mon travail. Je savoure le peu que j'ai. Pour le reste, je gère mon impuissance face à la classe qui me tapait sur les nerfs : beaucoup passent en première, avec une moyenne en français tournant aux alentours de cinq. Je me demande bien à quoi j'ai servi lors des conseils du dernier trimestre : ma crédibilité en prenait un coup à chaque cas traité. Et j'enrage de voir que l'on envoie allègrement à l'abattoir tous ces adolescents, en les dupant.
Maintenant, il va y avoir le bac français. Comme toujours, je serai fébrile en attendant les sujets de l'écrit et en espérant avoir bien préparé mes élèves. Pour une fois, je vais faire passer les oraux près de chez moi, dans un lycée assez folklorique : lors du retrait des descriptifs, personne à l'administration ne savait comment l'on procédait. Je dois donc y retourner, car depuis, ils se sont renseignés...
Sinon, je sais que j'ai mille et une choses à vous raconter, surtout par rapport à mes sorties. Je fais une liste, et je prendrai le temps de vous donner mes impressions sur les derniers films que j'ai vus (Shokuzai, Mud, Song for Marion...), des concerts, etc.
En attendant, hier soir, Cally m'évait réservé une surprise de taille pour mon dernier jour de cours : le rendez-vous était donné à Franklin-Roosevelt vers 18h30. Direction le Grand Palais : nous avions des entrées pour "cinéma Paradiso", un ensemble d'animations autour des années revival (70-80-90), avec une séance de cinéma en drive-in sous la coupole du Grand Palais, installées dans une... Fiat 500 !
Il paraît que tout le monde cherchait à racheter des places pour ces séances très spéciales.
Outre le côté marketing très prononcé et donc désagréable, nous avons beaucoup aimé jouer le jeu : j'ai mangé un hot dog et bu une coupe de champagne (merci les sponsors), puis regardé "The big Lebowski" dans la nuit tombante. Nous avons aussi croisé Ludivine Sagnier, cachée derrière une mèche de cheveux, qui tentait de gruger à l'entrée. Je dois dire que cela n'a aucunement changé ma vie.
Cally est pleine d'attentions pour moi, et choisir de clôturer mon année scolaire ainsi était particulièrement agréable.
Par ailleurs, dans mon flot d'événements à traiter, il y a aussi l'opération du noirot prévue demain (curetage d'une glande) et j'ai rendu à Flûtine ses affaires sur Paris. L'échange, après six mois de séparation et sans se voir, s'est fait dans les larmes pour elle, dans le retrait pour moi. Je crois que j'entame une autre phase du deuil de cette relation. J'ai compris que nous n'avions décidément pas la même façon de voir le couple, ni l'engagement.
Elle m'a demandé ce qu'il allait rester de nous, puisque je refuse de poursuivre la relation "amicalement". Il restera les souvenirs, et quand je n'aurai plus ce petit goût amer d'avoir été trahie, ceux-ci ne seront que beaux. Si je parviens à cela, je serai contente. J'ai souhaité à Flûtine d'être heureuse. Je le pensais. Maintenant, je dois penser à moi et me préserver. Etre heureuse demande des efforts; je m'y consacre depuis janvier. Cally et moi allons pouvoir vivre pleinement notre relation, sans le spectre de l'ex qui me hantait.
Etant donné les vacances que nous nous apprêtons à passer en août elle et moi, je suis sur la bonne voie... (Teasing !)
Short message
Noyée sous le travail.
STOP
Merci de m'envoyer une bouée canard ou un masque et un tuba.
STOP
Reviendrai dès que possible.
STOP
"Ce matin y'avait de la givre !" dit une dame dans une boutique
Voilà, je sature. J'en ai assez de penser à mille choses à la fois, de courir après le temps, de sombrer sous les copies qui s'entassent telles le tonneau des Danaïdes, sans fin. Les secondes m'insupportent au point que je m'étrangle par moment en cours. Du coup, j'ai la voix cassée (aphone ce we ?).
Comme j'ai rendu ce matin mes descriptifs de bac, pas peu fière du travail accompli, je suis allée me balader en sortant de cours : cette semaine m'a éreintée. Et quand je vois ce qui me pend au nez pour les quinze jours à venir, je préfère m'acheter deux paires de baskets pour oublier...
Alors, si je reprends dans le désordre, j'ai envie de vous parler tout d'abord du dernier conseil d'enseignement en lettres, qui a eu lieu vendredi dernier. J'ai été stoïque : je ne voulais pas m'élever contre le diktat d'Asa toute seule. Mais mes collègues sont montées au créneau sans prévenir, en étant courtoises et directes, sans langue de bois. Asa refuse de laisser une seconde européenne, qu'elle se garde depuis au moins trois ans... Nos arguments, fort sensés et cohérents, n'ont rien changé : nous étions face à un mur. J'ai pu constater que cet accroc a permis de libérer la parole de nombreux collègues, qui n'en peuvent plus de l'autoritarisme donneur de leçons d'Asa. En gros, elle a des" vrais projets" et mérite de bonnes classes, elle... Elle a par ailleurs mis en avant le fait qu'elle passait l'agreg (pour la troisième année consécutive), mais il s'agit d'une décision personnelle à assumer, ce me semble.
Pour ma part, mon service serait plus original que je ne croyais : deux secondes (après quatre années à ce rythme, je maîtrise le niveau, je vous le dis !) avec ECJS, et les deux terminales L. A cela s'ajouterait une partie de la coordination, ce qui me fait plaisir. En plus, nous serions deux profs pour les terminales, et les cours seraient annualisés : cela me permettrait de pouvoir bien travailler l'agreg jusqu'aux écrits.
A part ça, il y a eu ma semaine sur Budapest ! J'ai été frappée par les traces visibles de la guerre (la ville a été détruite à 60%) et du communisme dans ce pays. Par instant, on retourne cinquante ans en arrière (l'expérience du métro avec les poinçonneurs-contrôleurs est édifiante). On voit aussi partout de l'art déco, des façades burinées par le temps, de beaux vélos (des fixies)... Nos visites nous ont conduites dans des musées (holocauste, palais des arts), dans un cimetière semblable au Père Lachaise, le long du Danube marron-rouge, dans le quartier juif (la grande synagogue est impressionnante) et... à l'opéra.
Le deuxième soir, nous sommes allées voir Madame Butterfly de Puccini. Je n'avais jamais assisté à une réprésentation de ce type, et j'ai adoré. On prendrait vite goût à ces sorties...
Et puis il y a eu l'expérience des bains. Je me suis baignée dans des thermes aux eaux pleines de vertus (c'est fou comme la peau travaille), entre 30 et 38°; le tout soit en plein soleil car il faisait très beau, soit en intérieur dans des galeries anciennes.
Côté culinaire, les plats sont bons mais ce n'est pas forcément très fins, plutôt familiaux. J'ai goûté un verre de Tokay blanc délicieux (même s'il le serve bien trop froid); j'ai tenté la réputée "maison du strudel" (celui aux cerises noires et chocolat paprika était délicieux, meilleur que les versions salées au saumon, par exemple); nous avons bu pas mal de bières et de limonades, et goûté au goulasch (la météo française en ce moment s'y prêterait particulièrement).
Donc, malgré le manque d'amabilité à l'égard des touristes, c'est vraiment une destination à recommander.
Et comme vous avez été fort patients, je vous ai mis en ligne un album photo idoine... ;-)


























